J'avais acheté le Barzaz Breiz, de Théodore Hersart de La Villemarqué, après m'être rendu en Bretagne il y a presque vingt ans : je l'avais alors parcourue à vélo (et à vrai dire, j'avais été déçu de ne pas rencontrer, dans la forêt de Brocéliande, l'ombre de Merlin l'Enchanteur, ni les traces de la Bretagne antique, rien de cet air gothique que quelques années plus tôt j'avais pu contempler en Ecosse, à Edimbourgh, à Stirling). L'été dernier, je suis retourné en Bretagne, et j'ai décidé de finir la lecture du Barzaz Breiz, et c'est ce que j'ai fait tout récemment, alors que j'étais déjà de retour en Savoie. C'est un bien beau livre, qui explore de l'intérieur l'âme bretonne. On a pensé que Hersart était un nouvel Homère, mais comme il a réécrit les vieux chants qu'il a commencé par prélever, qu'il les a savamment commentés, les a réinventés, une comparaison avec Virgile serait plus appropriée. Il est une sorte de Virgile de la Bretagne, de fait. En vérité, il m'a aussi beaucoup fait penser à Ramuz. Celui-ci a tenté d'exprimer le Valais intérieur, qu'au fond il regardait comme étant le pays de ses ancêtres vaudois, mais avant qu'il ne devienne suisse, alors qu'il était encore catholique et savoyard. Ramuz pensait que le paysan valaisan vivait en contact intime avec les forces de la nature, les esprits de la montagne. Et du coup, lorsqu'il pénétrait l'âme de ses personnages, il déployait des mythes traditionnels, peuplait le monde de figures mythologiques, d'anges, de démons, de fantômes. Cependant, il entretenait avec cela une certaine distance, car il était bien de culture vaudoise et protestante. Il recréait un univers disparu à partir de ce qu'il ressentait, certes, mais en se mettant dans un état d'esprit qui n'était pas ordinairement le sien. Or, jusqu'à un certain point, c'était pareil pour Hersart de La Villemarqué. Il était somme toute de culture française, mais une forme de nostalgie et de romantisme le poussaient à se placer dans l'âme bretonne antique et traditionnelle, et à recréer le monde intérieur des vieux Bretons, dont par sa famille, il était issu. Ce qui est quelque peu troublant, c'est que Hersart admet, fondamentalement, que les imaginations mythologiques de l'épopée bretonne ne sont que des superstitions : il ne les voit pas comme des symboles, des représentations du monde spirituel. A ses yeux, il s'agit de fabrications sur lesquelles s'est appuyée l'âme nationale de la Bretagne, le sentiment de l'environnement breton. Cette doctrine, sur les mythes, sera poussée et aboutira à la poésie de Leconte de Lisle, qui essayait, à partir des symboles antiques (et le mythe n'est rien d'autre qu'un récit symbolique), d'exprimer le tempérament des nations dont ils étaient issus. Mais bientôt, la constatation que d'une nation à l'autre, les mêmes motifs mythologiques revenaient constamment, brouillera cette doctrine. On commencera, futilement, par chercher les nations mères, celles dont les autres auraient pris leurs propres mythes, en les imitant, en les copiant. L'idée était déjà chez Voltaire, qui prétendait que les Juifs n'avaient fait qu'imiter les Egyptiens, dans leurs textes sacrés. Et puis, au bout du compte, Jung évoquera des archétypes collectifs liés au subconscient humain en général : le mythe comme expression du sentiment national sera renvoyé à l'espèce humaine tout entière. Mais je crois, personnellement, que le vivant agit conformément aux vérités profondes contenues dans les mythes, que les mythes sont la manifestation symbolique de la vie elle-même, dans son déroulement. C'est l'image qu'on s'en crée en subissant le rythme des choses. Il est de nature profondément poétique : la poésie restitue, précisément, ce rythme des choses, comme le fait la musique, mais en y ajoutant du sens. Or, justement, grâce à cette poésie néamoins maintenue, Hersart parvient à emmener le lecteur dans des mondes fabuleux, authentiquement homériques. La Bretagne, avec ses montagnes et ses rivages marins, sort, dans son livre, du brouillard des siècles, et demeure aux frontières de l'indistinct, du monde des spectres. C'est poignant ; c'est à la fois lointain et presque accessible, profondément désirable, et comme mis à portée de main, mais aussi fuyant, à la façon de quelque onde légère. La lecture de son recueil est parfois âpre, répétitive, sans fluidité. Peut-être même que les figures légendaires qui le peuplent sont vaguement artificielles, un peu comme les fantômes de Nodier. Mais il faut reconnaître que c'est un livre de toute première grandeur, qui submerge parfois d'émotion, et ramène réellement, du passé, des choses inouïes.
