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Vendredi 15 Juin 2007

Quand j'étais petit, je lisais beaucoup Robert E. Howard, le père de Conan le Barbare. J'en ai déjà parlé à propos du Cirque du Fer-à-Cheval : car c'est là un site qui évoque bien les temps primitifs, et le fait est que ma famille du côté de mon père en est comme originaire, qu'elle y est quasi née, de telle sorte que je le connais depuis toujours.

Howard faisait des rêves étranges, qu'il imaginait venus de vies antérieures : la vérité est qu'il pensait avoir été Conan, Kull, ou quelque autre héros, dans une vie passée, et que ses rêves colorés et animés étaient des souvenirs d'avant la naissance. Je ne sais pas s'il avait raison, mais qu'il regardât ses songes et ses personnages de cette façon explique pourquoi ses récits sont si vivaces, si remplis d'émotion, d'intensité dramatique, et même de poésie. Il habitait personnellement l'action de ses nouvelles : cela a été assez dit.

Néanmoins, il s'est suicidé à trente ans, après avoir perdu sa mère. Il n'accordait pas forcément une grande importance à son œuvre, qu'il savait être de facture populaire. Texan, il était entouré de gens qui méprisaient la littérature, et pourtant, il aimait sincèrement le Texas et sa légende. Il stupéfiait les habitants de sa petite ville en gagnant de l'argent avec de l'écriture, car il publiait ses textes dans des revues de la Nouvelle-Angleterre.

Il écrivait des poèmes, également, pleins de feu et d'âme, mais désespérés, et évoquant la mort même de toute culture, l'anéantissement de tout livre, à la fin des temps. L'atmosphère de ses vers m'a souvent rappelé Leopardi, mais son ton était plus énergique, moins aristocratique, plus romantique, aussi, plus proche de Musset, ou encore plus barbare - plus populaire, donc.

Or, je ne sais pourquoi, alors que je ne relis ses vers que de temps en temps, et que je ne relis plus beaucoup ses récits, ni même ses lettres (car elles ont également été publiées), l'autre nuit, j'ai rêvé de lui : je le rencontrais, et nous nous parlions. Est-ce dû à la photographie de lui buvant de la bière dans un verre énorme, mise sous verre par un ami qui l'admirait et à qui je l'avais fait connaître, et qui par conséquent m'a fait ce présent, pour me marquer sa gratitude ? Car j'ai placé ce portrait juste au-dessus de mon ordinateur, dans mon bureau : c'est une figure qui veille sur moi. Son ombre étincelante me lance ses rayons pleins d'amour, en quelque sorte !

Dans mon rêve, Robert Howard était au bord d'un lac très petit, une sorte d'étang, mais dont l'eau était d'une extrême noirceur. On eût dit de l'encre, ou le fond d'un puits. Les berges étaient blanches, au contraire. Mais elles ne brillaient pas, car il n'y avait pas d'astres, dans le ciel. Il n'y avait d'ailleurs pas de ciel. En tout cas, je ne me souviens pas qu'il y en eût un. Nous étions comme enfermés sous la terre où on raconte que les gnomes emmènent les dormeurs, lorsqu'ils plongent dans les bras de Morphée ! Mais enfin, c'est une profondeur terrestre qui reflète souvent le ciel, en vérité, comme les enfers antiques contenaient les morts que Cicéron même plaçait parmi les astres. En ces matières, il faut éviter de se fier à la configuration du monde physique, matériel. En fait, c'est plus complexe. Il est douteux que les morts traversent l'espace interstellaire en vaisseau spatial !

Le poète américain me disait que ses poèmes ne valaient pas grand-chose, qu'il ne fallait pas trop s'en soucier : il était calme, mais triste. Or, j'avais en main son recueil, et j'essayais de le convaincre qu'il avait tort, que ses vers étaient beaux, qu'ils contenaient réellement le feu de l'empyrée, la flamme du haut des cieux, comme qui dirait. Et je lui en lus un large morceau, en anglais, je suppose. Car je parle assez bien l'anglais, mais je ne saurai dire quelle langue nous parlions ! Le poème que j'avais choisi était peut-être celui où un roi raconte sa propre mort sur le champ de bataille, et qui est typique de ces visions que Howard regardait comme métempsychotiques ; en tout cas, c'était un poème qui lui ressemblait.

Je ne crois pas que cette nuit-là, j'aie totalement convaincu le poète texan, qui ruminait et rumine de sombres pensées, plutôt désespérées, et plus chargées de brasiers souterrains que de rayonnements d'astres, à vrai dire. Mais ce fut vraiment une étrange et heureuse rencontre, tout de même !

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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