Présentation

ramiel.fr

Pseudo: ArviblogCatégorie: SociétéRecommander ce blog
Mercredi 06 Février 2008

Je me souviens que quand j'étais au lycée Berthollet d'Annecy, mon professeur de gymnastique, en me voyant courir, me conseilla vivement de faire de la compétition et de m'inscrire dans un club d'athlétisme : il me certifia que j'obtiendrais des résultats, au moins sur le plan régional, puisque beaucoup en obtenaient sans avoir mes moyens, disait-il.

Mais j'avoue que l'athlétisme ne m'a jamais intéressé. J'ai écrit un poème, une fois, sur les jeux olympiques, mais j'ai fait valoir que chez les anciens Grecs, les lauriers de la victoire menaient au pays des dieux, tandis que cet aspect mythologique et au fond initiatique était remplacé, à notre époque, par une conception assez bestiale des choses. De fait, comme le disait Gerdil, les anciens pensaient que les dieux favorisaient ceux qui le méritaient, tandis qu'à présent, on pense seulement que celui qui a la mécanique corporelle la plus affinée doit être porté aux nues.

Oui, les jeux olympiques étaient un mystère au sein duquel la volonté des dieux se manifestait, exactement comme le duel judiciaire des anciens Germains. Il n'était pas réellement question, comme on se l'imagine, de rendre un culte à des talents purement physiques. Comme dans l'Iliade derrière les combattants, des immortels se tenaient derrière les champions, et les portaient sur l'air ! La providence déterminait, au su et au vu de tous, le vainqueur.

L'Occident chrétien a d'abord abandonné ces jeux, parce qu'il estimait, non sans raison, que Dieu n'était pas obligé de se mêler de tout, et que le plan physique, précisément, pouvait aussi bien dépendre du diable, de lois détachées de la volonté divine, et ayant une forme d'autonomie. C'est ce dont Jésus parlait, quand il évoquait le Prince de ce monde. Mais les Grecs ne croyaient pas au diable : toute action dépendait d'une volonté divine. L'éthique a donc changé.

Le matérialisme finalement est l'héritier spontané de la pensée grecque. Mais précisément, cette absence de perspective suprasensible qui caractérise la pensée moderne rend bien inane la compétition sportive. De fait, quand je vois quelqu'un me dire qu'il court très vite, je lui fais toujours remarquer que mon chien court encore plus vite, et que ce n'est pas par là que l'être humain est son maître.

A la rigueur, je dois le dire, quand il existe une possibilité de mêler le conflit psychique à l'action physique, comme dans les jeux de balle, l'enjeu me paraît plus intéressant. Neutraliser l'adversaire en le déroutant, en ping-pong, cela a toujours été ma spécialité. Mais nombre de mes adversaires, voyant que je ne fondais pas vraiment mon jeu sur des qualités athlétiques, m'ont quasiment traité de tricheur : quand on ne joue pas comme un fauve de la savane, n'est-ce pas, on manque de naturel. Et de fait, j'ai fréquemment battu des joueurs plus rapides et plus forts que moi.

En tennis, j'ai pu surprendre par mon acharnement à aller chercher toutes les balles : par ma volonté de ne pas perdre. En tout cas pas sans m'être bien défendu. (En moi sans doute vit l'image de ces guerriers assiégés qui résistent jusqu'au bout, et dont j'ai lu les légendes quand j'étais petit !)

Mais je ne me suis jamais engagé dans la compétition. Or, là où je travaille, on peut justement le faire - dans un cadre officiel -, notamment dans le ski : il existe des structures qui permettent aux plus jeunes de s'y engager. En général, cela ne les rend pas spécialement ardents à se passionner pour la culture dans un sens que j'estime plus élevé. Mais peut-être que cela ne vient pas du sport, peut-être qu'ils auraient agi ainsi de toutes façons. Ce qui est plus ennuyeux, c'est que la glorification des champions, de ceux qui parviennent à effacer les autres grâce à leurs résultats sportifs - qu'un robot pourra probablement avoir aussi bien qu'eux, sous peu -, ne laisse guère de place à l'humilité face aux vraies grandes œuvres de l'humanité. Idolâtrer la mécanique corporelle, n'est-ce pas très vain ?

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
Créer un blog sur arviblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus