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Mardi 12 Juin 2007

La République a sept symboles, comme les Anciens comptaient sept planètes, l'Apocalypse sept anges, l'Alchimie sept métaux - correspondant aux sept couleurs de l'Arc-en-Ciel -, l'Eglise catholique sept Vices et sept Vertus, la sainte Vierge sept douleurs. J'ai du mal à comprendre pourquoi les sept symboles de la République n'ont pas fait l'objet - comme les symboles de l'ancienne Rome ont suscité l'Enéide de Virgile - de poèmes, de tableaux, d'épopées, de sculptures, de temples : c'est ce qui manque cruellement à la République. Elle ne s'enracine pas assez dans les âmes. Elle demeure trop dans l'intellect.

A vrai dire, le romantisme a quand même essayé de créer une mythologie républicaine : Victor Hugo, avec sa poésie visionnaire, en est l'exemple majeur. La Légende des siècles embrasse toutes les traditions antérieures, et on pourrait dire qu'elle est complétée à cet égard par la poésie de Leconte de Lisle. Mieux encore, le poème Plein Ciel, de Hugo, synthétise tout, et trace une grande religion de l'avenir, universaliste, progressiste, se fondant sur l'idée d'un homme devenu dieu, qui émerveille les anges. C'est un texte éblouissant.

Vigny a également exploré, dans Daphné, le caractère profond et emblématique d'une grande figure de ce qu'on pourrait appeler l'ésotérisme républicain : Julien l'Apostat, dont on sait qu'il a rétabli, à Paris, le culte d'Isis. Hugo, avec La Mort de Satan, a fait toute l'épopée de la Liberté incarnée au sein de la République, à son tour, et elle prend racine dans l'origine du monde, l'époque des premiers seigneurs parmi les hommes - Nemrod, le temps des Géants : c'est sublime.

Or, si on voulait vraiment rattacher les citoyens, par le tréfonds de leur cœur, à la France moderne, il faudrait mieux exploiter, dans l'éducation, ces écrits. Les élèves devraient en apprendre avec enthousiasme des passages, comme les Anciens le faisaient avec l'Iliade et l'Odyssée.

Mais plus encore, les artistes devraient participer. Des fables sur le Coq gaulois ; des épopées sur la Prise de la Bastille, le 14 Juillet ; des odes mystiques sur les figures angéliques et immortelles, les vivantes allégories de la devise : Liberté, Egalité, Fraternité ; des poèmes hermétiques sur le mystère du Sceau ; des variations mélodiques de l'Hymne républicain ; des temples en l'honneur des divinités qui ont inspiré la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, encore, et des récits mythologiques sur la façon dont elles ont créé le monde - ou du moins, le pays ; voilà ce qui véritablement pourrait rénover la République et en faire un authentique objet de vénération, ou d'amour, d'affection vivante et individualisée, au sein de la population : les valeurs partagées de la communauté toucheraient le cœur, et non plus seulement le cerveau.

Le sens du Bien commun peut être donné de cette manière. Il ne faut pas en douter. Même si on trouve mes idées à cet égard excessives et farfelues, je suis persuadé qu'en expérimenter une partie donnerait de grands résultats. Et déjà, réhabiliter la poésie épique de Hugo serait d'un profit considérable. Il suffit de la prendre de nouveau au sérieux !

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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Commentaires

A vos plumes, citoyen ! euh ! je voulais dire à ton clavier, camarade Ramiel !


Tovaritch Ramiel je propose une souscription publique pour l'édition nationale de tes oeuvres régionales.  


A mort l'oppression ! Libérez le blog de Ramiel ! 


 

Commentaire n° 1 posté par: iPidiblue petit garde rouge du peuple savoyard le 12/06/2007 - 14:20:18
Cher Ramiel, comme il appert que je suis tricard chez Soupline, ce qui ne me déplaît pas, d'ailleurs, et que je vous aime bien, parce que vous êtes un Humaniste, un vrai de vrai, je me permets de vous dédier le texte que mon père , Georges-Arthur Goldschmidt, prononça pour sa remise de légion d'honneur le 22 mai dernier à l'Ambassade d'Allemagne.
Bien à Vous, votre Mâc
D’un pays, l’autre


