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Lundi 18 Juin 2007

J'ai fini récemment de lire la synthèse qu'un rabbin anglais, le Dr A. Cohen, a réalisée du Talmud, traduite par Jacques Marty. Les religions en général m'intéressent, et tout particulièrement celles dont il est souvent question, et que j'estime mal connaître. Or, je n'ai moi-même été élevé dans aucune religion, mes parents ne m'ayant pas baptisé, quoi qu'ils le fussent, eux, selon le rite romain, comme la plupart des Français.

Je me suis d'abord penché, à vrai dire, sur les religions antiques, celles des Romains et des Grecs, et leur mythologie ; j'ai prolongé cela en direction des Egyptiens et des Germains. Puis, aiguillonné par ma grand-mère maternelle, dont le père était un Juif assez mystique, passionné par l'âme slave et aussi le christianisme, j'ai commencé à pratiquer la lecture de la Bible. Plus tard, je me suis intéressé au Coran, dont tout le monde parlait, et que peu de gens avaient lu, comme d'habitude.

Chaque religion a sa spécificité, mais tel qu'il apparaît dans l'ouvrage du Dr A. Cohen, le judaïsme a la remarquable particularité d'une grande cohérence, d'une netteté qui m'a en fait rappelé, sur le plan formel, celle dont peut faire preuve la littérature latine antique, en particulier la prose, soit historique, avec Tite-Live ou Tacite, soit philosophique, avec Cicéron et Sénèque. L'Antiquité méditerranéenne habite en profondeur la tradition israélite, selon moi.

Sur le fond, le dogme, si on veut, pour un héritier de la tradition chrétienne, comme je suis, et en même temps, pour un connaisseur de l'Antiquité païenne, comme je crois être aussi un peu, ce qui est le plus évident, c'est que, Albert Cohen (le romancier) l'a souvent laissé entendre, le judaïsme est en réalité très proche du christianisme. Sur le plan moral et éthique, la proximité ne peut pas être plus grande.

Le sens de l'universalisme a été donné par le judaïsme quand il a fait de l'être humain l'image matérialisée de Dieu. Même si le peuple juif a pu recevoir d'une façon spéciale l'enseignement de Dieu, au départ, tous les hommes sont issus d'Adam, et toutes les femmes d'Eve, pour ainsi dire. Au demeurant, l'histoire du monde telle que l'évoque la Bible est celle de l'humanité en général ; ce n'est qu'à partir de Moïse et de la fuite d'Egypte qu'un peuple reçoit tout particulièrement l'enseignement de Dieu, permettant précisément à ce peuple et, par son biais, à l'humanité de regagner le terrain perdu, de retrouver le statut premier de l'être humain. Or, sur ce point, le christianisme et l'Islam sont d'accord avec le judaïsme : la révélation de Moïse est le chemin du retour dans le sein de la divinité.

Il y a également quelque chose de passionnant, au sein de la tradition juive. C'est le débat entre les Pharisiens et les Saducéens, dont il faut reconnaître qu'il s'est déroulé d'une manière plus civilisée qu'entre les catholiques et les athées, à la Renaissance. Car il s'agit un peu de cela : les Saducéens s'en tenaient à la lettre, et rejetaient la tradition orale, mais ils tendaient aussi à estimer qu'en rien, la tora ne prouvait qu'il existait une vie après la mort.

On en a parfois tiré que le judaïsme ne croyait pas en la vie éternelle. Mais en réalité, les rabbins et la tradition des Pharisiens et de Hillel (si j'ai bien compris) ont constamment déclarés hérétiques ceux qui ne croyaient pas en la résurrection, ou aux sept cercles du paradis et de l'enfer (ou de ce qu'en français, et selon la tradition chrétienne, on nommerait de cette façon). Sur ce point, en fait, le judaïsme avait un mysticisme plus développé que les Romains, qui, pour évoquer l'autre monde, tendaient à se référer aux Grecs, ou à rester dans le vague.

Pour les Juifs tels que le présente le Talmud, la volonté de Dieu baignait comme une grâce les saints, et c'est la sorte de lumière astrale qu'on appelle la chekhina. Celle-ci en fait était peuplée d'êtres qui pouvaient prophétiser, produire des oracles. Et au-dessus, bien sûr, se trouvaient les anges, et en dessous, dans leur ombre, les démons. En fait, le merveilleux chrétien est déjà contenu dans le judaïsme, pour l'essentiel.

Les visions profondément éthiques et morales du judaïsme l'empêchaient de s'adonner à une poésie sensuelle et fantaisiste, en ce qui concerne ce monde divin que néanmoins seule la capacité imaginative est en mesure d'appréhender. Mais sur le fond, il n'y a pas de rejet de l'imagination. Au contraire, l'attente du messie et d'un monde physique enfin transcendé et redevenu tel qu'aux origines a permis bien des images en soi très poétiques. Cela montre, encore, à quel point le judaïsme est proche du christianisme, et c'est ce qui frappe, en réalité, quand on découvre cette tradition.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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