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Jeudi 31 Mai 2007

Marivaux, dans sa pièce La Colonie, fait dire, à un certain moment, quelque chose d'extraordinairement juste, par ses personnages féminins, qui veulent participer pleinement à la fondation de la république qui s'exercera sur l'île sur laquelle tout le monde est venu s'échouer. C'est que les lois occidentales ont été forgées par les hommes, et que c'est la raison pour laquelle elles sont imparfaites : il leur manque la partie du cerveau humain qui est liée à la féminité. Ces dames vont jusqu'à dire que les dieux ont fait l'univers également partagé entre le principe masculin et le principe féminin, et qu'ainsi, les républiques pèchent parce qu'elles ne sont pas représentatives des vraies lois de l'univers.

Que depuis le XVIIIe siècle on ait laissé les femmes occuper les emplois anciennement réservés aux hommes n'a pas nécessairement changé cet état de fait, qui est complètement réel : Marivaux a montré son génie simplement par ces quelques lignes. Comme artiste, poète, écrivain de théâtre, précurseur du romantisme, il savait à quel point la sensibilité, l'intuition, le sens de la beauté, de la grâce, de l'harmonie, de la chaleur, de l'amour, sont fondamentaux dans toute société humaine : c'est par là qu'une vraie fraternité peut se développer. L'intellect du mâle ne songe qu'à créer des lois. Les femmes songent d'abord à harmoniser dans la pratique sociale même les tempéraments.

La féminité dans l'Etat, sans question artificielle de parité (car si cette parité n'est pas spontanée, c'est justement parce que l'Etat au départ reste marqué par l'âme masculine), cela peut se traduire sur le plan culturel, dans ce que l'Etat subventionne prioritairement. La science apparaît par exemple comme très importante à tout le monde : mais dans la mesure où c'est un réflexe, il est masculin. Car on sait bien - des statistiques l'ont prouvé - que les femmes estiment que régler les problèmes de la vie quotidienne passe aussi par ce qu'on appelle le développement personnel, voire la religiosité, ou au moins les arts, tout ce qui s'adresse à l'âme, au sentiment, autant qu'au cerveau, à l'intellect. Et ainsi, la part de féminité de l'Etat, c'est nécessairement de moins honorer les sciences, et davantage les arts, la poésie, la sculpture, et ainsi de suite.

D'ailleurs, pourquoi parlons-nous d'Etat ? Est-ce que chaque être humain ne devrait pas réunir en lui toutes les qualités que peut avoir un être humain ? Cela veut dire que tout homme doit cultiver en lui des vertus proprement féminines - et toute femme, des vertus proprement masculines, bien sûr. Ce qu'il faut combattre, tant chez les hommes que chez les femmes, c'est le sexisme : ceux qui évoquent les différences entre les sexes non pour les constater, mais pour les fixer, voire pour s'en prévaloir, et inventer que ce qui est proprement féminin ou proprement masculin est forcément supérieur à son pendant dans l'autre sexe. Car il n'en est pas ainsi : c'est un mensonge. Tous les êtres humains sont égaux, homme ou femme.

Même, la différence entre les sexes n'est pas aussi radicale qu'on veut bien le dire. Un homme peut se sentir femme, une femme peut se sentir homme sans que cela soit un sujet de scandale. La liberté sexuelle est aussi cela : dans la mesure où l'homme et la femme sont semblables, il n'y a pas de raison que leurs voluptés diffèrent.

Et puis j'ai déjà évoqué le jour futur où une nouvelle langue sera inventée par les poètes, qui pourra être parlée par l'ensemble de l'humanité enfin réunie et réconciliée, comme avant la tour de Babel, et donc, enfin pacifiée et propre à conquérir les astres, à former une nouvelle nation d'anges. Eh bien, je vais faire encore le prophète : les anges n'ayant pas de sexe distinct, il faudra aussi que l'être humain en passe par ce stade, fanchisse ce seuil. Or, cela ne se fera pas par élimination d'un des deux sexes, mais union, symbiose entre les deux. Et cela n'aura évidemment pas lieu, d'abord, sur le plan physique, mais moral : les âmes se rapprocheront toujours plus pour devenir généralement humaines, à l'image de l'univers pris dans son entier, dans ses deux faces, féminine et masculine ; et dès lors, je le crois, même sur le plan physique, des transformations profondes pourront avoir lieu. Teilhard de Chardin disait que c'était la férocité qui avait donné au tigre sa forme, et non l'inverse. Y a-t-il des raisons de penser que la forme propre à chaque sexe est plus indépendante de l'âme que celle du tigre ?

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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