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Lundi 07 Mai 2007

Relisant quelques pages de philosophie naturaliste du XVIIIe siècle, je me suis aperçu que l'idée que rien qui était dans l'être humain ne pouvait être né ailleurs dans la nature, était déjà alors très présente. On disait que les passions, que les élans érotiques eux-mêmes venaient de Dieu, comme dans l'Antiquité. Mais cette idée n'a pas été longtemps prise au sérieux. Rapidement, on chercha dans la nature manifestée et sensible les sources des sentiments et des pensées : le polythéisme païen fit place au matérialisme. Quand même on parlait de Dieu, au XVIIIe siècle, on plaisantait à demi, on cherchait à choquer, ou à répliquer à l'argument religieux selon lequel la raison seule venait de Dieu, à l'exclusion des passions. Ce qui, c'est vrai, était incohérent, et absurde.

Dans les quelques pages que j'ai lues, il y avait quand même l'idée sublime que la nature avait créé les yeux, les mains, mais aussi les pensées. Or, faut-il que la nature n'ait créé qu'indirectement les pensées, par l'intermédiaire des organes qu'on suppose être à leur source ? J'ai émis l'idée, l'autre jour, qu'il n'y avait pas de raison qu'il en fût ainsi. L'époque des Lumières a tiqué à juste titre face à l'incohérence des doctrines religieuses alors en cours, mais, parallèlement, elle fut marquée par un matérialisme spontané qu'on ne songe pas à remettre en cause, bien qu'il ait accompagné la philosophie nouvelle sans lui être nécessairement constitutive.

Sans doute, il existe des forces, dans l'univers, qui ont créé les yeux, les mains, tous les organes physiques, mais aussi, en réalité, les pensées, les sentiments. Or, il n'est pas vraisemblable que ces forces n'aient eu aucune forme de modèle. Je veux dire, la réalité est que, aussi étrange que cela paraisse, on peut appliquer à la création de l'âme les mêmes principes que Pasteur attribuait en général aux organismes : il n'existe pas tant qu'on croit, en ce domaine, de génération spontanée, et en réalité, les pensées ont été engendrées à la façon des organismes, par des éléments qui leur étaient semblables en nature et en essence. De là, mon idée que la subjectivité humaine est créée en fait par une forme de subjectivité qui existe au sein de l'univers, sous la forme d'une simple génération. La lumière intérieure ne s'est pas allumée quand le cerveau s'est échauffé : mais quand la subjectivité contenue dans l'animalité s'est développée, en même temps que le cerveau. L'animal a engendré l'être humain, comme la sphère émotionnelle a fait naître peu à peu la sphère intellectuelle.

Et si on peut s'aider de la sagesse antique, à cet égard, j'aimerais rappeler que les anciens rattachaient, aux sept couleurs de l'arc-en-ciel, sept notes de musique, sept tonalités, correspondant à sept principaux sentiments, mais aussi, à vrai dire, aux sept planètes, ce qu'on comprenait alors ainsi, et aux sept grands anges qui commandaient à des planètes. Les sentiments venaient bien de la nature, mais pas nécessairement des organes, qui ne faisaient que les porter. Ce qui les engendre dans l'être humain, pour les anciens, et chez Eliphas Lévi, aussi, c'est évidemment le mouvement des planètes, formant la hiérarchie des sphères qui ont fondé l'astrologie et qu'on peignait avec art au Moyen Âge, en rattachant les cercles planétaires aux dieux antiques, ou à des figures symboliques, voire alchimiques : car aux sept planètes, on rattachait sept métaux, et quand on les maniait, on pensait éveiller les sept vertus au sein de l'âme.

Plus encore, puisque du jeu des sept essences fondamentales, toute matière était censée sortie, les organes mêmes étaient soumis à des influences différentes. Le corps humain pouvait être représenté d'une façon cosmique, un peu comme chez Léonard de Vinci (bien qu'il l'ait fait d'une manière plutôt abstraite). La femme céleste dépeinte dans l'Apocalypse de Jean figurait sans doute la sainte Vierge, mais aussi l'âme humaine ; or, semblables à des chakras, les astres luisaient sur différentes parties de son corps : on le sait bien. Les membres se reliaient à la Lune, la poitrine au Soleil, la tête aux étoiles. Cela ne fait que trois niveaux : dans ces sujets, il ne faut pas chercher des symétries parfaites.

La grande erreur du christianisme est d'avoir finalement limité à la seule sphère morale les symboles antiques. Cela créa l'incohérence qu'on regarda bientôt comme ridicule, selon laquelle Dieu ne s'occuperait que de la sphère intelligible. Le XVIIIe siècle réagit, face à cela, avec toute la force de son cœur, avec un élan sincère et généreux, qu'il serait sot de le lui reprocher. C'est alors une grande aspiration au bien et au vrai qui s'est manifestée, et qui fut certainement initiée au plus haut des cieux, aussi étrange et paradoxal cela puisse-t-il paraître. Les Lumières furent bien plus saintes qu'on ne l'admet en général. Le Panthéon n'a rien d'usurpé, en ce qui concerne leurs représentants !

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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