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Lundi 28 Mai 2007

Ô que j'aime le printemps, dans le petit pays qui est le mien, et qui s'étend jusqu'à mon horizon ! Il faut que je vous dise que ma maison est sur une montagne, et qu'elle fait face au sud : il s'agit d'une belle montagne ensoleillée, mais au nord de l'Arve, dans une vallée plus proche de la Suisse, et qui, à ce titre, comme le disent les géographes, est déjà dans un climat allemand : il y a peu de rocaille, et tout verdoie ; l'air est assez humide.

Or, quand vient le printemps, et que le ciel est bleu, et vif, l'herbe est plus verte que l'émeraude, et couverte de fleurs de pissenlits, d'un jaune très vif, reflétant les rayons de Jupiter ! Les arbres ont des fleurs très blanches, comme si la couleur même du jaune, en s'éloignant du vert, et en gagnant les couches supérieures de l'air, se purifiait.

Soudain, j'ai le sentiment d'être retourné au paradis terrestre. La chaleur emplit un air pur et parfumé, saturé de cette odeur qui en réalité évoque le musc et la semence végétale.

Devant chez moi, il est une fontaine. Son eau coule inlassablement, et cela me rappelle les poèmes de Verdonnet, qui disent que les fontaines sont toujours de jouvence. Cela fait la douce musique de ce qui tombe, de ce qui forme les choses dans le monde, du souffle même de la matière. La vie indéfiniment la crée.

Au contraire, dans les arbres aux fleurs blanches, les oiseaux chantent, faisant monter l'air rayonnant d'astres, chantant le sentiment de joie qui les habite de respirer un air lumineux et saturé de feux célestes. Monte dans le ciel leur chant si doux, faisant écho aux prières que les anges adressent à Dieu ! Il encourage du reste les hommes à imiter ces anges, en transmettant directement et spontanément les oraisons de la nature remplie de puissance cosmique et rendue joyeuse par l'ascension vers les hauteurs du firmament.

C'est en cela que le printemps, dans ma vallée, est une image de l'immortel Jardin. Parfois, même, il me semble voir des fées, ou des spectres luisants et heureux, des immortels qui aiment la Terre, et donc y vivent. François de Sales, qui a personnellement régné sur le village que j'habite, autrefois chef-lieu d'un mandement qui appartenait au prince-évêque de Genève, a été accueilli dans la branche du pays de Féerie qui s'étend dans ce vallon, et son ombre traversée d'étincelles s'y voit encore. C'est elle qui donne un droit spécial aux êtres élémentaires d'apparaître aux hommes et de transmettre en ces lieux la pure puissance du ciel. Car après sa mort, François de Sales a rouvert, pour ce lieu, le pont qui permet aux anges de descendre, et aux êtres élémentaires de monter à volonté, pour aller chercher le feu des astres et l'onde étoilée des sommets invisibles du monde, et d'en éclairer ou d'en arroser cet endroit béni. Qu'il soit couvert de louanges, ce saint patron des écrivains et des poètes mystiques ! Sans lui, que serions-nous ?

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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