L'autre jour, est repassé à la télévision le dernier film de Kubrick, Eyes Wide Shut, et c'est un film que j'aime beaucoup. L'action en est initiatique, c'est évident, mais je crois réellement que le château mystérieux où se déroulent des rites érotiques est bien moins kitsch et banal qu'on le dit en général. On feint à ce sujet d'être blasé. Mais le kitsch fonctionne ici très bien. On ne se rend pas assez compte qu'un mystère existe, dans ce château, et qui n'est pas celui simplement de savoir si la prostituée a donné sa vie pour le héros, ou s'il s'agissait seulement d'une mise en scène pour effrayer celui-ci. Le mystère est totalement ailleurs. Il est dans le rituel païen que l'homme en manteau rouge, muni de son bâton, effectue. J'ai rarement vu quelque chose d'aussi beau, au cinéma. Le mouvement des femmes qui s'embrassent successivement, se transmettant le baiser à la façon d'un don mystique, est sublime : il est parfaitement rythmé, comme une danse, et il s'agit d'une liturgie magnifique. Mais cela va plus loin. On entend une musique solennelle et grave ; et on voit - et sait - qui en joue. Mais on entend aussi des chants vibrants, tendus, d'un ton remarquablement élevé ; or, à l'image, impossible de voir qui chante. Y a-t-il même quelqu'un, ou le héros imagine-t-il qu'il entend chanter ? Ce n'est encore rien, toutefois. Car quand on écoute la bande musicale, belle et étrange, de Jocelyn Pook, on s'aperçoit qu'il manque quelque chose : le bruit profond et tonnant du bâton qui s'abat sur le sol, quand la fille choisie par le prêtre doit se lever et partir avec un homme. Il résonne sourdement, comme s'il allait jusqu'aux entrailles de la terre. Or, il est matériellement impossible de faire un tel bruit avec un si petit bâton. Et donc, que se passe-t-il ? Est-on dans l'esprit du héros, du médecin joué par Tom Cruise, ou ce prêtre d'Aphrodite dispose-t-il de vrais pouvoirs, a-t-il la faculté de faire entrer dans un monde nouveau, et d'influer sur l'espace ? Le château, avec ses portes, ses couloirs à perspectives d'or, est bien un lieu magique. Et quand le héros est choisi, et qu'il s'enfonce, en compagnie d'une fille superbe, et masquée comme une antique prêtresse orientale, au travers des couloirs richement ornés, on a bien le sentiment qu'il se dirige vers une sorte de paradis terrestre, de loge fantasmatique enfin matérialisée par la grâce des dieux de la volupté sainte. Quand il rentre chez lui, sa femme lui raconte un rêve : or, en son sein, l'épouse vit exactement ce que vivent les filles invitées dans le château à la fois merveilleux et terrible dans lequel est passé son mari. On se prend à se demander si l'épouse a réellement rêvé, ou si, hypnotisée, peut-être, elle n'a pas fait partie anonymement de l'orgie. Mais Kubrick a fait en réalité un film entièrement onirique. Il se passe durant la nuit magique de Noël, fête ici regardée comme totalement païenne. Du coup, les couleurs lumineuses sont omniprésentes, dans le New York présenté par le réalisateur. Dans chaque pièce nouvelle que pénètre le personnage principal, un sapin se dresse, sublime, plein de couleurs, d'éclat. Même chez les prostituées de rue, il en trouve encore un. Il n'y a que dans le château vénusiaque qu'il n'y en a pas. Et le plus étrange est que non seulement ils se ressemblent tous, mais que, de surcroît, ils sont tous magnifiques. C'en est au point où le médecin joué par Tom Cruise le dit : "Vous avez un beau sapin", lorsqu'il entre je ne sais plus chez quelles gens. La quête initiatique prend part dans un moment en lui-même féerique. L'assouvissement des fantasmes érotiques renvoie à l'espoir de vivre des voluptés d'un ordre divin, qui comblent définitivement le vide intime de l'âme humaine. Les contrastes de couleurs sont également éblouissants : telle pièce jaune, ornée de meubles vermeils, contient une entrée d'un bleu indigo et rutilant vers une salle de bain ornée d'une fenêtre blanche. Le Soleil et la Lune se sont donné rendez-vous dans les appartements de New York ! Et le rythme du récit, lent, laisse entrer en l'âme du spectateur une attente fascinante. Les acteurs jouent en ayant l'air de toujours méditer, comme dans un film de Lynch, mais avec plus de naturel, moins de folie, et de mysticisme explicite, aussi. Cela peut paraître assez artificiel, plastiquement froid, comme un roman de Robbe-Grillet, mais en réalité, je crois que c'est un grand film. Il n'est pas plus froid et kitsch que tous les autres films de Kubrick dont on reconnaît que ce sont des chefs-d'œuvre. Les mystères de Cupidon, à notre époque de grand retour à l'ordre moral, apparaissent comme scandaleux ; on cherche des prétextes pour justifier le rejet instinctif de ce beau film. Mais la vérité est que Kubrick a toujours choqué en explorant des genres nouveaux, réputés bas, comme la science-fiction, ou le fantastique, et en osant en faire des films remarquables, frappants, obsédants, qui fleurent avec le sacré - alors que, en principe, il ne devrait pas y avoir de sacré au fond des machines, ou de l'espace matériel, ou dans des hôtels construits sur des cimetières indiens, mais seulement dans les plus nobles préoccupations des intellectuels patentés ! L'espace conçu par les savants modernes a l'air fait pour être sans dieu ; et voici que, tel Teilhard de Chardin, Kubrick parvient à en remettre un, auquel sont sensibles jusqu'aux machines ! La mécanique du sexe elle aussi a ses mystères qu'on ne résout pas par des idées toutes faites, rassurantes, bienfaisantes pour la moralité publique, mais qui se voilent la face, sans doute. Kubrick a simplement fait un grand film érotique.
Commentaires
P.S. : Bonjour Ramiel en privé dans le p.s. c'est plus intime.
J´habite l´étranger depuis plus de 35 ans, - la Norvège -, et je ne possède pas d´antenne parabolique. Je n´avais donc aucune chance de voir le film de Stanley Kubrick que Pierre Assouline avait recommandé un ou deux jours avant sa diffusion sur le petit écran francais. Mais il m´a fait acheter d´urgence et lire la nouvelle d´Arthur Schnitzler La nouvelle rêvée, qui est à l´origine de la version cinématographique de Kubrick.
Je n´irai pas jusqu´à dire que votre critique du film de Kubrick va me pousser à faire installer une antenne parabolique, mais presque.
La nouvelle rêvée m´a suffisamment pris aux tripes que j´en ai fait une petite analyse dans mon blog.
Idle, bonjour aussi, même si je ne suis pas dans le P.S. !
Vance, je ressens bien ce que tu dis, à propos du caractère désuet et forcé de la thématique, dans les dialogues qui ont lieu au sein du couple : on a le sentiment que le film fait tout un plat de réalités somme toute assez banales et que tout le monde connaît, même s'il est vrai qu'il y a un siècle, il fallait les cacher, et feindre qu'elles ne fussent pas. Cependant, je pense que c'est atténué par le tout dernier échange, et la réplique prononcée par Kidman. Car le personnage de Cruise lui demande ce qu'ils vont maintenant faire, et il parle comme dans les mélodrames américains ordinaires, et elle répond : "Baiser !" ; c'est une surprise : ce n'est pas ce à quoi on s'attend. Cela ramène tout à des proportions normales, et cela ne manque pas d'humour. Grâce à cette fin, Kubrick donne le sentiment d'être resté conscient qu'il n'y avait peut-être rien derrière toute cette histoire, et que le couple s'était simplement monté la tête. Et, de fait, au sein des couples, il est réellement possible de se mettre à faire un plat de pas grand-chose. Peut-être que le burlesque était ambigu. Car d'un autre côté, le film donne le sentiment que l'amour physique peut répondre aux aspirations profondes de l'être humain. Mais est-ce vraiment le cas ? Je veux dire : le film est-il réellement fait par quelqu'un qui croit cela ?
Le problème est aussi que les films, d'ordinaire, partent du principe que l'amour terrestre peut combler l'être humain ; Kubrick joue le jeu, et montre, par conséquent, le corps de rêve de Kidman, mais aussi, le château enchanté où l'amour physique devient merveilleux. Oui, mais le médecin que joue Cruise n'y participe pas : cela reste mécanique et extérieur. Or, le sexe, dans les faits, est-ce que ce n'est pas cela, aussi ? N'y a-t-il pas une part de l'être humain qui reste en dehors de l'acte et de la volupté ? Le cinéma part d'habitude du principe que l'amour l'interdit, et que la volupté est céleste, c'est à dire que l'esprit est totalement dedans ; mais n'est-ce pas un leurre ?
Je pense qu'il y a plus d'ironie, dans ce film, qu'il n'y paraît. Et que la fin signifie simplement que pour soigner de l'illusion qui fait de l'amour charnel l'accomplissement ultime de soi, le mieux est encore de le pratiquer régulièrement. Or, c'était la pensée de saint Paul, lorsqu'il conseillait le mariage à ceux qui ne pouvaient pas se passer de sexe !
Cela dit, l'ambiguïté reste, parce que je ne crois pas que Kubrick eût voulu démontrer que les aspirations mystiques de l'être humain étaient un leurre complet. Que cela ne puisse pas s'assouvir par le sexe, c'est une chose ; que cela soit illusoire, une autre. Et qu'est-ce qui peut répondre à ces aspirations, sinon le rituel, la musique, les masques, les couleurs, l'architecture, les rêves qui se confondent avec la réalité, les expériences initiatiques, les sapins de Noël, l'art ? Ou... un film. Un film que se font aussi les personnages, peut-être...
Tietie007, dans les faits, j'ai trouvé l'histoire très prenante, pleine de suspens, d'interrogations, d'attentes. Or, personnellement, je ne demande rien d'autre à une histoire.
Bernard-Olivier, heureux de vous avoir donné envie de voir le film ! Je pense qu'un bon critique fait ressortir ce qu'il y a de beau dans une oeuvre, et donc ce qu'on éprouve du plaisir à voir, quand on va au cinéma. Le bon critique prend l'oeuvre d'art comme étant une oeuvre d'art, et non le support à autre chose.
Oui, je ne suis pas persuadé qu'il soit supérieur à 2001 : l'Odyssée de l'espace, qui est immense, mais les années ont passé, entre les deux, et le genre est différent. Personnellement, néanmoins, je ne suis pas persuadé, non plus, que 2001 soit le meilleur film de science-fiction qui ait été fait, même s'il était magnifique et même s'il était un des meilleurs. Trop d'ambition peut tuer de l'intérieur un projet : le grandiose devient creux. Je reste fidèle aux films de George Lucas, qui ont plus de simplicité, mais aussi plus de vivacité.
La science-fiction est quand même un genre complexe, et il ne suffit pas d'y réfléchir intelligemment pour s'y montrer parfait, à mon avis : il faut aussi la vivre de l'intérieur, la pratiquer sur le long terme, et en devenir une sorte de spécialiste. A cet égard, tu as raison de trouver l'ambition de faire le meilleur film dans chaque genre plutôt démesurée et excessive.
Chez Kubrick, est-ce que cela n'a pas brouillé le sens critique ? Tout dans la science-fiction n'a pas, en réalité, une valeur égale. Son ballet de machines appartient bien au genre, et paraît même être son essence ; mais en réalité, Lucas a bien compris que ce n'était qu'une toile de fond, et que le véritable enjeu était ailleurs, que c'était l'épopée. D'une certaine façon, Lucas est plus classique : la science-fiction apparaît chez lui comme étant le cadre fantasmatique des épopées contemporaines. Mais j'ai bien peur de partager son point de vue : la thématique des machines prodigieuses ne me touche pas tant non plus ; elle peut bien être illusoire, en partie. L'art crée des machines psychiques qui valent bien, en efficacité, les machines physiques.
De fait, Vance, les scènes au sein desquelles Kubrick nous montre les merveilleuses machines du futur ne sont-elles pas à présent désuètes ? Cela ne semble-t-il pas quelque peu puéril et ridicule ? Ma belle-mère paysanne fut elle aussi émerveillée, quand elle se trouva pour la première fois devant des portes en verre qui coulissaient à son approche : c'était magique ; elle n'en comprenait pas du tout le fonctionnement. Mais quand on raconte cela, on rit : on ne croit pas que ce soit réellement magique. C'est un peu comme M. Jourdain se croyant grand chevalier ottoman. It is a trick. Un truc.
Mais sur le plan humain, les mystères du flux de vie, qu'a voulu représenter Lucas, et de la destinée, aussi, sont finalement plus profonds et plus passionnants que ceux des machines, non ? Je crois que la vie est en réalité un mystère plus grand que l'intelligence artificielle. On cherche davantage à rester vivant qu'à devenir intelligent. L'intelligence même sert surtout à mieux vivre : est-elle un but en soi ?
Fan de S.Kubrick depuis son plus jeune âge , je vais me contenter de "rapporter" les deux " titres de ses films " que je range en très bonne place , même sans aborder leur contenu :
CLOCKWORK ORANGE
EYES WIDE SHUT
et ce n'est pas que l'Angliche teacher - sot British- qui vous parle là mais un fan de , tout simplement , le tout très humblement .
Tout ce que tu dis sur 2001 est en soi vrai, et tu oublies encore de parler du seul bruit qu'on entend, en théorie, dans l'espace : celui de sa propre respiration ; cela aussi est magnifique. Mais en fait, j'ai toujours beaucoup lu de philosophie, et même de philosophie mystique. Comme je l'indique sur mon second blog, je publie cette semaine un article sur le Proslogion, de saint Anselme de Cantorbéry. Or, je l'ai lu. La philosophie mystique au cinéma m'a donc souvent paru dérisoire.
Ce que j'attends du cinéma, c'est précisément ce qui n'est pas présent dans la philosophie mystique de saint Anselme, ou les méditations métaphysiques de Descartes, ou les pensées de Blaise Pascal, ou chez d'autres philosophes que je pourrais facilement lire. Je ne suis pas épaté, comme certains le sont, parfois, par la présence, dans un film, de concepts que j'ai pu appréhender chez des philosophes que j'ai lus attentivement. Au contraire, je trouve cela un peu bizarre, pour ne pas dire plus, parce que chez les grands philosophes, une idée est présentée au sein d'un raisonnement, dans un mouvement de la pensée qui lui donne consistance et vie, alors que dans les films (ou dans les romans, ou dans la poésie), les idées me paraissent plutôt exprimées de façon détachée de toute pensée active, comme le résultat d'une réflexion peut-être intelligente, mais passée, invisible dans l'oeuvre même. Le réalisateur d'un film a réfléchi pour comprendre l'idée d'un autre, mais il ne l'a pas créée lui-même, par sa propre pensée, comme peut l'avoir fait un grand philosophe. Ce sont un peu des idées mortes, véhiculées par des images.
Mais un film peut proposer quelque chose qui n'existe pas dans la philosophie : une action, de la musique, des couleurs. Donc, j'attends d'un film qu'il exploite maximalement ces possibilités. Eh bien, je trouve que l'assemblage et l'enchaînement des couleurs, chez George Lucas, sont magnifiques. Il a déclaré un jour qu'il rêvait de faire un film qui serait sans dialogue, constitué seulement d'images et de musique. Eh bien, pour moi, c'est cela, le cinéma : des images, de la musique. Pour les idées, je préfère lire de la philosophie. Je trouve, paradoxalement, les idées beaucoup plus vivantes dans la langue d'un philosophe que sur un écran de cinéma. Si je cherchais surtout les idées, je crois bien que j'arrêterais d'aller au cinéma.
Je ne reproche pas à un cinéaste de vouloir exprimer des idées intelligentes, bien sûr, et Kubrick a toute ma sympathie. Néanmoins, pour ce qui est des supports, du point de vue de l'artiste, je reste convaincu que les idées sont claires et vivantes non quand elles sont placées dans un environnement décoratif (si je puis dire), mais quand elles sont placées dans une pensée active et logique, au sein d'un traité de philosophie. Mais plus encore, le risque existe de manipuler les masses par le moyen d'un cinéma qui inoculerait des idées toutes faites, sans les amener par de la pensée clairement déroulée, mais en les décorant d'images agréables en elles-mêmes. Au fond, le risque existe de ramener le cinéma à de la promotion idéologique.
Or, en toute honnêteté, si j'ai critiqué le fameux "ballet de machines" du film de Kubrick, c'est aussi parce qu'il me semble que cela a pour effet de créer l'illusion, dans la population, que les machines vont réellement amener l'Homme jusqu'à l'Infini, la divinité. Si on avait voulu faire de la publicité en faveur des machines, je ne sais pas si on s'y serait pris autrement que Kubrick ; j'en doute même un peu.
Mais le pire est que c'est peut-être une idée qui se défend. Il faudrait voir. Teilhard de Chardin l'a défendue au moyen d'arguments logiques, dans des traités de philosophie. Et on peut peut-être comprendre qu'il y a dans la machine un élément qui engage réellement l'avenir humain.
Mais dans un film, on procède par simplification. Or, je ne crois pas aux idées qu'il faudrait avoir ou pas, et que ce serait très important. Non. Je crois que l'individu se développe s'il développe sa faculté à penser par lui-même, au moyen d'une pensée active qu'il assume. Je trouve donc futile de vouloir communiquer des idées sans passer par la pensée logique et la philosophie. Car je crois que la pensée logique est somme toute plus importante que ses résultats, les idées qu'elle peut créer. Et sur le plan social, je crois qu'on rend plus service en enseignant la pratique de la pensée qu'en inoculant des idées spécifiques.
Cela ne revient pas à condamner l'art, les récits, la poésie, la musique, les images, cependant, car je crois que cela apporte aussi sa part de bienfaits au public : cela nourrit l'âme, en quelque sorte. Cela lui donne de la force. Or, Kubrick fut un grand artiste. Ce n'est pas le problème. Mais son intellectualisme parfois excessif peut rendre ses films ennuyeux, en réalité.
Un bel exemple est Orange mécanique : c'est globalement un excellent film. Mais la première partie fonde tout sur le rythme, l'action, la musique, les images ; la seconde illustre un discours qui est sans doute très généreux en soi, mais qui aboutit concrètement à ceci, que j'ai dû regarder en boucle bien des fois cette première partie, et deux ou trois fois, pas plus, la seconde. Or, cela correspond aussi à des défauts qu'on peut trouver dans 2001.
simple question Cactus sienne donc mienne : Vance serait -il de Saint-Paul ? ( ou serait-ce par rapport à Vince...... Taylor ? )
merci ! je regarde !
amitiés !
Cela me dit quelque chose, Vance Astrovik. Tu n'as pas une image ?
Le Retour du Jedi est quand même globalement un bon film. La bataille dans l'espace est aussi très prenante et très bien faite.
Sinon, tu as vu mon article sur le Barzaz Breiz, qui est plein de merveilleux breton ?
Cher Ramiel, David Lynch utilise le kitsch, je pense à Eraser Head, il le détourne, en quelque sorte ce n'est plus du kitsch. Yves Klein l'utilisait aussi et la liste ne pourrait être exhaustive. Quand je dénonce le kitsch de Eyes Wide Shut, c'est que je n'y vois pas le kitsch comme détourné ou voulu, mais je me trompe peut-être. Je me trompe surement, Kubrick est un tgrop grand Artiste pour s'être fourvoyé. Je devrais revoir le film avec votre éclairage, comme quoi vous pouvez me servir à quelque chose, ce dont en toute amitié je vous suis reconnaissant.
Signé: Thierry K., âne détourné...
Personnellement, je crois que c'est le kitsch qui est une sorte de déformation du merveilleux en soi. On n'en a plus que le décor. Du coup, c'est ridicule. Comme dans les temples qu'on a construits pour faire joli et que n'animait aucune foi de l'architecte, en le dieu qu'il était censé abriter.
Je ne pense pas, donc, que le kitsch précède le génie. Mais il est possible, oui, comme dans Eraserhead, aussi, notamment pour la fée, de rendre à une apparence devenue grotesque son âme. Ce n'est pas du détournement, car extérieurement, c'est exactement la même chose. C'est la même chose, mais avec une sorte de vie cachée qui se trouve dedans. L'image revêt alors simplement une sorte de force qu'on ressent comme habitant le monde.
Il est cependant certain que Kubrick n'a pas travaillé de cette manière : il a fait un décor qu'il estimait en soi beau, grandiose. On peut trouver cela creux, et donc kitsch, un peu comme ses machines fantasmatiques de 2001. C'est une possibilité. Mais je pense qu'il est un peu facile d'accuser quelqu'un de faire dans le kitsch dès qu'il essaye de créer des décors ou des costumes fantastiques, ou dans le pompier dès qu'il essaye de créer des atmosphères épiques. Il y en a qui n'aiment que le réalisme, et qui rejettent tout ce qui ne l'est pas en affirmant - sans trop de preuves - que c'est kitsch ou pompier.
Malheureusement, croire qu'il n'y a que le réalisme qui soit intéressant en art, c'est être profondément dogmatique, et non être capable de comprendre l'art dans sa diversité, le cinéma dans la multiplicité de ses genres.
Personnellement, je ne cherche pas d'abord à juger d'un film : je le regarde, et puis après j'y réfléchis. Je ne crois pas important de juger d'un film, ou d'une oeuvre d'art en général : je crois cent fois plus important d'avoir du plaisir, à cet égard. Les fonctionnaires, les galeristes, les collectionneurs, les éditeurs cherchent à juger, mais ceux qu'il faut réellement écouter, ce sont les artistes eux-mêmes, et non toute cette nuée de gens qui gravitent autour d'eux.
Bref, j'ai regardé Eyes Wide Shut, et j'ai été très pris par l'histoire, et fasciné par la beauté des images, par leur enchaînement. Je ne vois pas ce qu'on peut dire, ensuite. Je peux me distancier de l'astre Kubrick, et critiquer ses rayons trop chargés en lumière, mais cela n'a pas beaucoup de sens. Je ne me souviens pas que j'aie trouvé que c'était excessif dans l'éclat, les décors et les costumes. J'ai juste pensé que le film faisait un peu un plat de moeurs sexuelles qui n'étonnent plus grand monde : c'est ce qu'a dit au-dessus avec raison le dénommé Vance ; mais c'est atténué, comme je le lui ai dit de mon côté, par la réplique finale.
Je pense quand même que les gens qui comme nous n'ont pas fait leus preuves dans la création artistique doivent respecter les grands artistes comme Kubrick, et avoir un préjugé favorable. Pour tout vous dire, je suis même choqué quand des poètes présents dans la grande somme de Sabatier sur la poésie critiquent acerbement des poètes certes plus petits qu'eux, mais qui ont quand même de l'intérêt.
Sinon, Thierry, je crois anormal de s'énerver dès que quelqu'un ne parle pas conformément à ce qu'on croit évident parce qu'on l'a entendu dire par des gens intelligents. Ce qu'il faut, c'est alors trouver de vrais arguments vis à vis de la chose même, et non insulter les personnes.
Le galeriste, l'éditeur de programmes d'enseignement nationaux doit faire un choix, et peut être critique avec ceux qu'il ne retient pas, mais nous ? A quoi cela nous avance-t-il ? Qu'est-ce que cela prouve ? Rien du tout. Nous jouons simplement au haut fonctionnaire qui doit décider de la personne à qui il donnera des subventions. Mais je m'en moque : je ne cherche pas à acquérir une quelconque autorité sur qui que ce soit, mais juste à montrer que mon point de vue en vaut bien un autre.
J'aime troppe vos textes et les respect- oppe pour les rayillé ou encore déraiyller (bien invonlaiterrement ou encore bêtement9.
Permettez.moi de choisir des photos pour l'illustration plus tôt que du textes c'est plus simple pour moi et pour tous me semble-t-il-? si moi tromper moi-même, would youplease explicate clear like you always know the do the write J'mind.
See you on Blog.P.A. soon¨J'hope because J'need to readroad
Mer Sea.