La simple expérience biographique ,le „vécu“ d’un individu, du seul fait de sa durée peut éclairer l’histoire racontée (die Historie) dans la mesure où par les hasards de la naissance et des circonstances on s’est trouvé jeté aux marges du déroulement de l’histoire (die Geschichte). L’anecdotique se trouve ainsi propulsé au coeur de sa transmission dont chacun sait bien qu’elle est désormais largement interrompue. .
Rarement peut-être le changement de génération a été aussi radical qu’il l’est de notre temps si bien que le témoignage peut avoir pour intérêt de faire voir, il est vrai nécessairement par le petit bout de la lorgnette, ce qu’il en était. Pour cette raison le recours à la première personne est hélas inévitable puisqu’on est le seul à pouvoir transmettre ce qu’on a vu.
 Aux deux bouts de la chaîne on est en plein paradoxe, on peut à la fois, alors qu’on était déjà interdit d’existence, avoir vu, assis sur les épaules d’un SS, qui en l’occurrence ne savait vraiment  pas ce qu’il faisait, passer en 1935, Hitler dans les rues de Hambourg. On peut  aussi cinquante trois ans plus tard avoir eu l’insigne honneur d’avoir été appelé par le Président de la République, François Mitterrand, à siéger au sein du Haut Conseil Culturel franco-allemand pour y représenter avec neuf autres personnalités de la vie intellectuelle la France en Allemagne,.Ce fut, en effet, un honneur infiniment troublant pour un enfant luthérien né au sein d’une des plus anciennes familles juives de Hambourg, des juifs qui dés la fin du XVIIIe siècle avaient pratiquement abandonné le Mauscheln, c.à d. le yiddish et qui avec passion s’étaient mis à se sentir allemands, au point que mon arrière grand-mère contribua à la création des tout premiers jardins d’enfants d’Allemagne en 1853. elle fut aussi une amie dela miliota    nte de la liberté que fut Malvida von Meisenbug à laquelle Jacques le Rider a consacré un beau livre.
Ces juifs convertis au protestantisme dés 1869 et qui ne se marièrent qu’entre juifs se sentaient tellement allemands que mon propre père ne se remettait pas d’avoir croisé Bismarck dans le Sachsenwald, cette sombre forêt aux portes de la ville.  Ami d’Albert Ballin, le fondateur de la célèbre HAPAG, il arborait fièrement ses Schmisse, les trois cicatrices qu’il avait au front, preuve qu’il était studiert, qu’il était un Akademiker et qu’il avait comme tout Allemand qui se respecte fait partie d’une corporation battante d’étudiants, l’Alemani,a si je ne me trompe. Norbert Elias a écrit ce qu’il fallait penser de cette étonnante manifestation de barbarie primitive qu’est le duel au coeur d’une société dite civilisée. C’était l’ère d’une Allemagne prussianisée, efficace et qui se prenait pour réaliste dont il fallait absolument extirper tout sentiment personnel, toute tendresse et on sait que les instituteurs prussiens s’y entendirent à merveille pour neutraliser ce peuple tout entier, qu’on relise donc Wilhelm Busch ou les „fliegende Blätter“
On mesure mal aujourd’hui ce que fut le dressage entre 187O et 1914 au niveau par exemple de l’école primaire, véritable univers punitif. Mon père éminent juriste, sollicité à deux reprises de siéger au tribunal constitutionnel de Leipzig faisait partie de ceux qui, dés avant la Première Guerre mondiale, avaient de toutes leurs forces contribué à la grandeur de ce Reich naissant tout entier fait d’efficacité. Il était né en 1873 et son propre père avait joué au 66 avec Theodor Fontane. Ceci simplement pour dire à quel point la famille plongeait dans la germanité, jusqu’à conduire une vieille cousine à se suicider en s’enveloppant du drapeau noir-blanc-rouge de désespoir devant la terreur nazie en train de ravager l’Allemagne.
Il faut se représenter un décor à la Buddenbrooks, deux crans au dessous cependant, avec toute la garniture, bibliothèque d’ébène sur trois murs du cabinet de travail paternel avec tout le monde relié or sur cuir, Goethe, Schiller, Hebbel, Schopenhauer , Dehio, Burckhardt, toutes les autorités, les Respektpersonen brevetées et même l’affreux Heine, lointain et infréquentable cousin , le Nestbeschmutzer qui rappelait trop ses origines à la famille, aussi l’avait-on ne plus petit, facile à cacher derrière les gros livres.
C’est que la honte des origines allait jusqu’au rejet de toute ce qui pouvait les rappeler, n’était-on pas allemand et uniquement allemand et pourtant Heine est tel Nietzsche non seulement l’un des grands maîtres de la langue allemande, mais de plus, il a su cent  ans avant sentir et prévoir tout ce qui allait arriver, il suffit p.ex. de relire Histoire de  la religion et de la philosophie en Allemagne traduit par Jean-Pierre Lefebvre aux éditions de l’Imprimerie Nationale pour s’en convaincre.

