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Dimanche 01 Avril 2007

Suivant le conseil de quelques amis, j'ai vu récemment un célèbre film de Brian de Palma : Phantom of the Paradise. Ce qui m'est apparu, c'est que cette œuvre en a inspiré d'autres que j'aime beaucoup. On pourrait penser que c'est prendre les choses à l'envers, mais ce blog ne se prétend pas scientifique : il part de moi, de ma vie. Or, j'ai vu La Guerre des étoiles longtemps avant Phantom of the Paradise, et il s'avère que Darth Vader a certainement pour source le héros du film de De Palma : son costume et la façon dont il s'exprime, à travers une machine qui amplifie la voix, en disent assez long, sur ce point. George Lucas a développé l'effroi inhérent au personnage, mais en lui ôtant son caractère burlesque, et en faisant de lui une figure objective du mal. Néanmoins, Darth Vader a également passé, par amour, un pacte avec le diable, représenté par l'empereur Palpatine : lequel à son tour s'est voué aux démons, à l'esprit Sith : Lucas a bâti une histoire véritablement épique à partir d'une comédie musicale, en la prenant, pour ainsi dire, au mot.

Un autre réalisateur a créé des chefs-d'œuvre en s'inspirant de Phantom of the Paradise : c'est Tim Burton, avec ses deux Batman. Il a lui aussi essayé de créer des épopées pouvant être prises au sérieux tout en conservant la tonalité burlesque du modèle. Ce qui rappelle le plus la référence, c'est un aspect tout à fait matériel, la bouche du Pingouin, qui est la même que celle du fantôme musicien : sauf que Burton la fait passer à l'acte, ce qui est un peu normal : il fallait bien qu'on fût mordu par une bouche aussi affreuse ; sinon, à quoi bon ?

Le fantôme du Paradis se donne de toute façon des airs de super-héros ; il en est un : il détruit un mur de ses mains nues, et il est comme revenu d'entre les morts, à la façon de tant de surhommes célèbres. Il a connu l'épreuve du feu et de l'eau, comme qui dirait. Et puis, semblable à Jupiter, il lance des éclairs : mais cela est réellement burlesque, car chez De Palma, il s'agit d'un éclair fait d'un néon coloré, comme on en trouve dans les salles de spectacle - ici, le Paradis, justement ! C'est mythologique sans l'être : tout est dans les mots et les formes. Les références culturelles sont omniprésentes, et se posent en tant que telles : mais à l'insu des personnages mêmes, et c'est très amusant.

Une autre qualité de cette œuvre, c'est la musique, qui est réellement belle. La cantate du héros, consacrée à Faust, est pleine de feu et de lyrisme.

On a aussi de l'émotion vis à vis des femmes. Evidemment, sur le plan amoureux, cela ne se passe pas du tout comme cela devrait. Si les femmes n'acceptent pas toutes d'être traitées comme des traînées, elles sont de toutes façons toujours prêtes à aimer des hommes qui leur ont rendu des services matériels, plus que de grands artistes inconnus, qu'elles méprisent forcément, qui pour elles ne signifient rien. Elles se fient aux apparences, et le pauvre fantôme ne peut à cet égard que revenir de ses illusions. Les éditeurs, ceux qui détiennent le capital, ont probablement plus de succès auprès des femmes que les auteurs.

Le film contient, néanmoins, des images très belles, et la fantaisie permet la liberté, la création de figures d'un symbolisme pur et profond, comme lorsque le fantôme allume une bougie rouge dans l'obscurité, et commence à écrire : le visage de la muse apparaît au fond, en médaillon, ainsi que des notes de musique. C'est magnifique. Et puis de nombreuses scènes sont réellement drôles, et le rythme faussement épique annonce clairement Orange mécanique, un autre grand et beau film, plein de violence et de poésie.

C'est ce que je voulais dire sur Phantom of the Paradise. Il a marqué l'histoire du cinéma.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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