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Mardi 04 Septembre 2007

J'ai lu récemment le troisième tome des œuvres complètes de Pierre Teilhard de Chardin, aux éditions du Seuil, intitulé La Vision du passé. En réalité, il s'agit d'un recueil d'articles rassemblés sous ce titre par l'éditeur. Moi-même, je possède et ai déjà lu nombre de volumes de ces œuvres complètes, qu'avait achetées ma grand-mère maternelle, et qui ne les avait guères lues : les pages en étaient en général encore attachées, quand j'en ai hérité.

Quoi qu'il en soit, il m'est bien difficile de distinguer les écrits de Teilhard de Chardin de ce troisième tome, de ceux des premier, deuxième et cinquième, que j'ai déjà pratiqués ; il n'y a que le quatrième, dont le propos soit particulier : le célèbre jésuite n'y parle pas de science, mais de religion exclusivement. Ce n'est d'ailleurs pas son ouvrage le plus original.

Je crois que, dans ce volume de La Vision du passé, les éditeurs ont pensé montrer ce que, pour Teilhard, avait apporté la vision du passé à la compréhension de l'Evolution et de la destinée humaine. De fait, la grande question, pour ce scientifique qui était en même temps un prêtre, était de voir où Dieu pouvait avoir agi dans l'Evolution telle que la science l'avait mise en place : car il ne doutait pas un instant de la valeur des données objectives. Son génie fut précisément d'avoir trouvé une place pour la divinité, qu'on peut contester, naturellement, mais dont on ne peut pas prouver formellement qu'elle est impossible.

Sa grande idée fut que des mouvements généraux emportaient la matière vers ce qu'il appelait l'improbable : toujours plus de vie et de conscience. L'Evolution avait une valeur qualitative. Une force de convergence vers le vivant et le conscient compensait la force d'Entropie, de dispersion de l'énergie. Elle n'était pas un accident fortuit, mais était constitutive de l'univers.

Pour Teilhard, les atomes, les molécules, les cellules, tout était spontanément tiré vers une direction particulière, qui était l'édification, la complexification et l'intériorisation. La vie était partout, mais s'exprimait à différents degrés : car il s'accordait avec les évolutionnistes pour dire que, sur le plan matériel, physique, du moins sortait le plus. Il l'expliquait, au fond, par la pression exercée de l'intérieur par l'aspiration à la divinité. Il n'en dit du reste pas plus, dans les articles de ce volume, publiés de son vivant dans des revues : pour lui, l'important était de démontrer la validité d'une telle vision.

En effet, il fallait que la Science ne brisât pas la foi, non pas seulement en l'Eglise du Christ, mais même en la Vie, en l'Evolution. Car pour Teilhard, l'Evolution ne pouvait se poursuivre que si on pouvait donner un sens à l'existence, une direction vers le divin. Cela n'était pas seulement une abstraction : il s'agissait d'avoir une vie intérieure toujours plus riche, de se sentir toujours plus exister en tant qu'esprit individuel, par l'échange avec la conscience planétaire qui se développait grâce, notamment, aux techniques nouvelles. Après la Biosphère, au sein du monde physique, devait se développer la Noosphère.

D'où vient concrètement la substance qui nourrit et remplit la Noosphère, c'est ce qu'il n'a pas dit. Il n'était pas du tout un occultiste, entrant dans les mystères de la nappe spirituelle. Il voulait simplement établir les rapports entre cette nappe prise globalement et le monde réel, objectif, mesurable par la Science. Le moment de décrire les détails de ces rapports, leur nature précise, n'était pas encore venu : Teilhard de Chardin devait demeurer dans la rhétorique démonstrative qui est le propre de la tradition française, et qui, en problématisant les sujets, les globalise forcément. Ce fut en vérité un très grand homme.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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Commentaires

Noosphère?

Sinon je trouve votre billet très intéressant. Savoir reconnaître des domaines de la littérature aussi méconnu relève d'une curiosité rare.
Vueillez me pardonner mes fautes d'ortographe.
Commentaire n° 1 posté par: idle le 05/09/2007 - 11:37:21

Oui, je suis curieux de ce qui peut s'écrire, ou de ce que l'être humain ou même de ce que la nature en général peut concevoir (ou créer).


La noosphère, c'est la sphère psychique, tout ce qui doit passer par l'intellect pour être appréhendé : les idées qu'en tant que telles, les plantes et les pierres ne perçoivent pas ! (Même si les plantes, au moins, peuvent percevoir, peut-être, les sentiments qui les accompagnent : pour en savoir plus à ce sujet, lire l'article appelé "L'intériorité de la Matière [selon Teilhard de Chardin]".)


Ne vous inquiétez pas pour les fautes d'orthographe : l'important, pour moi, en dehors de mes heures d'enseignement, est que je parvienne à reconnaître les mots qui ont été écrits !

Commentaire n° 2 posté par: Ramiel(site web) le 05/09/2007 - 13:14:05
A propos de fautes d´orthographre, j´aurais pu choisir, dans un de mes  commentaires précédents, l´une des deux formulations suivantes :  " ... un grand nombre de chouans se sont fait massacrer ", ou encore : " ... un grand nombre de chouans s´est fait massacrer ", mais sûrement pas : " ...  un grand nombre de chouans se sont fait massacré..."
Commentaire n° 3 posté par: Bernard-Olivier Lancelot(site web) le 05/09/2007 - 22:17:00
Sans doute, Bernard-Olivier ; mais remarquez que cela se prononce pareil : du coup, cela se comprend très bien. Cela dit, les magistrats des lettres y attachent une grande importance, et nous sommes tous soumis à eux, puisque la loi relaie leur volonté. Ô sainte loi ! Sans toi, le chaos règnerait, et la confusion des langues, comme on dit.
Commentaire n° 4 posté par: Ramiel(site web) le 06/09/2007 - 07:18:03
Je m'étonne de cette fascination pour un système qui n'a qu'un défaut, celui de vouloir tout expliquer. Cela me fait penser à un Jésuite comme Kircher, qui pensait avoir trouvé la clé des hièroglyphes, et tout son siècle avec lui. Dans le cas présent, la forgerie du Chainon manquant, du pseudo-homme de Pitdown, devrait vous inciter à plus de prudence. Il est vrai que le Voynich, qui fut vraisemblablement forgé pour éprouver la sagacité de Kircher, a encore ses admirateurs, à juste titre d'ailleurs, car c'est un beau faux. Je me demande si votre attrait pour Teilhard ne vient pas de son coté disons auteur de Science-fiction, auquel je suis, vous l'aurez deviné, imperméable.Enfin, "Dieu écrit droit avec des lignes courbes..." M.Court
Commentaire n° 5 posté par: marc Court le 09/09/2007 - 02:00:15

Les idées de Teilhard concernant le chaînon manquant ne semblent pas vous êtres connues : car il ne croyait pas possible de le découvrir. Teilhard ne prétendait pas tout expliquer par un système. Vous le dites, mais ce n'est pas vrai. Il prétendait établir des raisonnements pour créer une direction à l'Evolution : du moins vers le plus. Or, la plupart des historiens que j'ai lus postulent eux aussi un sens de l'histoire vers le progrès. Teilhard ne fait donc que prolonger au sein de la nature même de l'univers ce postulat répandu assez largement et universellement.


Il existe, c'est vrai, une école de pensée qui relativise absolument tout, et estime que la matière primitive dénuée de vie apparente est égale à l'être humain dont le caractère vivant est manifeste. Le malheur est qu'aucun être humain ne préfère, à son état d'être vivant, celui de cadavre inerte. Cela signifie que la préférence pour la vie, par rapport à la mort, est universelle. Or, Teilhard a simplement montré que l'évolution des choses avait justement créé des êtres toujours plus vivants, toujours plus libres face à la mort, toujours plus à même de contrer les forces qui ramènent à l'état inerte de la mort ou de l'absence de vie. Mais c'est là une idée qui apparaît en réalité comme évidente à tout le monde ! C'est même le ressort de toute action, y compris sur le plan politique. Sans cette foi en la vie, on n'agirait plus du tout.


Les faits découverts par la science, du reste, confirment que les êtres qui résistent aux conditions extérieures, et qui développent, à cette fin, une forme de psychisme, sont systématiquement postérieurs aux êtres encore totalement enchaînés aux conditions extérieures. Même les plantes, par exemple, sont entièrement soumises aux saisons, ainsi qu'au sol où elles poussent : tout animal a un début de liberté qui lui permet d'être plus indépendant de la nature. Or, les animaux sont bien postérieurs aux plantes.


A quoi sert de dire que le sentiment que la vie est supérieure à la mort est subjectif, puisqu'il est ressenti universellement, et qu'il l'est par la nature même, et pas seulement par l'homme ? L'animal lui aussi cherche à survivre.


Ainsi, il existe bien une forme de psychisme, dans la nature, et qu'on peut résumer en l'amour de la vie. Teilhard ne fait que le constater, et en explore rationnellement les implications. Quand on le voit faire, on peut se dire qu'il invente des systèmes, parce qu'en réalité, la plupart des gens ne poussent pas très loin leurs raisonnements logiques : ils s'attachent plutôt à des enchaînements tout faits, et n'élaborent pas grand-chose par eux-mêmes. Teilhard n'a créé aucun système, dans les faits : quand on le lit, on s'en aperçoit. Il n'a fait qu'animer ses pensées.

Commentaire n° 6 posté par: Ramiel(site web) le 09/09/2007 - 07:45:33
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