Tel est l’un des tragiques paradoxes des Juifs allemands, plus leur fusion à l’Allemagne était grande, plus ils se sentaient allemands, plus ils se rendaient visibles comme des miroirs qui retourneraient aux Allemands leur propre image et plus on les rejetait. La fusion à l’Allemagne était pourtant totale au point que son existence entre 1871 et 1933 n’est pas pensable sans l’apport de ces Allemands là, au point aussi que leurs origines  n’étaient plus pour la plupart qu’une appartenance vague, sin on un mauvais souvenir. C’est avec allégresse qu’ils contribuent sans le savoir à creuser leurs tombes futures jusqu’à financer à travers Bleichröder la paranoïa bismarckienne Ils contribuèrent de toute leurs forces à l’édification réussie d’un état dont on sait ce qu’il en advint en 1933.
Mais le plus étonnant n’est peut-être pas la catastrophe national-socialiste qui correspondait probablement à un refoulé européen de vielle date que le prodigieux retournement  qui s’est opéré en Allemagne à partir des années cinquante du siècle dernier, jusqu’à faire de ce pays, vraiment venu de loin un extraordinaire modèle de démocratie.
 Peut-être faut il passer par cette symbiose manquée pour sentir à travers l’exil et une citoyenneté nouvelle ce qu’il en est de la double appartenance et de cette réciprocité des cultures .
C’est la fusion dans une même tête de deux passés et de deux présents qui peut faire ressentir à quel point ce que l’on doit à l’un on en est aussi redevable à l’autre. Quitter un pays à dix ans, en sachant parfaitement  qu’on y est indésirable produit dans la mémoire une commotion photographique et une concentration, tels que les images, par effet de sidération restent une vie durant absolument intactes et ineffaçables, si bien qu’on conserve en soi, en 2007, une Allemagne proche encore de celle de Fontane, sinon même d’Eichendorff, avec les ameublements, les expressions, les habitudes, les comportements tout droits issus du XIXe siècle: les parents ,en effet étaient adultes en 1900.
Or cette Allemagne des Gartenlokale et du Biedermeyer, celle de Spitzweg et de Ludwig Richter était aussi celle des crétins en uniforme caca d’oie qui veillaient par groupes de trois dans les rues du village à ce que tout le monde saluât à l’allemande, c’est à dire fasse le salut hitlérien.Tout le monde de plus connaissait jusqu’au sein de la vie quotidienne la présence des camps de concentration puisque j’entends encore une voisine  me dire en 1937: „si tu n’es pas sage tu iras en camp de concentration, Wenn du nicht artig bist, kommst du ins KZ. On ne mesure plus aujourd’hui, en nos temps  de démocratie ce qu’est la terreur lorsqu’elle pèse sur un pays entier.
C’était aussi le temps où à l’école, l’oncle jaune, la baguette de bambou   régnait encore, on y apprenait la Lorelei avec pour signature „Dichter unbekannt“, mention qui ne pouvait que paraître exorbitante et extraordinaire, même, à un enfant qui ne sachant pas très bien de quoi, il retournait, trouva tout au moins qu’on était bien négligent quant au patrimoine national pour ignorer la provenance d’un tel poème. La vraie raison pour laquelle les nazis avaient supprimé le nom de Heine sous ce célèbre poème, les parents n’osèrent la dire, c’était trop dangereux et ils n’avaient plus les ressources nécessaires pour pouvoir émigrer. Le nazisme, en effet, jusque dans se fibres les plus intimes, ne fut jamais rien d’autre que la volonté systématique d’éradiquer l’Allemagne d’elle-même, de supprimer à tout jamais ce qui avait tant fait pour qu’elle soit elle-même.
Mais le pire, et on  sentait peser sur soi comme une  chape d’angoisse indéfinie, c’était à quel point la LTI, la lingua tertii imperii, la langue hitlérienne avait pris possession de la langue maternelle, se substituait à elle en toute occasion par des créations verbales aussi sottes que terrifiantes et qui bloquaient de plus en plus l’expression de toutes part. Il ne faut pas oublier que le nazisme fut aussi un effort insensé et criminel de destruction irréversible de la langue allemande et qui, il ne s’en est pas fallu de beaucoup, aurait pu réussir. Il faut pour mémoire rappeler ici le Journal de Victor Klemperer qui inventa d’ailleurs le terme de langue du troisième Reich.
Paradoxalement l’exil permit d’échapper à l’emprise de ce jargon et préserva la langue maternelle, en réserve, intacte et inutilisée des années durant À elle se substitua la langue d’accueil, la langue de  la préservation dans la quelle tout se fit et en particulier la découverte de l’esprit critique et des audaces verbales à l’égard des autorités et qui ne purent qu’étonner un jeune allemand.
C’est pourquoi entendre dans l’infamie de l’ Occupation la France Libre de Radio Londres inciter à la désobéissance, à la Résistance fut une expérience majeure et qui suffit à orienter une vie entière. Nous adolescents, en effet, savions en tout cas avec une certitude presque physique que le général de Gaulle était la voix de la France, mais ce qui reste surtout indissolublement lié à cette langue et à ce pays, c’est que trois ou quatre personnes risquèrent leur vie, et sans hésitation aucune pour éviter la déportation à un jeune garçon de seize ans énurétique, à demi fou et insupportable.
Un autre exemple de sidération me fut donné le jour d’octobre 1943 où suite à la dénonciation par la cuisinière de l’internat, un officier de la Wehrmacht et deux soldats vinent nous arrêter mon frère aîné et moi, je vois encore les deux trous des mitraillettes qui me visaient, ils ne nous trouvèrent pas ou firent semblant. Quelques jours auparavant, j‘avais vu dans les rues du village, les juifs parqués là, embarqués sur des camions dont personne ne savait encore qu’ils allaient droit vers Auschwitz, à bord un merveilleux petit garçon polonais que des Résistants tentèrent de cacher et qui ne parlait que le yiddish, je tentais de le persuader, mais il ne voulait pas quitter ses parents, je me trouvai paradoxalement dans la situation du jeune personnage de Louis Malle de Au revoir les enfants.

