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Vendredi 27 Juillet 2007

J'ai vu récemment un film de science-fiction du genre apocalyptique, qui annonce, avec des idées socialisantes, des futurs catastrophiques, en utilisant des thèmes plutôt mythologiques et en créant une intrigue qui ne l'est pas moins, au fond : car il s'agit d'une époque assez improbable au sein de laquelle les êtres humains seront devenus stériles. Les animaux, eux, ne le sont pas devenus, et aucune cause n'est donnée : c'est donc une hypothèse assez farfelue. On croit encore souvent, d'une façon très naïve, que l'être humain est organiquement différent de l'animal.

Mais ce postulat de départ permet de créer une intrigue dont la portée est grandie par ce problème mondial, puisque, soudain, et de façon inespérée, naît un enfant qu'il s'agit de protéger et de sauver, et qui est tout l'espoir de l'humanité. Ce film, The Children of Men, place donc, dans une société à l'apparence proche de la nôtre, des figures symboliques, comme dans les religions : car en dernière instance, sans qu'on comprenne bien comment, un bateau surgit de la brume, pour recueillir l'enfant et sa mère. Les personnages principaux, eux, se sont sacrifiés, pour leur permettre de survivre, et donc, pour que l'humanité renaisse.

Une balise clignote, dans le brouillard, pour attirer le navire salvateur, appelé, significativement, Tomorrow. En soi, c'est puissamment poétique, comme toutes les fictions nées d'un rêve, ou d'un cauchemar - d'imaginations forgées par la crainte ou l'espoir. Cela a une certaine force, qui touche à la fable.

Parallèlement, le réalisme est vigoureux, en particulier celui des combats. Le film doit beaucoup, à cet égard, à la tradition inaugurée par Spielberg avec Il Faut Sauver le Soldat Ryan : une image vaguement irréelle, comme noyée dans un air gris, ou jaunâtre, mais des bruits de balles qui rebondissent contre le métal en permanence, et des morts fulgurantes à tout instant. La thématique est un peu la même, aussi : ce sont des gens qui se sacrifient pour sauver l'humanité, des valeurs, des idéaux, en dehors de toute considération égoïste ou comptable.

Mais ce n'est pas entre les Américains et les Allemands, que la guerre a lieu, dans ce film d'anticipation, mais entre la Grande-Bretagne et le reste du monde. Car, conformément à la mythologie anglaise, les îles britanniques y sont le dernier havre de Civilisation, pendant que tout a sombré ailleurs, sur les continents. Cependant, pour conserver cet état stable, les forces armées du Royaume-Uni mènent une guerre sans merci contre les immigrés clandestins (ce qui est grossir, à des fins poétiques, la situation actuelle).

Ces immigrés sont bien sûr infiltrés par des mouvements islamistes. C'est dans l'air du temps. Mais l'action ne développe pas outre mesure cet aspect. Elle préfère créer la figure d'une fraternité secrète qui va sauver l'humanité, en n'établissant, entre ses membres, que des rapports purement oraux et privés, directs, et en agissant selon des principes supérieurs, et des vues grandioses sur l'avenir de l'humanité. Le bateau final est la production de cette confrérie occulte d'anges faits hommes. C'est ce qui le rend si poétique : il a l'air de venir du pays des fées, du lieu de mystère où se manifeste directement la destinée.

J'ai assez longtemps cru, en regardant s'enchaîner les images, que le film était trop réaliste pour matérialiser ce genre de croyances : je m'attendais à ce que les personnages qui en parlaient avec espérance fussent déçus. Mais le bateau vient bien, à la fin, et il n'est pas tissé de rayons de lune : il est en fer, et son équipage est constitué d'hommes de chair et de sang. Ce qui est paradoxalement naïf et irréaliste, bien sûr, mais parvient quand même à créer une certaine émotion : le bateau est enchanté en arrière-plan, dans l'idée.

C'est la science-fiction : un mélange de réalisme, de poésie et de fantasmes. Une suite d'images fabuleuses et donc jolies, mais en lesquelles on fait l'erreur de croire, fréquemment.

Le film était quand même agréable à suivre.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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Commentaires

J'ai vu, mercredi, le film Immortel, d'Enki Bilal : vous l'avez vu ? Je me demande quel accueil on lui avait réservé à sa sortie, en 2004. Sur le plan graphique, c'est impressionnant, même pour qui, comme moi, n'est pas grand amateur de sf, mais si son intrigue n'avait pas pivoté un peu autour de la question organique de l'humain, j'aurais rapidement décroché. C'est que, dès le départ, il y a une scène où Jill, l'actrice principale, cherche à s'échapper d'une file d'embarquement sous le contrôle de gardiens d'un monde sans âme, sans succès pour elle, et tout de suite je me suis rebiffée : ça manquait de logique de nous la montrer se refuser à ce qui était inéluctable car la scène se passait dans un espace confiné, sans issue, et les maigres pouvoirs qu'elle possède ne pouvaient suffire à assurer la réussite de sa tentative. En fait, le film vaut surtout pour son décor futuriste et le mélange des procédés graphiques des nouvelles technologies avec quelques réels acteurs humains, le tout a une cohérence et une texture qui les tire du néant du factice, dans ce genre. L'histoire aurait pu être mieux exploitée, je crois; elle m'est apparue bien mince, au final. Je sais mieux pourquoi je ne lis pas beaucoup de sf : il faut que les auteurs sachent rendre la vraisemblance de leurs propositions, ou alors que le fantaisiste et le farfelu nous renvoient à plus fantaisiste et farfelu encore, sinon je me désintéresse promptement.
Commentaire n° 1 posté par: marie danielle le 27/07/2007 - 21:35:15

Le film de Bilal a été très mal reçu à sa sortie. Je ne l'ai pas vu. On dit que Bilal ne sait pas raconter une histoire, en fait. Mais il m'est sympathique. Il a récemment déclaré qu'on devrait supprimer le Ministère de la Culture, qui, sous couvert d'aider les artistes, les prive en fait de liberté, en les contrôlant. Ô comme il avait raison ! Cela a beaucoup surpris le journaliste qui l'interviewait. Mais Bilal est un vrai artiste : c'est pourquoi il sait de quoi il parle. Il ne vit pas grâce à des subventions.

Commentaire n° 2 posté par: Ramiel(site web) le 04/08/2007 - 22:37:37
L'histoire manquait surtout de matière, mais l'univers, lui, était fascinant, et ses obsessions bien illustrées.

Bon retour chez vous !
Commentaire n° 3 posté par: marie danielle(site web) le 04/08/2007 - 23:21:00
Merci !
Commentaire n° 4 posté par: Ramiel(site web) le 04/08/2007 - 23:27:29
Pour en revenir à Children of Men, il faut souligner la réalisation formidable ponctuée de séquences ahurissantes qui viennent bien souligner le spropos tenus ici. Clive Owen est également très convaincant.  Un film d'anticipation traité avec sérieux et talent.
Commentaire n° 5 posté par: Vance(site web) le 06/08/2007 - 16:52:10

Oui.


Quelles séquences avez-vous trouvées particulièrement ahurissantes ? Les morts successives des héros sont dures, mais elles ressortissent plutôt au scénario.

Commentaire n° 6 posté par: Ramiel(site web) le 06/08/2007 - 17:09:54
De mémoire (mais je m'étais promis de le racheter en DVD, donc à confirmer), il y a la scène d'introduction ou CLive Owen sort d'un bâtiment, arrive sur le trottoir avant qu'il y ait l'explosion. Puis surtout l'énorme séquence de la poursuite en voiture qui fait marche-arrière (il semblerait qu'il y ait quelques faux-raccords mais au ciné je ne les ai pas vus). Et enfin lorsque la caméra suit Owen dans les ruines de la cité, sous les tirs. Le cadrage est remarquable et la maîtrise de l'image admirable. Une démonstration de savoir-faire qui, contrairement à ce qu'on voit trop souvent, ne fait pas tape-à-l'oeil.

