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Mardi 12 Juin 2007

La République a sept symboles, comme les Anciens comptaient sept planètes, l'Apocalypse sept anges, l'Alchimie sept métaux - correspondant aux sept couleurs de l'Arc-en-Ciel -, l'Eglise catholique sept Vices et sept Vertus, la sainte Vierge sept douleurs. J'ai du mal à comprendre pourquoi les sept symboles de la République n'ont pas fait l'objet - comme les symboles de l'ancienne Rome ont suscité l'Enéide de Virgile - de poèmes, de tableaux, d'épopées, de sculptures, de temples : c'est ce qui manque cruellement à la République. Elle ne s'enracine pas assez dans les âmes. Elle demeure trop dans l'intellect.

A vrai dire, le romantisme a quand même essayé de créer une mythologie républicaine : Victor Hugo, avec sa poésie visionnaire, en est l'exemple majeur. La Légende des siècles embrasse toutes les traditions antérieures, et on pourrait dire qu'elle est complétée à cet égard par la poésie de Leconte de Lisle. Mieux encore, le poème Plein Ciel, de Hugo, synthétise tout, et trace une grande religion de l'avenir, universaliste, progressiste, se fondant sur l'idée d'un homme devenu dieu, qui émerveille les anges. C'est un texte éblouissant.

Vigny a également exploré, dans Daphné, le caractère profond et emblématique d'une grande figure de ce qu'on pourrait appeler l'ésotérisme républicain : Julien l'Apostat, dont on sait qu'il a rétabli, à Paris, le culte d'Isis. Hugo, avec La Mort de Satan, a fait toute l'épopée de la Liberté incarnée au sein de la République, à son tour, et elle prend racine dans l'origine du monde, l'époque des premiers seigneurs parmi les hommes - Nemrod, le temps des Géants : c'est sublime.

Or, si on voulait vraiment rattacher les citoyens, par le tréfonds de leur cœur, à la France moderne, il faudrait mieux exploiter, dans l'éducation, ces écrits. Les élèves devraient en apprendre avec enthousiasme des passages, comme les Anciens le faisaient avec l'Iliade et l'Odyssée.

Mais plus encore, les artistes devraient participer. Des fables sur le Coq gaulois ; des épopées sur la Prise de la Bastille, le 14 Juillet ; des odes mystiques sur les figures angéliques et immortelles, les vivantes allégories de la devise : Liberté, Egalité, Fraternité ; des poèmes hermétiques sur le mystère du Sceau ; des variations mélodiques de l'Hymne républicain ; des temples en l'honneur des divinités qui ont inspiré la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, encore, et des récits mythologiques sur la façon dont elles ont créé le monde - ou du moins, le pays ; voilà ce qui véritablement pourrait rénover la République et en faire un authentique objet de vénération, ou d'amour, d'affection vivante et individualisée, au sein de la population : les valeurs partagées de la communauté toucheraient le cœur, et non plus seulement le cerveau.

Le sens du Bien commun peut être donné de cette manière. Il ne faut pas en douter. Même si on trouve mes idées à cet égard excessives et farfelues, je suis persuadé qu'en expérimenter une partie donnerait de grands résultats. Et déjà, réhabiliter la poésie épique de Hugo serait d'un profit considérable. Il suffit de la prendre de nouveau au sérieux !

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
Samedi 09 Juin 2007

J'ai revu l'autre soir ce film de Martin Scorsese, New York, New York, et il est certainement très beau. Ce que j'aime beaucoup, en lui, c'est les décors, notamment en extérieur : Scorsese les a éclairés pour feindre de les rendre réels, mais ils sont assez artificiels pour qu'on les ressente comme internes à une comédie musicale, comme si le cinéaste avait voulu montrer que, au sein de la mémoire, la vie des artistes se mêlait à leur art - à ce qu'ils produisaient, créaient, et représentaient en public, sur une scène -, et que c'était justement ce qui rendait cette vie légendaire, sublime. J'en ai déjà parlé à propos de Rimbaud, qui était lui-même un mythe, qui appartenait à une mythologie, à un folklore, celui des poètes saltimbanques de Paris. C'est un hommage aux artistes de New York, que Scorsese a voulu effectuer, avec ce film.

La répétition du nom de la ville, dans le titre, montre qu'il s'agit d'une déclaration d'amour. Et on peut bien dire qu'à cet égard, Robert de Niro joue parfaitement le jeu. Lui-même est un artiste exalté, excessif, comme doit l'être une figure mythique, un saltimbanque, un trouvère. La manière dont il séduit la musicienne dont il tombe amoureux est folle, délirante ; c'est celle d'un artiste, d'un poète. C'est une figure luciférienne, en quelque sorte : il est proche du feu, du soufre, et c'est ainsi que souvent il rayonne, et que fréquemment il choit - dans le fond de l'abîme.

Scorsese n'en montre pas tant, bien sûr : ce n'est pas encore Casino, ou Gangs of New York, cette épopée à la gloire de sa ville natale, et au sein de laquelle l'Ennemi, Bill the Butcher, est caractérisé par un diable sculpté qui trône à l'entrée de son repaire - de son temple, allais-je dire. Mais New York, New York crée tout de même des décors mythologiques, justement sortis du mythe que représente la musique, ou l'art, dans la cité américaine. Et ainsi, la neige qui tombe brille comme une myriade d'étoiles ; celle qui est à terre est comme une poudre qui ne peut pas être froide, qui n'est qu'un tapis de tendres et fins cristaux. Les deux acteurs évoluent devant une rangée d'arbres dont les troncs sont trop droits, et qui semblent être des colonnes ; au fond, tout est blanc, indistinct, comme si un panneau était derrière la forêt. Cela m'a paradoxalement rappelé les mondes artificiels de George Lucas. Et puis il y a ce coucher de soleil vers lequel part la voiture, et qui est trop manifestement une peinture éclairée pour que le ciel n'apparaisse pas comme pouvant être éloigné de plus d'une vingtaine de mètres. C'est magnifique, car on est réellement dans un pays magique. Et en même temps, c'est assez visible pour qu'on n'oublie pas que c'est bien fragile, bien illusoire, et que le bonheur ne dure qu'un temps, celui d'une comédie musicale, ou d'un film, d'une invention purement humaine : l'illusion théâtrale.

Et de fait, le couple bientôt se sépare, et le possible retour vers l'amour initial, à la fin, apparaît comme un leurre tant à l'un qu'à l'autre : ils n'ignorent pas que rien n'est vrai, de ce qu'ils ont imaginé et sublimé dans leurs souvenirs mêlés d'art - les flocons qui tombaient comme des morceaux d'astres, les trains qu'on pouvait arrêter à la main. Et ils sourient vaguement, et mystérieusement, comme des initiés qui savent que le vrai bonheur est dans l'éternité de la mémoire, ainsi transcendée par la poésie, le rêve.

Mais le savent-ils vraiment ? Cela est-il complètement une réalité ? Le spectateur se sent surtout mélancolique : un gouffre s'étend sous les illusions dorées. Le pavé illuminé dans la nuit reste seul, inerte, comme une lumière divine, peut-être, mais sans vie. Les pas s'en sont écartés à jamais. Le ciel est lumineux, mais vide. Il est devenu une pure abstraction !

Je ne suis pas persuadé que Scorsese ait pensé faire une fin aussi triste, aussi macabre, aussi désespérante. Moi, je l'ai ressenti ainsi. Un bien seulement moral, résidant dans une idée, peut être joli ; il n'est quand même pas réel.

Cela dit, c'est un film magnifique, bouleversant, un chef-d'œuvre. Il faut l'admettre.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
Mercredi 06 Juin 2007

Je me souviens que l'éditeur de mon premier livre, Alain Breton, m'a dit, un jour, que se réclamer d'une figure religieuse spécifique, telle que le Christ, c'était forcément renoncer à la liberté, à laquelle le poète ne pouvait pas renoncer. Il justifiait par là son avis qu'un livre au sein duquel j'avais effectivement évoqué la figure du Christ était impubliable. Or, je suppose qu'il parlait en connaissance de cause, car il avait des liens avec des éditeurs parisiens réputés. Il s'était consacré à la poésie, mais j'ai cru comprendre qu'il était comme parrainé par un éditeur dont la diffusion est nationale.

J'ai toujours pensé que le principe de laïcité interdisait, en réalité, à la culture de se relier à la religion, et donc à la peinture de représenter des divinités, à la poésie de les nommer, et ainsi de suite. C'est ce qui m'était confirmé. Pour être libre, il faut commencer par s'interdire beaucoup de choses, comme qui dirait !

C'est plutôt amusant, en un certain sens. Mais cela montre de quelle façon la laïcité a pu devenir un dogme, ou l'instrument par lequel une doctrine se répand forcément. Car on sait bien que parmi les poètes, celui qui a été le plus salué pour son talent, ces dernières années, c'est Yves Bonnefoy. Or, il a justement développé le célèbre thème d'une théologie négative, d'une forme de mysticisme matérialiste ne débouchant sur rien, n'ayant comme objet que lui-même, ou le monde perçu sensoriellement, au moins.

Il apparaissait soudain que la poésie n'était pas moins dirigée par des idées générales que dans les temps anciens. On avait abouti à une forme de néoclassicisme qui n'est pas non plus sans rapport avec la figure de Paul Valéry comme guide de la poésie contemporaine de haut vol. Ce n'est d'ailleurs pas que je n'aime pas Paul Valéry : je l'aime beaucoup, au contraire. Je dois dire que je n'ai pas lu Bonnefoy plus que cela, mais que je l'apprécie également. Il est un peu sec, à mes yeux : trop mathématique. Je l'ai entendu lire ses poèmes, une fois, à la Cité internationale de l'université de Paris, où alors j'habitais. C'est d'ailleurs peu de temps après cette époque que j'ai publié mon premier recueil de poésie, toujours à Paris.

Bonnefoy se reconnaît physiquement comme poète : dès que j'eus vu sa chemise jaune, et ses cheveux blancs, ondulés, en arrière, je sus qu'il s'agissait de lui. Or, à vrai dire, je fus un peu déçu, car j'ai dans l'idée que les vrais génies ne portent justement pas, extérieurement, surtout pas par l'apparence qu'on contrôle, celle des vêtements, par exemple, les marques de leur dignité occulte. J'ai toujours pensé que les vrais génies étaient, au contraire, des gens ordinaires, extérieurement, qui ne cherchaient pas à entrer dans une catégorie pédéfinie - les artistes, les poètes, les peintres -, mais juste à exercer efficacement leur art, et qui se moquaient du reste. C'est un peu comme les initiés qui porteraient tous les jours leur collier : c'est bizarre.

Enfin, quoi qu'il en soit, les poèmes de Bonnefoy étaient beaux, et sa voix envoûtante. Le sens de ses textes était insaisissable, mais les images en étaient magnifiques. Plus tard, j'ai entendu le poète faire une conférence à la Sorbonne sur les liens entre la poésie et la peinture ; il avait été invité par mon maître de séminaire, Pierre Brunel. Je n'ai pas été totalement convaincu par son intervention.

Au fond, je préfère, comme poète, Philippe Jaccottet, même si lui aussi est plutôt néoclassique : il nomme plus précisément, quoiqu'encore évasivement, la source secrète du sentiment mystique, dont on sait qu'il admet qu'elle est à ses yeux une réalité. Il tend seulement à en faire une essence trop sublime pour être saisie, pour être nommée, ou distinguée par la raison humaine. A cette tendance appartient aussi mon ami Jean-Vincent Verdonnet, qui est le pendant savoyard de ce poète vaudois ! Plus il a avancé dans sa carrière, du reste, plus Verdonnet a tenté de cerner la fontaine occulte du sentiment de l'éternité. Dans son dernier recueil, les images s'en dessinent presque.

La restriction prônée par l'esprit laïque moderne est très digne, très raffinée, politiquement utile, sans doute, mais poétiquement un peu creuse. Il faut bien l'admettre. Que les figures mythologiques ou mystiques traditionnelles soient sclérosées et sans chaleur, soit ; mais pour autant, il n'appartient qu'au poète de leur redonner vie, en assimilant intimement ce qui se dégage d'elles. Je crois que c'est possible. Quelqu'un comme Charles Duits, dans Il la Menace, l'a pour moi complètement montré. C'était un pur génie. Ami, du reste, d'Yves Bonnefoy, en son temps. - Mais pour moi, il lui est supérieur.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
Dimanche 03 Juin 2007

Cela fait déjà quelque temps que je m'intéresse aux productions du compositeur Philip Glass. De lui, je ne sais rien, sinon qu'il est regardé en Amérique comme l'un des compositeurs les plus originaux de sa génération.

