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Vendredi 13 Avril 2007

J'ai souvent proposé aux syndicats d'enseignants des réformes profondes, structurelles, pour aller dans le sens de ce que j'estimais être le bien commun. En particulier, j'ai voulu réfléchir à la manière dont, au sein de l'Education nationale, on pouvait développer la Liberté, l'Egalité et la Fraternité.

Pour la Liberté, il m'est apparu que les professeurs devaient mieux participer à la vie administrative de leurs établissements, et même à l'élaboration des programmes et de leur pédagogie : le professeur est trop souvent le prolétaire de l'institution. Il devrait avoir un poids plus grand dans la direction de ses affaires. Pour l'instant, il attend que tout lui tombe d'en haut, contraint de faire confiance à ses supérieurs hiérarchiques, lesquels il est ainsi (inconsciemment) amené à diviniser, à regarder comme des entités abstraites, inconnues, voire immortelles. Il tend même à sacraliser la tradition, dont jusqu'aux abus sont approuvés, déjà parce qu'ils sont anciens, pour paraphraser Voltaire.

J'ai aussi songé à l'égalité entre tous les professeurs. Je voulais qu'il ne fût plus possible que pour les mêmes tâches, un professeur certifié, réputé compétent, puisqu'il a été reçu au concours, fût moins payé qu'un professeur agrégé. Je trouve que c'est complètement absurde. Il faut réserver certaines classes aux agrégés, et placer dans ces classes une valeur d'enseignement plus grande : par exemple, celles qui mènent à un examen national ; les heures peuvent être alors mieux payées. Mais la situation actuelle relève du privilège d'État. Un diplôme plus élevé est mieux payé parce qu'il permet d'accomplir des tâches plus complexes ; mais en l'espèce, on laisse simplement entendre que la confiance que les élèves peuvent accorder aux certifiés est moins fondée que celle qu'ils peuvent accorder aux agrégés, ce qui est extrêmement grave : la profession se sape dans ses fondements, les certifiés étant les plus nombreux. L'élève ne doit pas pouvoir douter que son professeur est compétent : il ne doit pas pouvoir penser qu'on l'a employé faute d'avoir trouvé quelqu'un qui en valût la peine, et simplement pour remplir les postes, pour occuper le terrain.

Enfin, pour la fraternité sociale, j'ai fait maintes propositions. Par exemple, une meilleure prise en compte du travail manuel. Il faut, à mes yeux, insérer dans le programme du collège commun des matières manuelles, qui valorisent les bulletins scolaires de ceux qui les apprécient et ont des facilités à cet égard. Les élèves qui ont des facilités d'ordre intellectuel gagneraient, eux aussi, à apprendre ce qu'est la réalisation pratique de ce qu'ils seront à même un jour d'utiliser couramment pour leur travail - voire de concevoir dans leurs bureaux. Et puis sur le plan social, une meilleure compréhension du travail de l'autre rendrait la vie plus facile. L'égalité serait effective, et non pas théorique. Toutes les catégories socioprofessionnelles, apprenant à se connaître, s'uniraient, et le sens de la nation serait amélioré : on partagerait mieux le sort de chacun. Pour l'instant, les Français sont coupés en classes qui s'ignorent (en réalité) les unes les autres, et leur unité reste un vœu pieux : elle repose sur des valeurs abstraites, qu'on peut comprendre très différemment d'un groupe, ou d'un individu, même, à l'autre, et quand des difficultés surgissent, on voit tout le monde essayer de se rejeter la responsabilité des solutions à apporter.

J'ai aussi proposé, pour valoriser la culture acquise au sein des familles, de faire de l'arabe une seconde langue possible, au collège : car celui qui connaît un dialecte arabe ne peut pas, pour l'instant, le faire valoir sur le plan économique, et ce n'est pas bon ; cela nuit à l'égalité des chances, tout en marginalisant les enfants nés de familles arabophones. Cela crée des conflits communautaires, je crois.

Bref, il y a mille moyens de faire progresser les grands principes de la République, au sein des institutions. Mais dans celle qui m'emploie, je n'ai pas, pour l'instant, trouvé d'enthousiasme particulier pour mes propositions - pourtant intéressantes, à mon avis !

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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