On ne mesure plus non plus aujourd’hui ce que fut alors le Libération de 1944 et comment celle-ci fut suivie de la découverte de ce même esprit de désobéissance et de remise en cause des autorités dans une littérature pourtant toute soumise matériellement à l’autorité royale en plein XVIIe siècle. Lire La Bruyère et ses critiques politiques d’une insolence et d’une virulence bienfaisantes, ou La Fontaine ou Molière puis surtout le Voltaire de l’Affaire Calas, sans parler plus tard du Zola de l’Affaire Dreyfus, ne pouvait qu’éblouir et enchanter un jeune Allemand qui dés l’enfance fut éduqué plus ou moins à la prussienne et dans la déférence à toute forme d’autorité. La littérature devenait ainsi un instrument de découverte personnelle, d’insurrection contre le monde adulte qui finalement n’avait inventé que mise à mort et persécutions de toute espèce.
De plus et ce fut par hasard, mais chacun le sait le hasard ne l’est qu’après coup, la découverte simultanée du Prometheus et de l’Erlkönig de Goethe, à l’âge de l’adolescence, cela inaugure les dimensions fondamentales,  d’une part qu’on ne doit pas de respect aux puissances d’établissement et d’autre part qu’on peut formuler l’interdit. Quand on a dix huit ans, de tels poèmes déterminent tout le reste et le reste de la vie consiste à en chercher confirmation.
Or ce que révéla ainsi la littérature allemande, ce fut la française qui le continua de façon flagrante, explicite car le mauvais esprit et la rébellion restaient tout de même marginaux dans l’expression littéraire allemande qui n’eut que tardivement la possibilité de se déployer, toujours menacée de la colère des tyranneaux locaux, Seume ou Schiller  au XVIIIe et on le sait bien  au XIXe siècle Georg Büchner ou Heinrich Heine en savaient quelque chose, sans parler, chacun le sait du XXe siècle.
L’école française, bien sûr, ne se proposait nullement d’enseigner ce qu’on appelait jadis le „mauvais esprit“, mais elle le faisait sans le vouloir et donc d’autant mieux. Partout dans la littérature française, malgré les apparences, il y avait toujours de l’inconfortable, de l’inconforme de la désobéissance et rien n’était plus réconfortant que cet apprentissage de la désobéissance, il est vrai qu’à Berlin aussi on dit „Was verboten ist, das macht uns gerade scharf.“ Mais peut-être, l’histoire aidant on le disait depuis moins longtemps et de façon moins inscrite, peut-être dans les textes formateurs de jadis.
Un lycéen allemand ne rencontrait qu’assez peu d’auteurs compromettants qui unissaient à la fois la rigueur de pensée la plus extrême et la souveraine indépendance d’esprit , si entière qu’elle en devenait politique. À cette époque, le lycée français enseignait, peut-être un peu malgré lui, la lecture des grands textes littéraires, de sorte à ne pas les croire sur parole, pour voir comment ils étaient faits et on apprenait l’esprit critique de surcroît. Il suffisait ainsi de lire le Candide de Voltaire pour être à jamais guéri de l’obéissance aveugle aux impératifs et le Traité de la servitude volontaire d’Étienne de la Boétie pour mesurer  à quel point toute tyrannie est faite de ceux qui se laissent tyranniser: „Ils disent qu’ils ont toujours été sujets, écrit La Boétie, que leurs pères ont vécu ainsi. ils pensent qu’ils sont tenus d’endurer le mal, s’en persuadent par des exemples et consolident eux-mêmes, par la durée, la possession de ceux qui les tyrannisent.“ Le même La Boétie  écrit quelques lignes plus bas dans ce petit livre de soixante pages à peine, : „Le Grand Turc s’est bien aperçu que les livres et la pensée donnent  plus que tout autre chose  aux hommes le sentiment de leur dignité et la haine de la tyrannie. Je comprends que dans son pays il n’a guère de savants et n’en demande.
Ce court livre fut d’ailleurs publié dés 1593 en langue allemande à Strasbourg, mais resta dans l’un et l’autre pays une sorte de Geheimtipp, presque de botte secrète.
Ce que la concomitance de deux expériences nationales dans un même esprit apporte ainsi de déterminant, c’est la perpétuelle remise en cause des acquis, non leur rejet, bien entendu, mais leur confirmation , bien plus, par cette constante vigilance, par l’examen, comme instinctif de leur crédibilité; d’où l’importance dans l’expérience bilingue de textes tels que celui là ou de celui de Kant, resté tout aussi peu connu, sinon proscrit puisqu’il n’a jamais connu d’édition qu’au sein d’inaccessibles Gesamtwerke, à savoir Was ist Aufklkärung Que sont les lumières qui débute par la phrase trop rarement citée et qui est plus actuelle que jamais:“Aufklärung ist der Ausgang der Menscheit aus selbstverschuldeter Unmündigkeit“ les lumières sont la sortie de l’humanité d’un état de sujétion qu’elle doit à elle-même. Car on ne trouve jamais chez l’un que ce qu’on trouve aussi chez l’autre, la différence est toujours de l’ordre du décalage historique, comme si la Révolution française avait matérialisé la pensée philosophique allemande. De tels esprits existaient évidemment et nombreux en Allemagne, mais interdits de séjour, condamnés à la prison comme Schubart ou à l’exil comme Heinrich Heine

 Rien d’aussi vital et d’essentiel que ce permanent échange dans un même esprit entre ce qui est allemand et ce qui est français. Il ne s’agit pas de comparaison purement abstraite entre France et Allemagne mais du vécu réciproque au plus profond du soi intime, ce qui est français, c’est une sorte de bienveillance du visible, telle qu’elle s’est manifestée dans l’histoire de la peinture de ce pays, de la Piéta d’Avignon  à Nicolas de Staël en passant par Poussin, la familiarité toujours possible par un fin glissement dans ce que sont les êtres et les choses, ce qui est allemand, c’est la perception première, c’est la voix maternelle, qu’on emporte avec soi, à tout instant de la vie, ce sont des bruits qu’on n’oublie pas, mais c’est aussi une angoisse une tension diffuses, une menace presque universelle, ce qui est français, c’est la certitude de liberté, ce qui est allemand c’est le « sentiment de l’existence ».

Aussi était-il pour le moins paradoxal de se mettre à faire de études d’allemand, en Sorbonne, en 1948, quatre ans, somme toute, après la Libération et quand à quinze ans on a vu devant soi les petits trous noirs des mitraillettes des soldats allemand,s venus vous prendre, mais dont l’officier fit semblant de ne pas vous voir, on s’y engage comme à distance, en prenant la chose au sérieux, mais à l’envers . Il est vrai que tous ces textes au programme, issus d’un temps soudain à jamais révolu, prenaient quelque chose de suranné, de presque grotesque, les Gundolf, les Korff  ou de bien plus sinistres  des Cysarz ou des Ernst Bertram ou plus redoutables encore tels Friedrich Sieburg ou Ernst Jünger sonnaient à ce point faux, rien que par l’allemand gonflé et outrecuidant qu’ils déversaient sur leurs lecteurs écrasés de respect qu’on ne pouvait qu’en rire, jaune, une fois la terreur révolue.
Heureusement, il y avait  ce qui n’était pas au programme et qu’on avait commencé à savoir dés 1947, que de très jeunes gens d’à peine vingt ans avaient donné leur vie pour qu’il ne soit pas dit que l’ignominie hitlérienne ait absorbé à tout jamais l’Allemagne. C’est, en effet, le mouvement de la Rose blanche qui pour beaucoup d’entre nous a rendu de nouveau possible une Allemagne nouvelle, qui a sauvé l’Allemagne à nos yeux. Les huit textes polycopiés par Hans et Sophie Scholl et rédigés par eux et leurs camarades, formulent à eux seuls en vingt pages à peine ce qui faisait la substance même de la civilisation allemande, bien plus que la « pensée » de tel philosophe compromis à jamais et dont quelques années plus tard on fit un parangon de germanité censément profonde.

Rien ne fut plus étrange à cet égard que la redécouverte en juillet 1949 d’une Allemagne de l’Ouest qui quelques semaines plus tard allait passer de l’état de „trizonie“ (Trizonien) à celui de RFA. Spectacle étonnant que celui de Cologne fait de tas de décombres où ne restaient debout que le Dom et le Hauptbhahnhof tous deux intacts ou presque. On traversait la Ruhr où aucune usine ne paraissait avoir été bombardée, où les haut fourneaux en pleine activité flamboyaient dans la nuit. Au bout du voyage Hambourg, de l’autre côté de l’Elbe, se dressait apparemment intact, une seule tour manquait à l’appel, mais ce n’était qu’une illusion, les bombes au phosphore avaient littéralement fait fondre l’intérieur des immeubles et recouvert la brique d’une somptueuse couche de laque, le métal avait coulé comme de l’eau et s’était figé d’un coup, et pourtant la prospérité fleurissait parmi les ruines et partout les Imbissstuben (les boutiques de saucisses chaudes) s’installaient, on voyait des enfants étiquette au cou que lisaient les adultes qui se les passaient les uns aux autres, c’étaient les fameux Bombenkinder qu’on envoyait se refaire en Bavière, les trains comportaient encore des vastes compartiments pour „Voyageurs avec objets encombrants“ (Reisende mit Traglasten) pour bricoleurs qui „organisaient » leur maison avec du matériau de récupération volé aux Libérateurs angl&ais ou américains. Un an plus tard les fortunes étaient faites, les Baulöwen avaient tous trois mercédès, les anciens nazis étaient tous réintégrés et promus à l’échelon supérieur et personne n’avait rien vu, rien su mais tout le monde avait été dans la „Innere Emigration“ dans l’émigration intérieure et tout le monde avait été contre.
Qui aurait pu supposer que ce si charmant professeur d’université ami, germaniste de réputation internationale qui me donnait de leçons de vha avait réorganisé la germanistique allemande au profit du NSDAP. Thomas Mann n’était pas le bienvenu et Bertold Brecht encore moins, le grand homme du moment c’était un certain Rudolf Binding qui avait écrit un „Holocauste“ quelque peu larmoyant. On ne se remettait guère de la Schuldfrage de Jaspers mal comprise. Le jeune écrivain Wolfgang Borchert, disparu en 1947 aidait la bonne conscience et l’autocommisération, Heinrich Böll faisait ses débuts et le Theater im Zimmer (le théâtre en chambre) vivait ses meilleurs moments. C’était une Allemagne en suspens qui ne savait que faire d’elle et qui pour la première fois depuis qu’elle existait, mangeait à sa faim, cela rassurait, on la voyait devenir pacifique et débonnaire.
Le Wirtschaftswunder, le „miracle économique“ avait permis qu’on ne parle surtout pas de ce qui dérangeait. On n’en fit pas moins de louables efforts de Wiedergutmachung, de réparations aux victimes qui avec le procès d’Auschwitz à Francfort en 1967 conduisirent en une dizaine d’années au changement historique le plus considérable qu’une nation ait peut-être vécu. La transformation de l’Allemagne fut extraordinaire, jusqu’aux gestes quotidiens qui s’assouplirent, les corps des gens avaient perdu leur raideur d’avant guerre, leur côté zickzack imprimé au plus profond par des générations de parades militaires. Les petites filles enfin ne faisaient plus leur insupportable Knicks (révérence) et les jeunes garçons s’étaient débarrassés du servile Bückling (la courbette). C’était comme si tout à coup la liberté était  en train de devenir un vécu intime.
Il est vrai que nous sommes encore quelques uns à avoir vécu corporellement le nazisme, à l’avoir pour ainsi dire encore sous les ongles, inclus, hélas au plus profond de notre être, de ce fait nous ne pouvons être des témoins objectifs puisque pour nous, n’avoir pas à se retourner dans la rue pour voir si on est suivi, est à soi seul déjà un fait politique majeur.
Dans l’échange franco-allemand de ce temps là, entre 1970 et 1990 on avait beau être familiarisé avec l’un et l’autre certaines choses restaient fondamentalement intransmissibles. Les lycéens de la banlieue Nord de Paris avaient beau partir pour la paradisiaque RDA et y admirer sportifs dopés et Plattenbauten, on avait beau multiplier les échanges de plus en plus nombreux avec la RFA, le „Jardin des malentendus“ n’en subsistait pas moins. Mais sur le plan quotidien des relations humaines, les jumelages de villes ont été un fait majeur dans les relations entre les deux pays et ils ont largement déblayé le terrain des clichés réciproques.
Mais sur le plan des idées le jardin des malentendus restait obstinément ratissé et émondé de la même façon, on continuait en France à avoir besoin d’une Allemagne vaticinante et prophétique, ouvrant toute grande les portes des sempiternels clichés: ainsi pendant plus de trente ans toute la pensée philosophique française n’avait plus d’existence qu’en fonction d’une certaine tendance de la philosophie allemande compromise dans ses fondements même par son adhésion au national-socialisme, Heidegger, en effet, était devenu l’exclusive référence de toute la pensée philosophique française, sans que ses lecteurs français soient toujours en mesure de déceler l’inflexion de base de cette pensée. Plus tard, et pire encore ce fut Carl Schmitt qui pour des raisons encore moins obscures fascina le même public quelque peu naïf.
On a du mal  dans les milieux de pensée à se défaire de l’image d’une Allemagne wagnérienne et crépusculaire de la Fin des temps, alors que la réalité de ce pays est totalement différente. Nul pays d’Europe n’a a ce point  viré de bord, nul autre peut-être a réussi pareille évolution et de nul autre on peut autant espérer la suite. Nul pays n’a affronté avec un tel courage, une telle honêteté, une telle lucidité un passé effroyable. Aujourd’hui la démocratie est assez puissante en Allemagne pour la préserver de ses anciennes tentations et des rêves apocalyptiques qui quelque part dans les extrêmes profondeurs restent en attente.. Il faut avoir connu les hordes cuissues en uniforme caca et l’universelle délation, l’enthousiaste méfiance de chacun et la raideur des démarches, jambe jetée en avant pour mesurer pleinement la distance parcourue en soixante ans.
La traduction peut jouer à cet égard un rôle aussi déterminant que les échanges, c’est par elle que passe la façon d’appréhender l’autre, puisque le bilinguisme est une situation idéale assez peu fréquente. La traduction est cette étrange activité qui montre ovale ce qui est rond et en bleu ce qui est vert et qui par définition fait voir les choses comme elles ne sont pas. On peut passer, une vie entière à franchir les différences sans en rien les abolir chacun connaît das Unheimliche, die Ahnung, d’un côté les contritions et les passages  de l’autre, ces innombrables petits mots intraduisibles, ces concepts qui ne passent pas de l’une à l’autre, comme l’idée de laïcité qui reste incompréhensible au delà du Rhin et qui veut simplement dire que chacun dispose librement de ses croyances ou de n’en avoir aucune, sans que ce puisse en rien être affaire de l’État .
 La laïcité tant vilipendée ne veut rien signifier d’autre que la discrétion de la République qui laisse ses croyances à chacun, sans en privilégier aucune, elle n’est pas autre chose, elle est  l’édification toujours à refaire d’un consensus d’ensemble sur un certain nombre de principes politiques simples : liberté de pensée et   raison.     
À l’inverse,pour finir, reste difficilement accessible à un esprit français l’ancien les concept allemands d’Obrigkeit et de Pflicht, d’origine luthérienne qui supposent une soumission presque inconditionnelle à ce qui est supposé au dessus. Les traditions ne sont pas les mêmes et la liberté d’esprit n’a pas forcément les mêmes références. Les minorités sont devenues citoyennes dés la Révolution et c’est du temps encore de la Royauté que fut définie la loi du sol qui fait de la citoyenneté une affirmation de liberté civique. La naturalisation est ainsi un acte majeur qui permet d’associer et de fondre les identités qui ne prennent tout leur sens que dans leur réciprocité ainsi, malgré les avatars effroyables et tragiques de l’Histoire avoir deux nations, deux cultures, deux histoires en soi est un cadeau du destin et une chance quotidienne..
Voilà, c'est le discours somptueux de mon père, GEORGES-ARTHUR GOLDSCHMIDT, à l'occasion de la remise de sa Légion d'Honneur, le 22 mai dernier, preuve qu'on ne la remet pas qu'à Optic 2000....

