Présentation

ramiel.fr

Pseudo: ArviblogCatégorie: SociétéRecommander ce blog
Lundi 26 Mars 2007

Charles Buet était un écrivain savoyard de la fin du XIXe siècle, proche de Bloy et Husymans, catholique et mystique, et auteur de romans épiques dans la lignée d'Alexandre Dumas. J'ai lu récemment, de lui, un ouvrage historique habité par une ardente poésie, ayant pour sujet le règne des premiers ducs de Savoie (au XVe siècle), jusqu'à la chute de Charles III et l'occupation de François Ier. Ce livre est assez enthousiasmant, et Buet a peut-être été plongé dans un injuste oubli.

Il était le père spirituel de Henry Bordeaux, dont on a dit qu'il était l'un des écrivains les plus injustement frappés d'ostracisme, pour ceux du XXe siècle. Cependant, on le sait, il a souffert de l'évolution des idées, en France, après la Seconde Guerre mondiale, le camp auquel il appartenait ayant été assimilé au régime de Vichy par les intellectuels issus de la Résistance.

De surcroît, alors que Céline, par exemple, était athée et nihiliste, des écrivains comme Bordeaux et Buet ont le deuxième tort d'avoir été croyants et catholiques, et peut-être que cette infraction au code de la laïcité républicaine est également très grave, pour l'élite intellectuelle de la France contemporaine. Et puis il y a le troisième défaut d'être issu du duché de Savoie, dont François Mitterrand aimait rappeler qu'il n'avait pas appartenu à la France : à Paris, on est resté très jacobin. On aime mieux se souvenir de Huysmans, qui évoquait les mystères spécifiquement français, ou de Bloy, qui admirait Napoléon. Notre pauvre Buet n'a aucune chance.

Cependant, ce qui m'intéresse, aujourd'hui, chez cet écrivain, c'est une idée qu'il énonce, dans le livre que j'ai lu, que pour maintenir l'ordre dans l'Etat, il faut nécessairement que le prince impose un seul culte à son peuple. C'est l'absolutisme monarchique et le désir d'uniformité religieuse et culturelle, lequel se reflète encore dans la notion très française de culture commune, mais qui n'était pas aussi net en Savoie qu'en France, du temps de l'Ancien Régime.

De fait, Buet en parle à propos de l'hérésie vaudoise, d'origine lyonnaise, comme on sait : il ne s'agit pas des Vaudois de Lausanne, mais de la secte des adeptes de Pierre Vaud, qui vécut au XIIe siècle, contesta formellement l'autorité du clergé, et réclama, pour les laïques, le droit de prêcher l'Evangile. L'idée était belle, mais peut-être prématurée, à une époque où la connaissance était encore réservée aux clercs ; les disciples de ce prophète furent piégés par leur naïveté et leurs facultés intellectuelles limitées.

Chassés de France et des Etats sur lesquels le Pape avait une autorité temporelle effective, ils se réfugièrent dans les Etats de Savoie : dans le Piémont, plus exactement. Mais les seigneurs locaux et le duc même de Savoie finirent par les persécuter aussi, afin, dit Buet, que leurs erreurs ne se répandissent pas et ne plongeassent pas la chrétienté dans le chaos.

Ce qui est un peu confondant, c'est que Buet semble en faire un principe politique applicable à son époque. Or, imposer à nouveau le catholicisme était alors une utopie complète, même si le règne de Pétain montra qu'on la crut possible. Sans doute, cette forme de totalitarisme chrétien existe toujours, en France même : un parti semble le défendre, en tout cas, même si cela se mêle au nationalisme, et si, par conséquent, plus que de catholicisme, il faudrait, ici, parler de gallicanisme ! Mais je reste persuadé que l'idée de Buet selon laquelle le culte doit être exactement le même dans une nation donnée, a également préparé le désir d'unifier la nation sous les couleurs dites de la laïcité, et d'uniformiser les esprits (comme en Union soviétique) sur la base du matérialisme, et même de l'athéisme.

Sur le plan politique, peu importe le contenu du dogme, du moment qu'il est assez puissant pour faire communier les cœurs - et faciliter à l'infini le travail de l'Etat. Créer des références communes, comme on dit, apparaît aux Français comme une nécessité : c'est ce qui leur a donné une force particulière au cours de l'histoire, y compris, d'ailleurs, par rapport à la Savoie, qui, un peu comme la Suisse, était plus individualiste, et donc moins sujette aux effets de masse. L'union fait la force : si la masse marche comme un seul homme, ne fait-on pas des merveilles ?

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
Recommander

Commentaires

En effet c'est à priori bien raisonné, seulement le problème est que le dialogue n'existe pas entre ces nostalgiques du totalitarisme chrétien persuadés d'être agressés en permanence et les autres confessions considérées comme concurrentes et  le principe de laîcité de l'état français les indispose puisqu'il leur ôte leur leadership et leur remémore leur échec.


Il est difficile de leur faire admettre l'évolution des idées et découvertes de la science puisqu'elle entrave leurs dogmes, le même dialogue de sourds se retrouve également chez les ultras  musulmans et juifs.


L'union fait la force ,certes,(mais l'union passe par les compromis)  il faut d'abord faire l'inventaire des forces et convaincre ceux qui se retrouvent par habitude conformisme ou méconaissance des richesses spirituelles des autres que le pas décisif en avant sera un plus pour la collectivité, or l'ambiance de morosité actuelle les pousse au repli, ce qui est désolant.

Commentaire n° 1 posté par: bernard le 26/03/2007 - 17:17:09

Je ne vois pas le rapport entre les découvertes de la science et les points fondamentaux du dogme catholique. En général, la science se contente de prouver que des mécanismes physiques existent, et de dire qu'elle ne peut pas prouver que des lois spirituelles existent aussi. Or, à ma connaissance, les religions n'ont pas demandé à la science de prouver l'existence de ces lois spirituelles. Mais si la science ensuite conduit à interdire d'évoquer des lois spirituelles dont elle n'a pas prouvé l'existence, c'est que peut-être la science fait trop prévaloir son point de vue.


Rien n'empêche, par exemple, que Jésus soit l'incarnation d'un dieu, puisque la science s'occupe de la matérialité des phénomènes, en général, et qu'un dieu n'est pas de nature matérielle. On ne voit pas pourquoi on devrait se limiter, dans sa vision du monde, à ce qu'a pu prouver matériellement la science. Cela me paraît complètement absurde. Or, sous prétexte d'unité des conceptions sur les phénomènes, on veut justement limiter l'expression des conceptions du monde à celles que la science a pu prouver. Cela me paraît simplement restreindre les libertés.


Voltaire même a dit que des géomètres en étaient arrivés à être athées, mais que la philosophie montrait qu'il existait une providence dans le monde. Si on continue, on va condamner Voltaire au nom de l'unité de la conception des phénomènes. Il faut arrêter d'exiger des religions qu'elles prouvent scientifiquement leurs doctrines ; c'est insensé.

Commentaire n° 2 posté par: Ramiel(site web) le 26/03/2007 - 20:30:13
Ajouter un commentaire
Créer un blog sur arviblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus