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Mercredi 19 Septembre 2007

Impressionné par Le Parrain II & III, que j'avais revus auparavant, j'ai pensé que Coppola était un réalisateur remarquable, et j'ai voulu revoir son autre grand chef-d'œuvre, Apocalypse Now. Il en avait écrit le scénario avec John Milius, le génial auteur du film Conan le Barbare, lui-même écrit en collaboration avec Oliver Stone d'après Robert E. Howard.

L'ensemble d'Apocalypse Now se présente comme un rituel, une initiation, et c'est sans doute ce qui fait sa force. L'exécution du colonel Kurtz a lieu dans le temple même qu'il a choisi pour demeure à la façon d'un dieu vivant. Mais cela, c'est le plus visible - puisque, parallèlement à cet assassinat commandité par le gouvernement américain, le sacrifice païen d'un bœuf a lieu.

Ce qui est plus intrigant, ce sont les rites d'initiation qui n'en ont pas l'air. Car tout dans ce film initie à l'absurde, au grotesque, au bizarre. La destruction, sur le fleuve, d'un bateau d'indigènes parfaitement innocents initie à la vérité de la guerre, pourrait-on dire. Le capitaine passionné de surf, par le décalage qu'il crée avec en son environnement, et ses principes éthiques mécaniquement appliqués, initie encore à autre chose. L'amour réduit à des fantasmes vides de sens, ou le désir chosifiant les êtres ; les crimes affreux et sans objet, en temps de guerre, renvoient bien à l'Apocalypse : à la fin du monde, à la ruine de tous les repères, de toutes les valeurs.

Cela dit, ce sont les faits tels qu'ils sont joués et représentés par les acteurs, et filmés. Ils auraient pu exister aussi dans un roman, ou une pièce de théâtre. Et j'aimerais me concentrer sur l'œuvre en tant qu'elle est cinématographique, en tant qu'elle est visuelle. Car Coppola en a tenu profondément compte, en artiste qu'il est. Les procédés sublimes de son Dracula étaient en réalité déjà bien présents dans cet Apocalypse Now. En particulier, au début et à la fin, les superpositions de visages sur des scènes de guerre, avec flammes et hélicoptères, ou sur des idoles païennes. Le procédé a un sens assez clair : il s'agit en réalité d'images de l'âme, de visions intérieures. Or, l'âme en transparence sur des tableaux du monde a déjà une certaine beauté, précisément parce que soudain le héros devient une sorte de fantôme qui plane sur l'univers. Et c'est ainsi qu'on peut dire que le monde est perçu de l'intérieur.

Or, c'est ce qui permet, finalement, de créer des effets de coloris irréels, comme on peut en avoir en rêve. La beauté plastique des images est impressionnante. La scène la plus inoubliable, à cet égard, est celle qui voit sortir la tête du personnage principal d'une eau noire et épaisse, mais éclairée par les flambeaux du sacrifice : cette tête est sombre, elle-même, parce que camouflée, et maquillée, et les yeux blancs, mais alors, le personnage devient comme une ombre sortie des profondeurs, un démon incarné pour accomplir les destins.

Et c'est ainsi que continuellement, le film oscille entre le réalisme et la pure fantasmagorie. Il y a une forme de décalage qui confine à la folie. Mais qui, également, crée une sensation d'horreur et de beauté, un monde solennel et éminemment symbolique, rempli de signes et de totems agissant dans les ténèbres. Certains passages finaux ne sont pas sans rapport avec les films de David Lynch, notamment Twin Peaks. Et on sait qu'au-delà de la confusion entre la perception physique et le fantasme, les films de Lynch ont une portée profondément mythologique. Apocalypse Now - dont le monde reste cependant dominé par des dieux fous, obscurs, sanglants, comme chez Robert E. Howard - a une portée assez comparable.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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