J'ai d'abord appris son existence à l'époque où j'adorais David Bowie. J'avais acheté, du célèbre chansonnier, un disque constitué de partitions purement instrumentales, qui se terminait précisément par un magnifique morceau qui n'était qu'un développement, par Philip Glass, d'un thème imaginé par Bowie. C'était envolé, grandiose, lyrique, et je voyais comme de grandes bourrasques blanches emplir une terre immense, des vents d'albâtre s'engouffrer dans de gigantesques cités de verre. Il y avait des parois, et elles s'ouvraient, et des champs d'astres se dévoilaient soudain : les esprits faisaient résonner leurs voix enflammées.

Plus tard, j'ai acheté tout un disque, de Philip Glass : la bande musicale de Kundun, de Scorsese. Je l'ai achetée parce que je me souvenais que c'était une des plus grandes réussites du film : sa musique. Elle était ample, solennelle, pathétique, enflammée, elle aussi, et en même temps très inspirée par la musique tibétaine, dont elle reprenait certains instruments. J'ai alors appris que Glass était lui-même adepte du bouddhisme tibétain, et en écoutant cette bande originale, j'ai été bouleversé : j'ai vraiment eu envie de me convertir moi aussi à cette religion ! On avait le sentiment d'être emporté, sur des ondes sonores, des rivières infinies dont le cours eût remonté le ciel, au sein de sphères mystiques, pleines de divinités grandioses, mais effrayantes, de figures hiératiques, de royaumes et de palais somptueux, pleins de dignité, augustes, inquiétants, contenant des trônes d'or sur lesquels eussent été assis des êtres silencieux et graves. C'était magnifique, et les instruments tibétains à eux seuls emmenaient l'âme sous les montagnes de l'Himalaya, à la découverte des anges terrestres que le temps n'atteint pas et que les Tibétains adorent en secret : car là, dans la grande grotte qui s'étend sous ces sommets à la façon d'un tombeau antique, d'un sanctuaire de géants, est la porte des cieux, le seuil cosmique de l'univers astral !

Et encore plus tard, j'ai voulu acheter d'autres disques de Philip Glass, et j'ai trouvé la bande musicale d'un film que je n'ai pas du tout vu, The Illusionist : je n'en avais même pas entendu parler. Mais la présentation du disque en reproduisait l'affiche, et c'était joli et suggestif, car il s'agissait d'un magicien qui tenait une boule luisante et qui était habillé comme on l'était il y a cent ans environ ; le court résumé que contenait ce livret de présentation mentionnait Vienne et l'empire autrichien. La musique en est, comme d'habitude chez Glass, très émouvante, d'un puissant pathos, dans le bon sens du terme, et contient toujours la marque qui est propre au compositeur, des sortes d'ondulations sonores traversées d'envolées amples et grandioses, comme si un souffle lancinant emportait vers des mondes différents, plus beaux, plus anciens, pleins de magie (justement) et de poésie, vers une époque où les illusionnistes n'étaient pas seulement de fins techniciens, mais de vrais mages, des êtres qui avaient percé d'authentiques secrets, au sein de l'univers.

Dans ce temps révolu, on entre progressivement, avec la musique de Glass, grâce à ce système d'ondulations sonores, qui sont vaguement hypnotiques. Elles instaurent une solennité rythmique, comme au sein d'un rituel, d'une liturgie. Les violons expriment des sentiments d'espoir, du lyrisme, mais aussi une tonalité élégiaque, en réalité : le monde paraît triste. Comme résigné au malheur. C'est une vision romantique et belle de la fatalité. Car le destin contient plus qu'il n'y paraît...
J'aime Philip Glass. Il fait de la musique à la fois mélodique et mystique - moderne, mais pas expérimentale : il exprime au mieux des sentiments forts et venus de très loin, ainsi, selon moi, que doivent le faire les artistes, ainsi que le font à mes yeux les plus vrais d'entre eux.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
Jeudi 31 Mai 2007

Marivaux, dans sa pièce La Colonie, fait dire, à un certain moment, quelque chose d'extraordinairement juste, par ses personnages féminins, qui veulent participer pleinement à la fondation de la république qui s'exercera sur l'île sur laquelle tout le monde est venu s'échouer. C'est que les lois occidentales ont été forgées par les hommes, et que c'est la raison pour laquelle elles sont imparfaites : il leur manque la partie du cerveau humain qui est liée à la féminité. Ces dames vont jusqu'à dire que les dieux ont fait l'univers également partagé entre le principe masculin et le principe féminin, et qu'ainsi, les républiques pèchent parce qu'elles ne sont pas représentatives des vraies lois de l'univers.

Que depuis le XVIIIe siècle on ait laissé les femmes occuper les emplois anciennement réservés aux hommes n'a pas nécessairement changé cet état de fait, qui est complètement réel : Marivaux a montré son génie simplement par ces quelques lignes. Comme artiste, poète, écrivain de théâtre, précurseur du romantisme, il savait à quel point la sensibilité, l'intuition, le sens de la beauté, de la grâce, de l'harmonie, de la chaleur, de l'amour, sont fondamentaux dans toute société humaine : c'est par là qu'une vraie fraternité peut se développer. L'intellect du mâle ne songe qu'à créer des lois. Les femmes songent d'abord à harmoniser dans la pratique sociale même les tempéraments.

La féminité dans l'Etat, sans question artificielle de parité (car si cette parité n'est pas spontanée, c'est justement parce que l'Etat au départ reste marqué par l'âme masculine), cela peut se traduire sur le plan culturel, dans ce que l'Etat subventionne prioritairement. La science apparaît par exemple comme très importante à tout le monde : mais dans la mesure où c'est un réflexe, il est masculin. Car on sait bien - des statistiques l'ont prouvé - que les femmes estiment que régler les problèmes de la vie quotidienne passe aussi par ce qu'on appelle le développement personnel, voire la religiosité, ou au moins les arts, tout ce qui s'adresse à l'âme, au sentiment, autant qu'au cerveau, à l'intellect. Et ainsi, la part de féminité de l'Etat, c'est nécessairement de moins honorer les sciences, et davantage les arts, la poésie, la sculpture, et ainsi de suite.

D'ailleurs, pourquoi parlons-nous d'Etat ? Est-ce que chaque être humain ne devrait pas réunir en lui toutes les qualités que peut avoir un être humain ? Cela veut dire que tout homme doit cultiver en lui des vertus proprement féminines - et toute femme, des vertus proprement masculines, bien sûr. Ce qu'il faut combattre, tant chez les hommes que chez les femmes, c'est le sexisme : ceux qui évoquent les différences entre les sexes non pour les constater, mais pour les fixer, voire pour s'en prévaloir, et inventer que ce qui est proprement féminin ou proprement masculin est forcément supérieur à son pendant dans l'autre sexe. Car il n'en est pas ainsi : c'est un mensonge. Tous les êtres humains sont égaux, homme ou femme.

Même, la différence entre les sexes n'est pas aussi radicale qu'on veut bien le dire. Un homme peut se sentir femme, une femme peut se sentir homme sans que cela soit un sujet de scandale. La liberté sexuelle est aussi cela : dans la mesure où l'homme et la femme sont semblables, il n'y a pas de raison que leurs voluptés diffèrent.

Et puis j'ai déjà évoqué le jour futur où une nouvelle langue sera inventée par les poètes, qui pourra être parlée par l'ensemble de l'humanité enfin réunie et réconciliée, comme avant la tour de Babel, et donc, enfin pacifiée et propre à conquérir les astres, à former une nouvelle nation d'anges. Eh bien, je vais faire encore le prophète : les anges n'ayant pas de sexe distinct, il faudra aussi que l'être humain en passe par ce stade, fanchisse ce seuil. Or, cela ne se fera pas par élimination d'un des deux sexes, mais union, symbiose entre les deux. Et cela n'aura évidemment pas lieu, d'abord, sur le plan physique, mais moral : les âmes se rapprocheront toujours plus pour devenir généralement humaines, à l'image de l'univers pris dans son entier, dans ses deux faces, féminine et masculine ; et dès lors, je le crois, même sur le plan physique, des transformations profondes pourront avoir lieu. Teilhard de Chardin disait que c'était la férocité qui avait donné au tigre sa forme, et non l'inverse. Y a-t-il des raisons de penser que la forme propre à chaque sexe est plus indépendante de l'âme que celle du tigre ?

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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