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Dimanche 22 Avril 2007

Dans la pédagogie officielle de la France, et peut-être d'autres pays, on s'imagine que le plus important est d'inculquer les valeurs de la nation. Que l'être humain est au départ un sauvage, un animal, un barbare, et que, ce qui le fait devenir humain, c'est sa socialisation par le biais d'une culture digne de ce nom.

Son esprit même n'est constitué que d'idées imprimées sur son cerveau, et ces idées doivent être celles de la doctrine de l'Etat : laïque, et fondée sur le matérialisme scientifique. Cela tourne d'ailleurs en rond, car pour concevoir l'esprit de cette manière, il faut déjà être matérialiste : il faut avoir de la nature une conception au sein de laquelle la matière est la cause de tous les phénomènes.

Cependant, cela n'est pas principalement imputable aux laïques mêmes, comme on pourrait le croire, mais au catholicisme : la façon dont la doctrine chrétienne de Rome a regardé l'individu a mené directement à cette conception de l'esprit. En effet, pour le catholicisme romain, l'esprit de chacun n'est pas directement relié à la divinité, et donc n'a pas de liberté réelle ; seule l'institution, représentative de la communauté, reçoit et contient l'Esprit saint, à la suite, du reste, de l'Empereur : je veux dire, cette idée que la divinité ne rayonne que dans les symboles de la Cité vient de l'ancienne Rome, et non du christianisme en général.

L'humanité a toujours été regardée comme dénuée de maturité par les autorités ecclésiastiques ; la doctrine devait être imposée à l'entendement, afin de créer la conscience religieuse, et l'homme ne pouvait être sauvé qu'à condition de se soumettre à l'autorité, et de conformer son esprit, par conséquent, au dogme établi : c'est ce qui réellement traçait son chemin vers la divinité.

La République, en France, a simplement prorogé cette philosophie fondamentale ; elle s'est contentée de modifier le contenu de la doctrine, du dogme à enseigner pour sauver l'être humain. La pédagogie est donc restée la même, au sein de l'école publique, qu'elle l'était dans l'école catholique, ou n'a changé qu'en surface ; et il en est ainsi parce que l'école catholique elle-même avait simplement conservé la pédagogie qui était de mise dans l'ancien Empire romain, dont la France reste l'héritière.

Or, la Révolution a rendu officiel un concept qui à mon avis s'oppose à cette tradition : la liberté. Laquelle néanmoins reste théorique si elle ne s'appuie pas sur l'idée de Rousseau que l'esprit individuel est relié à la divinité, notamment par le biais du sentiment : chacun est en mesure de juger du vrai et du faux, du juste et de l'injuste - en son âme et conscience, comme on dit ! Et il n'en est pas ainsi simplement parce qu'on ne pourra jamais rien savoir avec certitude des grands mystères, comme certains l'affirment, mais que réellement, l'individu a les capacités intimes, mais mal connues, et encore à l'état larvaire, de percer à cet égard les obscurités les plus opaques.

La pédagogie conçue par Rousseau découle de cette idée de liberté de conscience effective. Ses disciples l'ont tous prise en compte : Decroly (sous la figure tutélaire duquel j'ai grandi, à Paris), Noémi Regard (en Haute-Savoie), Pestalozzi (en Suisse), et Rudolf Steiner (en Allemagne), bien sûr : celui-ci, à la suite des mystiques rhénans, avait une trop haute idée de l'âme individuelle pour qu'il en fût autrement.

En France, globalement, la liberté est restée mal comprise, et regardée d'abord comme l'autorisation d'assouvir ses pulsions intimes sans égard pour la société. C'est que même si on avait limité la liberté à la vie culturelle, comme elle doit l'être, cela n'aurait rien changé, puisqu'en France, cette vie culturelle est profondément liée à l'Etat. Pour se sentir unis, les Français doivent penser pareil.

A présent, il s'agit d'avoir foi en les capacités propres à l'être humain pour mettre fin à l'éducation vue comme endoctrinement. L'enfant grandit et se forme de lui-même : à cela, l'éducateur l'aide, mais il ne crée pas l'humanité de l'enfant ; il l'entretient, la nourrit, lui donne de quoi s'épanouir : rien d'autre.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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