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Jeudi 23 Août 2007

J'ai déjà évoqué Philip Glass, le compositeur américain, la manière dont j'en suis venu à connaître sa musique, et les bandes qu'il a créées pour Kundun et The Illusionist. Or, j'ai acheté la bande qu'il a réalisée pour le film {The} Hours, consacré à Virginia Woolf, à ce que j'ai cru comprendre.

J'ai lu un livre de cet écrivain, à l'époque où je suivais un séminaire d'Yves Chevrel, à la Sorbonne ; je l'ai beaucoup aimé. Le style m'en a paru proche de Proust, mais en plus uni, en moins échevelé. Je me souviens, en particulier, d'un passage sur des petits airs, qu'elle animait d'une personnalité inouïe, et qui traversaient une maison plus ou moins vide, ou endormie, je ne sais plus. Car l'histoire du livre, en revanche, ne m'a laissé aucun souvenir. Peut-être n'était-elle qu'un prétexte. En tout cas, je n'ai pas lu d'autre livre qu'elle ait écrit.

Pour ce qui est de la musique de Philip Glass, elle est vraiment magnifique. Elle repose, comme toujours, sur des ondulations. La différence essentielle, avec celle des deux autres films précités, est que, cette fois, il a beaucoup utilisé le piano, peut-être un instrument plus féminin, plus intime, que le violon, mis en avant de manière particulièrement frappante dans The Illusionist. Il évoque la douceur, le calme, la fluidité des enchaînements ; il est plus coulant, moins scandé, moins agressif que le violon. Et de fait, dans sa manière de faire varier seulement quelques notes, avant d'emmener l'âme, peu à peu, vers des flots inouïs, un torrent d'émotion, des rivières de mélancolie et d'élégie, Philip Glass, au travers du piano, fait de nouveau revivre un monde, qui n'est pas simplement celui des petites maisons anglaises et des jardins qui sont devant, mais aussi d'une âme noble et grande, peut-être celle de Virginia Woolf, ou alors, du monde dans lequel elle vivait.

Le premier morceau, néanmoins, fait circuler, sur un fond de violon oscillant, toujours, sur deux ou trois notes, un son de violoncelle également très émouvant : c'est comme une volute qui monte en spirale, lentement et solennellement, autour d'une époque disparue, pour en faire revivre l'éclat, tandis que le tissu du temps même semble tissé sans fin par le violon. La lumière lointaine d'un âge d'autrefois, qu'on aime à se rappeler mélancoliquement (en glorifiant sa grandeur, mais en regardant, en son sein, les flammes de l'immortelle fatalité), luit depuis le fond des ténèbres, par des replis insondables. On est d'abord dans la tonalité pathétique.

Ensuite, au contraire, les morceaux sont commencés par le piano. L'atmosphère est alors, au départ, plus légère, plus aérienne, et c'est à ce piano que se mêle un violon aigu. Puis, les allers et retours du violon - qui marque le tissu du temps, pour ainsi dire - reviennent. Le piano reflète plus directement, non une époque, mais des sentiments, la vie d'une âme prise dans cette époque, faisant face à l'adversité, au destin. Et peu à peu, l'atmosphère s'embrase, comme si les conflits allaient s'accroissant, comme si la tension faisait naître des mouvements qui en se croisant éclataient, ainsi que des feux d'artifices.

La fin, naturellement, est plus apaisée, plus gaie, mais aussi plus sereine, tout en conservant une certaine mélancolie. Le piano est cette fois en accord avec les violons, d'abord, puis monte vers des plaisirs purs, des joies fines. Le violon le rejoint bientôt : et tout culmine dans la grâce. Un dialogue s'instaure entre les deux instruments : ils font écho l'un à l'autre, comme si le paysage était soudain, et enfin, à la mesure de l'aspiration de l'âme. Le blanc fanal de l'horizon en mouvement emplit tout ; la conscience est emportée sur la vague de l'émotion, et s'arrache à des contingences laissées seules. Puis, tout s'éloigne : le rêve disparaît. Le génie de l'écrivain, aussi.

C'est réellement sublime : Glass est un compositeur que j'adore.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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