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Dimanche 15 Juillet 2007

Une laïcité hostile à toute forme de religiosité est-elle tenable ? Je ne le crois pas. Le sentiment religieux est une réalité. Si on essaye de le combattre, ou de l'extirper, on déclenche des conflits, ou on rend les gens fous, malades.

Les valeurs sacrées garanties par un ordre supérieur et général des choses, par une force qui commande à la destinée elle-même, servent nécessairement de repère. On ne peut pas sérieusement vénérer des valeurs dont on pense simultanément que dans la nature, elles ne correspondent à rien, qu'elles sont une simple invention de l'être humain, et valables autant que celui-ci s'en préoccupe. C'est impossible. Tous les grands symboles qui ont inspiré une moralité active à des groupes, ou bien des lois, une organisation sociale, toutes ces figures étaient censées refléter une puissance occulte, une providence agissant dans le réel, et non pas seulement une jolie idée née du cerveau humain. Cette idée même, quand on la formait, semblait belle, parce qu'on la croyait vraie.

Il faut que ce en quoi on croit puisse se réaliser ; sinon, cela reste inopérant. On se dit qu'il faut s'en persuader, mais on n'y croit réellement pas, et on n'agit pas en fonction de ces modèles, de ces directives intérieures. On continue d'agir comme on pense qu'agit la nature même, l'univers : on se met en phase avec l'ordre des choses. Si on estime que celui-ci repose sur la lutte pour la vie, on peut prêcher en public une morale élevée, héritée de la tradition judéochrétienne, et énoncer les préceptes les plus saints de la Bible tout entière, il faut admettre qu'on agit comme un sauvage, et que même les sermons qu'on peut produire sont un simple moyen de s'imposer aux esprits, d'apparaître comme quelqu'un de très bien, de supérieur, et propre à prendre la tête de la nation, à bénéficier de divers privilèges, à avoir plus que les autres, enfin, il s'agit encore de lutte pour la vie !

Or, des repères moraux qui aient une nature générale, on en désire quand même. On peut devenir enragé, ou alors cynique ; mais si on veut rester vertueux, si on veut, au moins comme Voltaire, croire en un dieu qui récompense les bons et châtie les méchants, on ne peut plus, dans un cadre laïque trop rigide, que s'en remettre à des croyances anciennes, purement communautaires. Si la République n'offre pas une espèce de religion de remplacement, issue, précisément, de la vraie pensée de Voltaire, de Rousseau, de Hugo, d'une forme de théisme actif et mystique, le communautarisme accompagnera les progrès du matérialisme de façon inéluctable. A cet égard, on ne peut pas se leurrer. La nature humaine a horreur du vide : l'athéisme peut lui paraître intelligent ; il ne lui est pas forcément sympathique.

Face à la désorganisation créée par la remise en cause des fondements mystiques de la morale traditionnelle, la recherche de l'ordre public, de la sécurité, se fera, hélas ! au bénéfice de sa communauté particulière, issue des ancêtres, et liée à la famille. Il sera très simple de regarder les valeurs de cette communauté comme émanées d'une divinité - niée, en tant que telle, par le plus grand nombre, mais bien réelle. Si la France rejette absolument et explicitement Dieu, les Savoyards, par exemple, pourront dire qu'ils sont, eux en particulier, d'origine divine ; et il en est ainsi parce que le ferment secret du groupe est, pour tout le monde (quoiqu'inconsciemment, en général), une forme d'âme collective, de divinité tutélaire - l'esprit qui fait converger les individus dans une même direction, les soumet à des règles identiques, et a fondé, par conséquent, la communauté à laquelle on appartient.

A ce sentiment, profondément enraciné, il est vain d'opposer la raison, et dangereux d'imaginer des vaccins, comme le faisait Jean Rostand. Sur le plan politique, on part des réalités, ou on devrait le faire : on ne commence pas par essayer de changer radicalement les choses ; il faut les améliorer à partir de ce qu'elles sont ! Dès lors, donc, que le sentiment que j'ai décrit existe, on doit chercher ce qui est le mieux pour la nation en fonction de cette existence, et le réaliser. Je reste persuadé que le Panthéon de la montagne Sainte-Geneviève doit être un temple actif, et qu'il faut regarder les grands hommes de la République comme des ombres vivantes et rayonnantes qui veillent sur la communauté nationale. Ils succèdent aux saints, comme ceux-ci avaient succédé aux dieux, aux immortels de l'Olympe ! Ce sont les nouveaux anges. Ils peuplent le ciel moderne, qui n'est pas vide !

Il faut s'en persuader : là, me semble-t-il, est le salut.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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