Sinon, pour en revenir au propos du film, j'ai eu la surprise de retrouver cette vision assez sombre d'un avenir qu'on traitait parfois systématiquement dans la SF britannique des années 60, puis dans la SF française : une forme d'anticipation très politisée et fataliste qui détonne dans la SF actuelle où l'on redécouvre le space-opera.
Commentaire n° 7 posté par: Vance(site web) le 09/08/2007 - 00:07:19

Oui, c'est la grande époque Soleil vert et Farenheit 451. Personnellement, j'ai toujours préféré le space-opera, précisément. Mais le futur proche, s'il fait souvent fantasmer d'une manière à mon avis plutôt burlesque, permet aussi de rattacher les imaginations à la réalité qu'on vit, à ce qu'on connaît familièrement, en amplifiant, en fait, certains traits de ce monde familier du présent. Or, l'amplification est en elle-même poétique, et c'est ce que j'ai voulu montrer, ici. Cela dit, les implications proprement politiques m'ont en général peu intéressé. Je suis plutôt opposé à une utilisation politique ou idéologique de l'image qui se pose comme fiction, et donc comme art. Je crois, du reste, qu'à The Children of Men, j'ai préféré V for Vendetta, dont l'aspect proprement poétique et imaginaire est mieux assumé, et plus développé. Je sais que vous aimez aussi ce film ; j'en ai parlé dans un article appelé Les Frères Wachowski, pour lesquels j'ai beaucoup d'affection.

Commentaire n° 8 posté par: Ramiel(site web) le 09/08/2007 - 08:17:15
J'approuve sur plusieurs points. J'ai grandi dans une SF humaniste bien que la tête dans les étoiles, et cela restera, malgré la découverte d'autres pans de ce genre, celle qui conservera mes faveurs. D'autant qu'elle n'empêche pas, comme l'a très longtemps cru le tout-venant, une grande qualité d'écriture : avec Hypérion et ses suites, Simmons a prouvé que le space-opera n'était pas qu'une succession de combats spatiaux où s'affrontent des vaisseaux immenses. Cette oeuvre est d'ailleurs mon plus grand choc de ces dernières années.

 

Pour l'anticipation "politisée" j'évoquais plutôt la littérature (comme les récits de fin du monde de Ballard), mais les références filmiques données sont tout à fait pertinentes - ces films font d'ailleurs partie de mes préférés, pour des raisons diverses.

 

Quant aux Wachowski, même si les deux suites de Matrix m'ont laissé dubitatif, je n'arrive pas à leur en vouloir tant j'apprécie leur démarche et leur enthousiasme. V pour Vendetta, à partir du moment où on prend garde de ne pas l'aborder abruptement, est un spectacle de qualité distillant quelques réflexions intéressantes. Certains y ont vu l'apologie d'un terrorisme de bon aloi et la glorification d'un révolutionnaire extrémiste, alors que les personnages ne sont là que pour servir une approche romantique
Commentaire n° 9 posté par: Vance(site web) le 12/08/2007 - 11:23:02

Oui, les frères Wachowski ne sont peut-être pas de purs génies, mais ce sont d'excellents artistes, et généralement très sympathiques. Ils sont un peu anarchistes d'une manière naïve, mais enfin, chacun fait ce qu'il veut, en matière d'idéologie.


Je n'ai rien lu de Ballard. Je lisais plutôt Herbert, Le Guin, Asimov, Heinlein. J'ai lu le premier volume d'Hyperion et je l'ai trouvé très bon, mais parfois un peu grinçant, excessivement satirique et intellectuel. Cela dit, il y a des figures grandioses. Personnellement, j'ai surtout aimé, pour cette génération, S.R. Donaldson et sa Gap Series : c'est plus épique, plus fondé sur l'action et l'enchaînement dramatique, moins satirique, et j'ai trouvé cela sublime. Je crois que cela montre à quel point j'aime simplement les épopées interstellaires et m'intéresse relativement peu aux problématiques sociales concernant l'avenir. Je ne suis pas d'un naturel inquiet. Je suis plutôt favorable à une conception "poétique" de la science-fiction. On la comprendrait comme une forme d'épopée à l'ère des machines. George Lucas la comprend bien ainsi, je crois. 

Commentaire n° 10 posté par: Ramiel(site web) le 12/08/2007 - 20:54:38
Donaldson, ne serait-ce pas l'auteur de Thomas l'incrédule ? Je le croyais plutôt auteur de fantasy. Tu m'intéresses fortement pour ses livres, je vais voir ce que je trouve.

 

Sinon, ton approche de la SF ressemble à celle de l'Age d'Or, celui des Asimov et Heinlein, avant qu'une génération vienne tout remettre en cause en expliquant que la SF se joue aussi à l'échelle de notre planète. La SF britannique est en train de redécouvrir les vertus des grands space-opera avec des auteurs comme Hamilton, mais ça ne m'a pas convaincu : de bonnes idées de départ, un univers très vaste et cohérent, mais des descriptions lassantes, beaucoup de jargon pseudo-technique (le fameux techno-babble des trekkies) et de spersonnages pas toujours convaincants. Et puis c'est long ! a croire qu'on ne peut plus écrire de la SF sans que cela ne passe par une saga en 10 volumes de poche.
Commentaire n° 11 posté par: Vance(site web) le 13/08/2007 - 14:47:25

Peut-être que la SF est simplement passée de mode, parce qu'on ne croit plus autant qu'avant que les machines vont reforger le monde, vont le métamorphoser. Donaldson a écrit à la fois Thomas Covenant the Unbeliever et The Gap Series. L'épopée de fantasy que constitue la première suite de livres a un côté allégorique que n'a pas sa série de SF, car on entre directement dans son monde, sans l'intermédiaire d'un homme du nôtre : c'est du Asimov en plus sombre et en plus violent.


Je n'ai pas lu Hamilton. Pour les Anglais, j'ai surtout lu (et aimé) C. S. Lewis et Olaf Stapledon. Peut-être que les auteurs de SF à être vraiment bons sont moins nombreux qu'on ne croit (s'il y en a plus, quand même, que le disent ceux qui rejettent la SF en bloc). Pour moi, c'est surtout Asimov, qui est un modèle. Je ne crois pas beaucoup en la SF expérimentale. De ce point de vue, va peut-être plus m'intéresser la démarche d'un Robbe-Grillet, qui, dans Djinn, écrit trois fois la même histoire, mais en lui donnant successivement une version "policier", "fantastique", "science-fiction" ; c'est un angle d'approche intéressant. J'ai souvent songé que certains romans de Gérard Klein reprenaient des élans narratifs hérités de Chateaubriand, et que le contenu avait matérialisé le merveilleux au travers de machines du futur.


Mais une démarche esthétique à l'intérieur de la science-fiction alors que, pour moi, la science-fiction est déjà en soi un choix esthétique, cela me paraît dépasser une certaine limite de manière plutôt vaine et vide. D'ailleurs, je crois que le public n'a pas suivi. C'est un peu normal.

Commentaire n° 12 posté par: Ramiel(site web) le 13/08/2007 - 18:32:35
Le public n'a jamais totalement adhéré à la SF, mais il se trouve qu'en France nous somme sassez mal placés pour en juger, cette littérature ayant beaucoup plus d'impact en terre anglo-saxonne. Les grands auteurs français des années 60 et 70 se sont nourris jusqu'à plus soif des visions de Dick qui était loin d'être prophète en son pays.

 

C'est Asimov qui m'a fait entrer dans la SF. Je n'en suis jamais ressorti et je ne l'en remercierai jamais assez, d'autant qu'il nous a quittés avant même que j'aie eu l'heur de le rencontrer. Il est un peu mon mentor, mon Obi-Wan à moi. Sa SF humaniste qui ne se voile pourtant pas la face devant les problèmes que se créent les humains m'est une source d'inspiration permanente. Je regrette aussi que, si nombre de ses écrits ont fini par être achetés par Hollywood, leur adaptation n'a jamais été une réussite, ce qui lui a laissé une certaine amertume, lui qui appréciait tant Star Trek (mais moins que sa femme). Seul I,Robot n'est pas ridicule, mais on est assez loin de l'univers du grand maître.

 

J'ai trouvé le premier tome de la saga de Donaldson, je vais de ce pas l'acheter. Merci.

 
Commentaire n° 13 posté par: Vance(site web) le 14/08/2007 - 09:45:12

Faites attention : le premier tome est effroyable et cauchemardesque, et l'action ne commence réellement qu'ensuite, quand les personnages se diversifient. Je me suis longtemps arrêté à ce premier tome en estimant que Donaldon exagérait. (On dit, aussi, que la traduction française n'est pas très bonne.)


Je crois que j'ai lu Asimov, en traduction, quand il était encore vivant. Autrefois, j'écrivais parfois aux écrivains que j'aimais, et j'ai eu un échange de correspondance avec Donaldson, qui a dit mon anglais un peu maladroit, mais quand même assez bon ; mais je ne l'ai pas fait pour Asimov, que je n'ai recommencé à lire, en anglais, qu'après sa mort. Et puis il devait être sollicité. C'était vraiment le pape de la science-fiction. Donaldson est bien moins admiré, à tort ou à raison.


Je n'ai même pas vraiment aimé I, Robot, et je fus très déçu, car depuis Dark City, j'avais une bonne opinion de Proyas. Je crois que l'acteur principal n'avait pas les qualités requises pour jouer Elijah Bailey. Le film lui ajoute une copine, des actions viriles, et tout cela ne correspond pas du tout à Asimov, dont les héros sont des intellectuels. Le robot ne m'a pas paru conforme aux idées d'Asimov, non plus. Asimov faisait des robots seulement des gardiens de la Tradition : ils devaient, au-delà de la compréhension humaine, même, garantir les conditions du Progrès. Mais ce Progrès, seul l'être humain pouvait l'accomplir, par sa spontanéité, son génie. Le robot n'est pas, à mon avis, comme un enfant d'une race future, mais comme une matérialisation de l'ordre secret du monde. Or, cet ordre rend possible le Progrès, mais pas obligatoire. Asimov était humaniste parce qu'il croyait en la liberté humaine. Mais il ne croyait pas que des machines pouvaient elles aussi devenir humaines. En tout cas, je ne crois pas.


Ses robots sont un peu comme M. Spock, mais pas vraiment susceptibles de devenir comme le capitaine Kirk !

Commentaire n° 14 posté par: Ramiel(site web) le 14/08/2007 - 10:56:25
Il devait être TRES sollicité, je veux dire.
Commentaire n° 15 posté par: Ramiel(site web) le 14/08/2007 - 10:58:14
Je tiendrai compte des avertissements, encore merci.

 

C'est vrai que chez Asimov le robot était un adjuvant, jamais un personnage central, SAUF dans la saga +/- policière commençant justement avec les Cavernes d'acier et Face aux feux du Soleil et qui s'est achevée avec le dernier volume de Fondation. Mais ce destin n'est intervenu que sur le tard, et pour des besoins très pragmatiques : Asimov voulait boucler une boucle qui s'avérait un peu improbable.

 

Le film I,robot est décevant par rapport aux récits qui lui ont servi de base (vous évoquiez Baley, mais que dire de Susan Calvin, présentée chez Asimov comme une robopsychologue âgée, misanthrope et aigrie) : c'est une adaptation médiocre. En revanche, il est assez réussi et parfois pertinent.
Commentaire n° 16 posté par: Vance(site web) le 15/08/2007 - 12:10:00

La fin est assez jolie ; mais les dialogues du début sont épouvantablement ennuyeux, alors que chez Asimov, elles constituent une enquête palpitante.


Le rôle de R-Daneel a l'air central, pour l'intrigue, qu'il met secrètement en place ; mais il précise lui-même qu'il crée ainsi les conditions de l'Evolution, mais pas ses causes profondes, qui viennent de l'Homme seul. Au bout du compte, il permet que l'Evolution se fasse ; mais il ne la fait pas lui-même. Il reste passif, et agit à un niveau superficiel de l'Histoire, dans l'enchaînement mécanique des faits. Or, même s'il était athée, Asimov restait persuadé que l'Evolution était en fait le fruit de l'action humaine, et de la Liberté. L'Homme faisait un choix. Le robot mettait en place les choses pour qu'il puisse le faire, et comme l'Homme tendait au Bien, il le faisait, mais il aurait pu aussi ne pas le faire, et les efforts du robot fussent restés vains. C'est présenté ainsi, à la fin de Prelude to Foundation. C'est assez complexe. Asimov ne croyait pas, en réalité, à une Evolution purement mécanique, imposée de l'extérieur, et ne prenant pas sa source dans l'esprit humain, dans sa liberté d'initiative.

Commentaire n° 17 posté par: Ramiel(site web) le 15/08/2007 - 18:18:34
C'est tout l'enjeu de la Psychohistoire ! Guider, conseiller, rectifier au besoin, mais sans jamais imposer une direction.

 

Oui, le robot est bien cette extension de l'humain qui, par accident ou sciemment, en acquiert certaines caractéristiques. Et oui aussi, Asimov croyait profondément en l'Homme.

 

Pour en revenir au film, c'est bien entendu sur les dialogues que l'adaptation échoue  le Bon Docteur avait cette faculté à retranscrire l'intrigue par biais de ceux-ci (il n'était pas un grand descripteur et était mal à l'aise dans l'action pure) : on n'assiste pas à des combats spatiaux dans Fondation, on en entend juste parler. C'est à la fois simple et vivant. Asimov désirait mettre ses écrits au service du lecteur, et pas lui imposer un jargon ou un style empesé. Lorsqu'il s'est essayé à des écrits plus ambitieux, il n'a été que moyennement satisfait (dans le domaine de la SF, car il est l'auteur de nombreux traités passionnants) : les 2 premiers tiers de les Dieux eux-mêmes sont monumentaux, mais il y a un net fléchissement dans le troisième.
Commentaire n° 18 posté par: Vance(site web) le 15/08/2007 - 23:53:00

Oui, un dialogue contenant des évocations fabuleuses marche très bien, dans la littérature, puisque tout y est écrit ; au cinéma, tout doit être montré, et le dialogue ne faire qu'accompagner l'image. Lucas l'a bien compris.


On peut dire, effectivement, que R-Daneel est la préfiguration de la Psychohistoire, comme la matérialisation d'un principe scientifique génial. C'est un peu un ange matérialisé, qui aide, mais qui ne peut pas faire à la place. Il connaît des secrets dans l'enchaînement des temps, mais pour autant, il ne peut pas agir de lui-même : il est contraint d'obéir à la loi supérieure qui l'a créé.


Qu'est-ce que racontent Les Dieux eux-mêmes ?

Commentaire n° 19 posté par: Ramiel(site web) le 16/08/2007 - 03:51:42
Il se trouve qu'Asimov n'a pas écrit beaucoup de romans de SF. Celui-là est un des textes dont il est le plus fier, il le considère personnellement comme le plus abouti. Il s'est donné beaucoup plus de mal que pour la plupart de ses oeuvres (Asimov est connu pour écrire très vite). C'est un récit en trois volets portant sur les problèmes de ressources énergétiques que l'Humanité finira par rencontrer. Un jour (1e partie), un scientifique découvre qu'il est possible de puiser de l'énergie illimitée dans un univers parallèle par le biais d'un instrument qu'il nommera "pompe à électrons". Bien entendu, malgré la réticence de certains confrères, son invention sera mise en place rapidement. Le problème est que cette machine va épuiser l'énergie de cet autre univers, risquant de l'anéantir (je simplifie fortement) et le nôtre par la même occasion. Si la 3e partie (le mouvement activiste contre la pompe à électrons) souffre d'intrigues parallèles inutiles, la 2e décrit les habitants de cette dimension avec un réalisme et une imagination inouïs. Seul problème : le roman est nettement plus ardu à suivre que la majorité de ses autres récits.

Prix Hugo, Nebula et Locus 1972.

 

Pour en revenir à Daneel, rien à ajouter, ça s'impose de soi-même.
Commentaire n° 20 posté par: Vance(site web) le 16/08/2007 - 09:45:36
Cela a l'air intéressant : je le lirai. C'est la seule fois, à ma connaissance, où Asimov implique dans une intrigue des êtres désincarnés, et qui ont l'air un peu allégoriques, d'après ce que j'ai lu par ailleurs. Mais chez moi, j'ai deux de ses romans que je n'ai pas encore lus, Stars, like Dust, et Peeble in the Sky : les connaissez-vous ? Il y a aussi The End of Eternity, qui a l'air passionnant.
Commentaire n° 21 posté par: Ramiel(site web) le 16/08/2007 - 11:23:01
Les deux premiers romans sont des livres intéressants mais manquant de continuité, qui s'inscrivent dans la période impériale de Trantor. L'écriture est soignée, on y trouve des implications politiques et un peu d'action. Ca n'est pas du space-opera flamboyant mais c'est assez intéressant. Dans le processus consistant à tout lire depuis les Robots jusqu'à Terre & Fondation, ils prennent encore plus de valeur (à insérer entre les Robots & l'Empire et Prélude à Fondation).

La Fin de l'Eternité est plus ambitieux, et, à mon sens, très réussi : un roman intelligent sur les paradoxes temporels, avec une vision du monde moins optimiste que de coutume. Et pour une fois, la romance (qu'Asimov maîtrisait mal, de son propre aveu) est crédible. De mémoire, le personnage principal (Harlan ?) est une sorte de Régulateur temporel, il doit rectifier des lignes temporelles qui risqueraient d'engendrer des tragédies. Mais un jour, il tombe amoureux d'une femme dont la ligne temporelle va être effacée. Il va commettre l'irréparable et affronter ses supérieurs... J'en ai un excellent souvenir.
Commentaire n° 22 posté par: Vance(site web) le 17/08/2007 - 15:24:28
Bien. Merci !
Commentaire n° 23 posté par: Ramiel(site web) le 17/08/2007 - 21:04:31
The Children of men est un bon film mais un peu trop apocalyptique à mon goût car comme je l'ai lu, cela pourrait ressembler à la guerre civile en Irak à l'échelle mondiale. Votre analyse est excellente.
Commentaire n° 24 posté par: dasola(site web) le 21/08/2007 - 14:37:53

Merci !


Mais c'est vrai qu'il fait dans le catastrophisme un peu naïf. J'étais même d'abord allé jusqu'à parler de paranoïa, mais je ne veux pas vexer ceux qui pensent sérieusement qu'on va connaître bientôt des temps horribles. L'Apocalypse vaut quand il y a des anges ; sinon, c'est toujours un peu ridicule et excessif !

Commentaire n° 25 posté par: Ramiel(site web) le 21/08/2007 - 19:27:24
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