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Vendredi 27 Juillet 2007

J'ai vu récemment un film de science-fiction du genre apocalyptique, qui annonce, avec des idées socialisantes, des futurs catastrophiques, en utilisant des thèmes plutôt mythologiques et en créant une intrigue qui ne l'est pas moins, au fond : car il s'agit d'une époque assez improbable au sein de laquelle les êtres humains seront devenus stériles. Les animaux, eux, ne le sont pas devenus, et aucune cause n'est donnée : c'est donc une hypothèse assez farfelue. On croit encore souvent, d'une façon très naïve, que l'être humain est organiquement différent de l'animal.

Mais ce postulat de départ permet de créer une intrigue dont la portée est grandie par ce problème mondial, puisque, soudain, et de façon inespérée, naît un enfant qu'il s'agit de protéger et de sauver, et qui est tout l'espoir de l'humanité. Ce film, The Children of Men, place donc, dans une société à l'apparence proche de la nôtre, des figures symboliques, comme dans les religions : car en dernière instance, sans qu'on comprenne bien comment, un bateau surgit de la brume, pour recueillir l'enfant et sa mère. Les personnages principaux, eux, se sont sacrifiés, pour leur permettre de survivre, et donc, pour que l'humanité renaisse.

Une balise clignote, dans le brouillard, pour attirer le navire salvateur, appelé, significativement, Tomorrow. En soi, c'est puissamment poétique, comme toutes les fictions nées d'un rêve, ou d'un cauchemar - d'imaginations forgées par la crainte ou l'espoir. Cela a une certaine force, qui touche à la fable.

Parallèlement, le réalisme est vigoureux, en particulier celui des combats. Le film doit beaucoup, à cet égard, à la tradition inaugurée par Spielberg avec Il Faut Sauver le Soldat Ryan : une image vaguement irréelle, comme noyée dans un air gris, ou jaunâtre, mais des bruits de balles qui rebondissent contre le métal en permanence, et des morts fulgurantes à tout instant. La thématique est un peu la même, aussi : ce sont des gens qui se sacrifient pour sauver l'humanité, des valeurs, des idéaux, en dehors de toute considération égoïste ou comptable.

Mais ce n'est pas entre les Américains et les Allemands, que la guerre a lieu, dans ce film d'anticipation, mais entre la Grande-Bretagne et le reste du monde. Car, conformément à la mythologie anglaise, les îles britanniques y sont le dernier havre de Civilisation, pendant que tout a sombré ailleurs, sur les continents. Cependant, pour conserver cet état stable, les forces armées du Royaume-Uni mènent une guerre sans merci contre les immigrés clandestins (ce qui est grossir, à des fins poétiques, la situation actuelle).

Ces immigrés sont bien sûr infiltrés par des mouvements islamistes. C'est dans l'air du temps. Mais l'action ne développe pas outre mesure cet aspect. Elle préfère créer la figure d'une fraternité secrète qui va sauver l'humanité, en n'établissant, entre ses membres, que des rapports purement oraux et privés, directs, et en agissant selon des principes supérieurs, et des vues grandioses sur l'avenir de l'humanité. Le bateau final est la production de cette confrérie occulte d'anges faits hommes. C'est ce qui le rend si poétique : il a l'air de venir du pays des fées, du lieu de mystère où se manifeste directement la destinée.

J'ai assez longtemps cru, en regardant s'enchaîner les images, que le film était trop réaliste pour matérialiser ce genre de croyances : je m'attendais à ce que les personnages qui en parlaient avec espérance fussent déçus. Mais le bateau vient bien, à la fin, et il n'est pas tissé de rayons de lune : il est en fer, et son équipage est constitué d'hommes de chair et de sang. Ce qui est paradoxalement naïf et irréaliste, bien sûr, mais parvient quand même à créer une certaine émotion : le bateau est enchanté en arrière-plan, dans l'idée.

C'est la science-fiction : un mélange de réalisme, de poésie et de fantasmes. Une suite d'images fabuleuses et donc jolies, mais en lesquelles on fait l'erreur de croire, fréquemment.

Le film était quand même agréable à suivre.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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