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Jeudi 10 Mai 2007

Paris a beaucoup de privilèges. L'autre jour, à propos du statut des fonctionnaires, je faisais remarquer à une relation électronique, comme qui dirait, qu'à Paris, compte tenu des prix de l'immobilier, les fonctionnaires avaient une prime, que leur traitement était réévalué ; or, en Haute-Savoie, les prix sont également très élevés, en grande partie à cause de la proximité de la Suisse, et les fonctionnaires y ont également demandé un ajustement : mais évidemment, ils n'ont pas obtenu gain de cause.

Le plus étonnant reste quand même le statut de la mairie de Paris. Je ne suis pas juriste, je ne connais pas en détail ce statut, et ne peux donc pas en parler d'une manière forcément probante. Mais la façon dont la presse évoque les relations entre le maire de Paris et le préfet de Police sont en général que ce dernier doit rendre compte (ou le fait, en tout cas) au précédent, des opérations menées dans la capitale. Or, dans un département, c'est au contraire le président du Conseil général qui doit rendre compte de son action, et il est surveillé en permanence par le Préfet.

L'élection au suffrage universel du maire de Paris lui donne quand même un rôle assez proche de celui du Dauphin ! On sait peu que le prince du Dauphiné, héritier du roi de France, était prince non seulement en tant que fils du Roi, ou appartenant à la famille royale, mais que le Dauphiné, par surcroiît, avait un statut spécial, étant issu du Saint-Empire romain germanique, et que c'est précisément ce qui rendait le Dauphin très particulier, à la Cour. On a vu souvent le fils s'opposer au père, au sein de la famille des rois de France, en particulier au XVe siècle, époque à laquelle le statut du Dauphin était encore récent et le pouvoir du Roi mal assuré.

Je crois, personnellement, que le statut du maire de Paris est la cause principale de la dérive observée dans les comptes, et la manière dont M. Chirac et son épouse ont assimilé le titre et ses avantages à leur propriété privée. Bien sûr, on peut faire valoir que son actuel successeur est bien plus honnête. Mais quand le titre donne assez de pouvoirs pour qu'on doive s'en remettre au bon vouloir et à la moralité de ceux qui le possèdent, c'est qu'on est dans le droit divin : le titre vient de Dieu, et on en use comme on pense qu'il faut le faire. Si on assimile ses plaisirs à la grandeur de la France, il semblera logique de profiter du titre pour obtenir les voluptés qu'il permet.

Mais plus encore, ce statut de la mairie de Paris rappelle celui de la Nouvelle-Calédonie, ou de Tahiti : il est au fond très autonome. C'est un Territoire d'Outre-Mer, pour ainsi dire ! Paris est véritablement une communauté autonome placée territorialement au cœur de la République, mais à l'abri de tout, ou presque. Son prestige en a fait une cité sainte. La force de Dieu l'habite. Elle ne contient pas seulement des symboles : elle-même en est un. C'est comme un gigantesque temple, dont le grand prêtre est le Maire !

J'avais un ami originaire de Paris qui avait déménagé à Annecy et qui me disait que quand il revenait dans sa ville natale, il avait le sentiment qu'elle était devenue un tombeau. Le peuple s'en était allé, me disait-il. Il faut dire qu'il était un ancien trotskiste. Mais depuis qu'on y avait créé une mairie, Paris lui semblait fait de bâtiments princiers et de machines.

Car l'agitation de Paris, outre qu'elle est liée aux affaires que le statut de capitale de la France y a concentrées, est mécanique : la vie y est essentiellement représentée par l'horrible et incessant flots d'automobiles que M. Chirac est bien loin d'avoir eu envie de restreindre. Pendant que des villes françaises finalement plus évoluées (comme Annecy) réservaient de plus en plus de rues aux piétons, Paris s'en est bien gardé. Or, c'est réellement lié à l'atmosphère aristocratique, princière et gaulliste qui a été installée dans la capitale. On y a des aspirations sociales tellement élevées ! Mais la vie est faite aussi d'une petite bourgeoisie qui aime simplement vivre, et non pas se gorger de visions grandioses. La vie en elle-même est bien plus intéressante que le matérialisme le suggère, et si on ne l'a pas perçu, on ne peut pas comprendre l'écologie - ni même la démocratie, peut-être.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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