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Mardi 24 Juillet 2007

Récemment, à l'occasion du mariage d'une cousine, je suis allé au pays du grand Meaulnes, dans le département du Cher, et l'ancienne province du Berry. Du côté de ma mère, en effet, je suis originaire de la terre des Bituriges, comme on pourrait aussi dire, car elle est née à Châteauroux, d'un père également berrichon, dont les grands-parents étaient tous paysans dans le Berry, mais dont les parents étaient fonctionnaires : sa mère était institutrice, et son père, soldat dans la cavalerie, à Sedan. C'est typique d'une partie importante de la population française, je crois.

Je connais le Berry depuis ma prime enfance, mes parents ayant même acheté une maison à Châteauroux, à l'époque où, en collaboration avec un autre architecte, ils y ont dessiné les plans de la nouvelle mairie, ainsi que d'un collège des environs. Je me souviens surtout de l'atmosphère proprement provinciale qu'on peut y ressentir - les volets d'une chambre au travers desquels, pendant que j'étais au lit, la lumière du matin perçait, au sein du petit bruit de voitures qu'une ville modeste de cette nature peut produire : c'était dans la maison de mes grands-parents.

La ville de Châteauroux était elle-même petite, et blanche, et contenait de petites maisons : c'est l'image qui m'est restée en mémoire. J'ai appris plus tard que le nom de la cité n'avait évidemment rien à voir avec la couleur - pas même celle du légendaire château initial. En réalité, il s'agit d'un Château Ragulf, ou Raoul, qui est l'ancien français correspondant à ce nom de guerrier germanique de nation franque. Châteauroux est au départ une colonie fondée par un seigneur de race franque dans l'immense plaine uniforme - peut-être désertée, alors - du Berry.

Ce qui frappe un habitué des Alpes comme moi, c'est ce qui avait déjà frappé Stendhal, en son temps : le jardin de la France, comme on dit, est surtout son jardin potager, et ce qui domine le paysage, c'est la monotonie. La terre est peu peuplée. L'agriculture est omniprésente.

Le remembrement a créé des domaines uniques et donc a encore accru l'uniformité, bien sûr. Mais le témoignage de Stendhal montre qu'elle a toujours existé. Je suppose que quand on est berrichon soi-même, et qu'on ne vient pas de la Savoie ou du Dauphiné, on voit les choses autrement.

Le pays a amélioré sa productivité agricole, qui a toujours été grande, et a permis à son aristocratie, à ses prêtres, au roi de France même d'être majestueux, de bâtir des châteaux, des abbayes, des cathédrales imposantes et riches. C'est une autre spécificité, par rapport aux régions plus montagneuses, qui disséminent la richesse, permettent moins sa centralisation.

Ce qui est beau, dans le Berry, comme dans le centre de la France en général, c'est deux choses, dont l'une n'est pas vraiment mesurée à Paris : la largeur du ciel. La montagne bouche l'horizon : c'est ce qui la rendait odieuse à Chateaubriand. Dans les pays plats, les cieux sont immenses : les nuages, infinis. On voit, le soir, au fond du ciel, les royaumes de nuées d'or qu'ont peints maints artistes dont les tableaux sont exposés au Louvre, et qui ont des reflets dans la poésie française, chez Chateaubriand, Hugo, Baudelaire, mais que les Alpes connaissent peu. Si je ressens parfois de la nostalgie, vis à vis de l'Île de France, ou du Berry, c'est bien à cause de ces nuages radieux du fond de l'horizon occidental, semblables à des terres célestes, à des portes sublimes vers le monde supérieur ; on a, face à eux, le sentiment d'être face au dôme majestueux des dieux. Je crois que le mysticisme grandiose des Français doit beaucoup à cette immensité d'en haut.

L'orgueil de l'aristocratie aussi, à vrai dire. Et la majesté française se voit également dans les édifices. Or, les forces édificatrices du Berry ont été captées, réorientées vers Paris depuis quelque temps, à présent. Cela a permis à la capitale d'être encore plus à l'image d'une cité interstellaire que dans l'ancien temps ! Mais il reste, du Moyen Âge, d'incroyables traces de la puissance du duché de Berry. Les ruines et les reliques religieuses, notamment, sont dignes de ce qui reste de la vieille Rome.

Les Bituriges n'étaient-ils pas les rois éternels, puisqu'en langue celte, leur nom signifie cela ? Je ferai d'autres articles pour évoquer mon sentiment face aux abbayes écroulées, ou à la cathédrale de Bourges.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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Commentaires

Très bel hommage à cette France dite "profonde". Moi, je ne fais que passer en train à Châteauroux pour me diriger vers Limoges, ville natale de ma branche maternelle. J'espère que vous avez visité Nohant et que vous êtes allé à Argenton sur Creuse. Toute cette région est magnifique aussi. En août, si tout va bien, je dois aller vers la Charité sur Loire dans la Nièvre à la frontière du Cher et j'en profiterai pour visiter Bourges. A part ça, je vous souhaite de bonnes vacances si ce n'est déjà fait.
Commentaire n° 1 posté par: dasola(site web) le 26/07/2007 - 11:03:35

Merci mille fois, Dasola.


Non, je n'ai pas visité Nohant : je n'ai pas eu le temps, malheureusement.


J'avais une grand-mère qui était de Limoges, aussi. Elle se nommait Markel, de son nom de jeune fille, et c'est un nom allemand, mais son père avait épousé une Sapanet ; or, je crois que c'est un nom assez connu. Il y avait un très distingué professeur de Lettres, au lycée de Limoges, qui le portait : je crois que c'était mon arrière grand oncle. Ma grand-mère connaissait bien Anne Clancier, l'épouse de Georges-Emmanuel Clancier, le poète : ils sont tous les deux du Limousin. Avez-vous un lien avec ces personnes ? Pour ma part, je ne suis allé à Limoges qu'une fois. Mais c'était plutôt calme et agréable.

Commentaire n° 2 posté par: Ramiel(site web) le 26/07/2007 - 11:28:45
(Et bonnes vacances aussi ! Je dois aller une semaine au bord de la mer, en Bretagne. Nous nous croiserons peut-être sur la route !)
Commentaire n° 3 posté par: Ramiel(site web) le 26/07/2007 - 11:30:11

Ramiel, je suis consterné d'apprendre que votre père ait pu collaborer à l'édification de la nouvelle mairie de Châteauroux, c'est une horreur !


Un cube sans grâce aucune, posé au bord d'une place qui fut typique...le modèle à ne pas reproduire d'une architecture pseudo moderne.


Quant AUX cathédraleS, à part celle de Bourges, je n'en vois pas d'autres dans le Berry, qui brille surtout par l'absence de belles constructions architecturales. Ce fut un pays très pauvre, qui n'a commencé son enrichissement qu'avec le début des cultures céréalières. Même Nohant, qui a un certain charme, n'est jamais qu'une grosse maison bourgeoise.


Mais je vous rassure, on y vit aussi bien qu'ailleurs, du moins quand on réussit à y trouver du travail, car c'est un pays bien endormi....

Commentaire n° 4 posté par: zerbinette le 05/08/2007 - 11:26:58

Un cube, c'est très moderne : c'est comme la poésie de Bonnefoy, ou la peinture de Picasso. Ou de Cézanne. On la met bien dans des musées dominés par l'architecture classique !


Sinon, pour les cathédrales, pour qu'il y en ait plusieurs, il faudrait qu'il y ait plusieurs évêques par province. Ce n'est pas vraiment le cas. Mais même l'église de Meillant, où s'est déroulé le mariage de ma cousine, a un beffroi qui m'a paru massif et élevé. Je ne comparais pas le Berry à Paris, vous savez : mais à la Savoie. Cela se voyait bien.


La fête a eu lieu ensuite dans un monastère en ruines dont les restes étaient imposants.


La vérité est que la noblesse du Berry était plus riche que celle de pays de montagnes comme est la Savoie. Elle était certainement plus pauvre que celle de la Touraine ou de l'Île-de-France, si c'est ce que vous voulez dire. Mais je ne suis pas parti de l'une ou de l'autre, quand je suis allé dans le Berry. Je m'en moque donc complètement.


Il faut quand même bien se rendre compte qu'il existe toute sorte d'angles d'approche. On peut aller dans le Berry par différents axes. Pour en parler, pas d'étalon absolu. Je ne pense pas que les Bretons non plus aient regardé la noblesse du Berry comme particulièrement pauvre. Enfin, bref, je partais du point de vue savoyard.


Mais prochainement, je publierai un article comparant la taille des maisons ordinaires, qui sont en fait plus grosses en Savoie que dans le Berry : les particuliers savoyards étaient plus riches, peut-être parce que la noblesse était plus pauvre !

Commentaire n° 5 posté par: Ramiel(site web) le 05/08/2007 - 11:40:51
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