Présentation

ramiel.fr

Pseudo: ArviblogCatégorie: SociétéRecommander ce blog
Samedi 19 Mai 2007

J'ai lu l'autre jour une conférence de Georges Goyau, académicien et écrivain catholique, sur Joseph de Maistre, donnée à Chambéry à l'occasion du centenaire de la mort du philosophe de la Contre-Révolution, comme on l'appelle fréquemment. On m'a envoyé ce texte parce que j'ai moi-même produit une allocution sur la littérature savoyarde en général, au sein de laquelle j'avais accordé une large place à Joseph de Maistre.

Georges Goyau s'efforça de démontrer que les prophéties du maître s'étaient bien plus accomplies qu'on ne l'a admis en général. Ceux qui pensent le contraire le connaissent mal. Du reste, moi-même, sous la plume de Jean Gaudon, j'ai vu parler de mésaventure, à ce sujet : Maistre ayant trop mêlé le mythe et l'histoire, il aurait erré et serait tombé dans la fantasmagorie. Hugo, lui, a limité ses visions d'avenir à sa poésie, et Gaudon l'en félicitait, tout en reconnaissant que l'auteur de La Légende des siècles croyait lui-même en ses inspirations grandioses, et qu'elles ne s'accordaient pas pour autant toutes à la réalité. C'était un peu contradictoire, et Hugo a mieux résumé la chose en affirmant que Maistre avait fait de l'histoire avec génie, mais qu'il n'avait pas été éclairé sur le véritable avenir : il avait trop regardé les figures radieuses du passé.

Or, Goyau le montre bien, et ne l'en blâme pas, bien sûr. Mais là où la position de Hugo peut être discutée, et être estimée excessivement mystique, Maistre alla dans un sens profondément raisonnable, en créant l'image d'une cage dorée dans laquelle le phénix ne viendrait pas forcément se placer. Pour Maistre, les révolutionnaires et les nombreux auteurs de constitutions politiques avaient fait l'erreur de croire qu'il suffisait de tisser par l'intelligence des systèmes idéaux, pour que la grâce et la justice divine s'y installent. La raison seule ne suffisait pas ; pour le philosophe savoyard, elle pouvait être vide non seulement d'âme, mais de divinité, et donc de pérennité.

Il croyait que la nature même avait, dans l'obscurité, créé les royaumes, et que la grâce se trouvait dans la hasard, dans le développement lent des régimes politiques, comme émanant miraculeusement du tempérament national. Et évidemment, on peut songer à ces modèles sociaux créés de toutes pièces qui ne parviennent justement pas à résister aux habitudes séculaires des peuples, ou à la mondialisation économique, ou à d'autres flux venus de l'extérieur à la façon de forces obscures.

On peut penser également à cet Etat qu'on demande fréquemment aux citoyens d'adorer sans frein, comme s'il était le réceptacle de la puissance divine, comme si le feu du ciel rayonnait à travers lui. A la rigueur, Maistre ne se fût pas forcément opposé à une telle conception des choses, car il était ambigu, quant à la monarchie de droit divin. Au bout du compte, néanmoins, il rejetait le gallicanisme et le culte d'un roi qui eût été en même temps grand prêtre de la religion : il s'opposait à l'idée de l'Etat-Dieu, estimant que l'action politique en elle-même était tournée vers la matière, à laquelle il refusait d'attribuer aucun pouvoir magique : elle n'était, à ses yeux, que le résultat d'une volonté cachée et immatérielle. Seul un clergé entièrement tourné vers les astres, dans son attention, pouvait saisir ce qui était juste, et le communiquer ensuite aux rois, pour qu'ils agissent conformément aux desseins de la Providence.

Il admettait, cependant, que l'Eglise catholique, de ce point de vue, avait failli, et il réclamait une régénération profonde de la religion ; il considérait, même, que si le catholicisme ne parvenait pas à se renouveler de l'intérieur, une religion nouvelle devrait nécessairement naître, pour la remplacer. Est-ce celle de la science ? Mais en général, on la ramène le plus tôt possible à ses applications, et les fonctionnaires surveillent étroitement les savants que l'Etat subventionne : le gallicanisme s'est donc prolongé même au sein du scientisme, pour ainsi dire !

Quoi qu'il en soit, la vision de Joseph de Maistre, d'un temple qui peut rester vide de son dieu, s'il est mal conçu, est vraiment fascinante. Ce qu'il n'a pas révélé, en revanche, c'est de quelle façon un temple nouveau pourrait recevoir l'approbation céleste et accueillir le phénix d'or ! Pour lui, le temps avait consacré à cet égard l'Eglise latine, et il fallait s'y fier. Il était traditionaliste. Je crois que Hugo a un peu plus exploré ce mystère du temple bien conçu qui reçoit l'ange. J'y reviendrai sans doute, à l'occasion.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
Recommander

Commentaires

Pas de commentaire pour cet article

Ajouter un commentaire
Créer un blog sur arviblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus