J'avais autrefois un oncle qui vivait sur l'île de la Jatte, à Neuilly-sur-Seine, et à l'époque où moi-même je vivais à Fontenay-sous-Bois, à l'autre bout de l'agglomération parisienne, je pouvais souvent lui rendre visite. A présent que j'ai déménagé, je ne le peux plus, et de toutes façons, lui aussi est parti : il habite à Metz.
Cependant, je peux dire que je connais Neuilly. Y sont du reste nés de grands hommes du XXe siècle, en particulier Charles Duits et Gérard Klein, deux de mes écrivains préférés, parmi les contemporains. Et tout le monde sait que c'est le berceau politique du nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, dont j'avais prévu la victoire, ainsi que le montre mon article sur l'Axe atlantique. A présent, néanmoins, je voudrais raconter une histoire dont j'ai entendu parler, à propos de Neuilly et de ses mystères.
A l'époque où l'on bâtissait des immeubles de luxe, sur l'île de la Jatte, on aurait découvert un étrange sarcophage datant de la vieille Egypte et des royaumes celtes. Dedans se serait trouvé une sorte de géant cuirassé, prince des temps fabuleux. Et dans ses mains momifiées, on aurait trouvé un objet très particulier, dans lequel les dieux avaient concentré leur volonté et leurs lumières : une espèce de pierre mal taillée, ou taillée, plus exactement, selon des proportions qui nous sembleraient à nous disgracieuses et sans régularité. Attisé par la curiosité, l'ouvrier qui le premier découvrit ce sarcophage se serait emparé de cette pierre. Cependant, elle ne se distinguait guère des cailloux du chantier, et elle eût été bientôt perdue.
Mais plus tard, pense-t-on, elle fut mise parmi le gravier de l'aire de jeu d'un parc d'immeubles, et c'est de cette façon qu'un enfant charmant appelé Nicosie Sarcolas l'aurait trouvée jolie et placée dans sa petite poche, en tombant d'un toboggan. Je veux dire : comme il était tombé de l'échelle, il a eu le nez, la bouche et les yeux tout près du sol, et c'est alors que ce caillou suspendu au cou du géant de la vieille Egypte eût attiré son attention : elle eût lancé un éclat singulier, au moment même où il la fixait du regard.
Il la saisit dans sa main, et aussitôt, une sensation de douce chaleur l'envahit : il eut des éclairs dessinant dans son esprit le futur, et il se vit couronné et habitant le paradis terrestre, aire mystérieuse placée au cœur de Paris, et comportant un palais enchanté et un jardin aux fruits immortels - qui sont l'essence et le feu impérissable de la nation, bien sûr. Il oublia bien vite la douleur qui s'était emparée de son corps à l'instant où il avait percuté le sol, et ramena sans tarder la pierre magique chez lui, où il la garda précieusement des années durant.
Et peu à peu, il se rendit compte que l'objet, jadis forgé par les fées, avait sur lui une influence extrêmement bénéfique, lui donnant une énergie vraiment surnaturelle, et lui montrant, dans les interstices de l'espace, la vision morale d'un dieu obscur, mais diffusant, paradoxalement, une aveuglante clarté.
Apparemment, il avait la tête d'un taureau, mais c'était difficile à distinguer. Il tenait à la main un sceptre, et paraissait parler, remuer les lèvres : mais l'enfant n'entendait pas distinctement ce qu'il disait.
Cependant, il s'habitua à ce que des éclairs traversent régulièrement sa conscience, et lui montrent, comme entre les astres - dans les failles qui se dessinent, entre les pans de l'espace -, au delà même du Temps, les images de héros de l'antiquité française se comportant d'une façon idéale, et ayant le front rayonnant de la conscience de leur valeur, comme éclairé d'une sainteté venue du Ciel : on eût dit que les reflets des étoiles y créaient une couronne, car ils avaient la face pareille au cristal.
Dès lors, on le comprend, le destin du jeune homme fut tout tracé : et c'est ainsi qu'il devint ce que l'on sait. Cette histoire est véritable ; que nul n'en doute !