RIen à dire, simplement que je suis heureux que la vie m'ait donné un papa de ce tonneau-là. Point.







Commentaire n° 2 posté par: montaigneàcheval le 13/06/2007 - 12:10:16

Merci, Montaigne. Je l'ai lu en entier. C'était très beau, et très intéressant. Je ne connais moi-même que peu l'allemand. Je suis allé en Allemagne, et notamment à Hambourg, et j'ai vu la majestueuse et en même temps pompeuse statue de Bismarck au sommet de sa colonne massive. Le récit de votre père concernant sa famille m'a rappelé le film Sunshine, si je ne confonds pas avec un autre : l'histoire de Juifs devenus complètement des Hongrois avant d'être rejetés par l'Etat hongrois même. Je crois que mes ancêtres juifs, venus de Pologne, étaient plus modestes au départ, et je ne suis pas sûr qu'au sein de l'Empire ottoman, où mon bisaïeul avait reçu un titre individuel de noblesse, on se sentît autant turc que vos ancêtres s'étaient sentis allemands. Et déjà, sans doute, parce que mon bisaïeul ne s'était pas du tout converti à l'Islam ; il restait en fait nostalgique du mysticisme chrétien propre aux Slaves, ce qui tend quand même à prouver qu'il y a eu une part d'intégration dans ce monde slave, soit russe, soit polonais. Mais comme généralement en Pologne, on continuait à parler yiddish, de préférence à l'allemand officiel.


Pour le reste, et la culture allemande, j'ai lu Goethe, que j'adore, mais pas tellement les autres que votre père cite. Goethe était très francophile et profondément nourri de culture française : il avait traduit en allemand Le Roman de Renart, et était féru des Lumières. Lesquelles, c'est vrai, se sont élaborées en dialoguant avec la philosophie allemande, Voltaire avec Leibnitz, Rousseau avec Grotius. Le jansénisme même avait bien quelque chose d'allemand : Jansen était de langue germanique. Et Luther a eu une influence profonde sur François Ier, car sa mère Louise de Savoie l'appréciait. La France et l'Allemagne ont vraiment un lien bien plus profond qu'on ne le sait en général. D'ailleurs, les deux pays n'en faisaient-ils pas qu'un, du temps de Charlemagne, lui-même d'une langue maternelle proche de celle de Jansen, mais roi de Gaulois qui parlaient une langue romane, déjà du latin corrompu ?


Evidemment, le don de la satire, héritier, sans doute, de la tradition latine, est un des grands ornements de la pensée française. La Fontaine, La Bruyère, Molière... Tout cela est bien beau ! Doit-on rappeler, néanmoins, que Le Roman de Renart lui-même est d'origine germanique, qu'il a pour source des textes écrits en latin par des lettrés, des clercs allemands ? Car "renard" est un mot qui a pour étymon un nom propre allemand : Reynart, ou Reginhard, en francique primitif. En français, on disait goupil. Oui, l'échange est constant. Félicitations à votre père ! Et encore merci à vous.

Commentaire n° 3 posté par: Ramiel(site web) le 13/06/2007 - 14:05:23
Grotius allemand : faut pas pousser grand-mère dans les orties Ramiel ! Même vues de Savoie la Hollande et l'Allemagne si elles sont baignées par le Rhin ce n'est pas le même canasson quand même.
Commentaire n° 4 posté par: iPidiblue puriste lui aussi le 13/06/2007 - 15:35:52
Au fait tu devrais lire - si tu ne l'as fait - celui qui a éclairé Rousseau, Firmin Abauzit le genevois mais français de souche. 
Commentaire n° 5 posté par: iPidiblue genevois de rencontre le 13/06/2007 - 15:40:11
Oui, les liens entre la France et les Pays-Bas sont en fait très profonds. Je disais allemand dans le sens germanique en général. Mais c'est impropre. Les Francs de toutes façons n'étaient pas tant des sortes d'Allemands, que des sortes de Néerlandais, et les liens sont restés. D'ailleurs, pour les rois de France, la Flandre était française, bien qu'on y parlât le néerlandais, ou une de ses branches. Cela dit, Rousseau fut indirectement marqué lui aussi par la philosophie de Luther, comme l'était Calvin même. Je crois que Renart est lui aussi d'une origine qui est à la limite entre les Pays-Bas et l'Allemagne, tout comme Charlemagne, du reste : car il était de la région de Maastricht. Charles Martel son grand père en était originaire, en tout cas.
Commentaire n° 6 posté par: Ramiel(site web) le 13/06/2007 - 15:42:52

Voici quelques lignes sur Firmin Abauzit, qui montre bien que Rousseau a été indirectement influencé par l'Allemagne : "Après avoir fait de brillantes études à Genève, où sa famille s'était réfugiée après la révocation de l'édit de Nantes, il visita l'Allemagne, la Hollande, et l'Angleterre, fit connaissance avec les savants les plus distingués, tels que Bayle et Newton, et gagna leur estime et amitié." Mais aussi la Hollande.


Les liens entre Genève et l'Allemagne étaient de toutes façons forts.

Commentaire n° 7 posté par: Ramiel(site web) le 13/06/2007 - 15:49:46

Qui montrent, plutôt.


Quant à la souche, elle était visiblement provençale. Je suppose que les Allobroges de Genève étaient bien aussi gaulois que les Grecs de Provence. En tout cas, la conquête de la Gaule a commencé, selon Tite-Live, par les Allobroges, qui formaient le plus grand royaume de tous, et qui avaient pactisé avec Hannibal. Geoffroy de Monmouth assure que Brennus a conquis Rome avec les Allobroges, dont il était devenu le roi en épousant la fille du roi précédent. On peut donc être de souche allobroge et avoir une importance pour l'histoire de la France et de l'Europe, je pense.


Au reste, je ne sais pas pourquoi il était intéressant de le préciser. 

Commentaire n° 8 posté par: Ramiel(site web) le 13/06/2007 - 15:55:19
C'est parce que sont des irréductibles gaulois un peu comme toi Ramiel le petit ramoneur des Lettres !
Commentaire n° 9 posté par: iPidiblue et la maison Ramiel conte d'après Dicken le 13/06/2007 - 16:02:14

Peut-être qu'elles ont justement besoin de ramonage. Comme le dit Paul de Kock, dans son roman André le Savoyard - ou plutôt, comme il le fait dire à son héros : "Un de nos voisins nous a fait cadeau, à Pierre [son frère] et à moi, d’un petit instrument de fer avec lequel on ramone les cheminées ; toute la journée je m’exerce en grimpant dans notre foyer où je passe souvent des heures entières perché sur le toit. [En effet] à Paris, on aime bien les Savoyards, parce qu’on a beaucoup de cheminées à ramoner.”


Si les cheminées de Paris n'avaient pas été ramonées, la face du monde en aurait été changée ! La ville aurait souvent brûlé, en tout cas. Les Parisiens peuvent se montrer reconnaissants.


Cela dit, aucun de mes ancêtres n'a été ramoneur, car les ramoneurs venaient en général de Maurienne, parfois de Tarentaise, et ma famille vient du Faucigny, où l'on pratiquait plutôt le petit commerce, le colportage, en direction de Paris, bien sûr, mais aussi de Lyon, de Genève, de la Suisse ou de l'Allemagne. Ce sens du commerce n'a pas donné lieu à des syndicats ouvriers dominés par des ramoneurs, mais aux magasins de La Samaritaine. Comme on y trouve tout, les Parisiens peuvent là encore se montrer reconnaissants ! Car si, à Paris, on n'avait pas été en mesure de trouver tout, comme précédemment, la face du monde en aurait été changée : aucune forme d'universalisme n'eût été possible, dans la capitale française !

Commentaire n° 10 posté par: Ramiel(site web) le 13/06/2007 - 16:13:29
Une des spécialités de cette belle région boisée ce sont aussi les scieurs de longs et je vois que tu as repris cette belle tradition en coupant les cheveux en quatre !
Commentaire n° 11 posté par: iPidiblue et le cri des petits métiers le 13/06/2007 - 16:41:13

Pour t'encourager à l'ouvrage et mettre du baume à ton petit coeur :


http://bmarcore.club.fr/Tine/E280.html

Commentaire n° 12 posté par: iPidiblue dit Petit Pierre le 13/06/2007 - 16:46:08

Ah, bon ; je croyais que la faculté de distinguer entre les différents éléments d'une partie, la faculté d'analyse, en somme, était une spécialité française, au moins depuis Descartes. Peut-être qu'il n'y a plus que les Savoyards qui la possèdent ! Mais même en Savoie, ce sont les Francs-Comtois, qui ont la réputation d'être de grands bûcherons.


En tout cas, c'est souvent ainsi : quand une nation a acquis la réputation d'avoir une certaine qualité, les individus, croyant que c'est héréditaire, et automatique (génétique, comme qui dirait), oublient de la développer, chacun de leur côté, et du coup, la nation finit par perdre cette qualité, faute d'être toujours constituée d'individus qui la possèdent. Néanmoins, comme cela appartient à la tradition, on a conservé le droit de s'en prévaloir, cela va de soi.

Commentaire n° 13 posté par: Ramiel(site web) le 13/06/2007 - 16:47:34
Une bien belle chanson, merci ! Même si elle était mauvaise (ce qu'elle n'est pas, puisque d'autres régions de France l'ont reprise, pleines d'admiration pour le scieur savoyard qui le premier l'a conçue), il vaudrait mieux en faire de telles, que de n'en faire aucune.
Commentaire n° 14 posté par: Ramiel(site web) le 13/06/2007 - 16:50:36
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