Commentaires
Une Bédé qui a repris en partie le Barzaz breizh, c'est le "sortilège du bois des brumes" de Bourgeon.
Sinon, l'actuelle Forêt de Brocéliande est une invension récente, pour touristes, ou peut-être d'époque romantique. La vrai est en Grande Bretagne, où se sont déroulées les aventures d'Arthur, dernier roi celtoromain.
De mémoire ;o) , et ma lecture de Chrétien de Troyes est loitaine. j'ai tendance à me souvenir plus de l'"Enchanteur" de Robert Merle.
C'est vrai qu'Arthur et sa cour ont migré en petite Bretagne sous la pression des saxons. Et que l'on trouve plus de vestiges celtes de cette époque en grande bretagne qu'en petite.
Mais rien ne prouve que l'ancienne Brocéliante est la même que l'actuelle. La forêt couvrait une grande partie de la péninsule à l'époque.
Il y a des lieux que le folklore désigne comme relatifs à la dame du lac et à la fée Viviane, à Merlin. C'est bien dans la forêt de Brocéliande ; on peut aller les voir.
La légende arthurienne médiévale ne dit pas du tout qu'Arthur a immigré en petite Bretagne, mais que Merlin y a été enfermé par la fée Viviane, et que Lancelot y avait son lieu de naissance et ses fiefs. Elle dit aussi qu'on passait continuellement de la petite Bretagne à la grande, parmi les chevaliers de la Table ronde, mais qu'Arthur restait dans la grande.
Les Bretons étaient toujours les Bretons, où qu'ils habitassent. Avant le royaume d'Angleterre et le royaume de France fussent clairement fondés, il ne s'agissait pas de deux pays différents.
Robert Merle, en tout cas, n'est vraiment pas la bonne référence pour savoir ce qui n'existait pas avant l'époque romantique, pour la bonne raison qu'il n'y vivait pas, puisqu'il lui était postérieur. Or, sa science peut relever du fatras, vous savez : c'est possible.
Errata : Avant QUE le royaume etc.
Deux pays différents : la petite et la grande Bretagne.
BRETAGNE
Avec la Pointe du Raz comme ultime rivage
Et la Chaussée de Sein, lieu de tous les naufrages
Et les dents du granit pour arrêter les vagues
Et la roche si noire aux prénoms animaux
Et la houle si lourde que traînent les bateaux
Avec la pluie qui bat par dessus les marées
Avec le vent du Nord
Ecoute-le gronder
Ce pays d'eau qui est le tien
Avec les Monts d'Arrée qui barrent l'horizon
Avec la lande blanche où naissent les chansons
Où l'épine et l'ajonc fleurissent les coteaux
Où les chiens noirs crient quand la lune est en haut
Les chemins de cailloux où passent les ruisseaux
Les chênes torturés par les vents et les eaux
Avec le vent de l'Est
Ecoute-le chanter
Ce lieu de pierre qui est le tien
Avec un ciel si clair qu'on est illuminé
Avec un ciel si noir qu'on est épouvanté
Avec un ciel si rouge qu'on est ensanglanté
Avec un ciel si gris qu'on en est chagriné
Avec un ciel si bleu quand le grain est passé
Avec le vent d'Ouest qui nous fait chavirer
Avec le vent d'Ouest,
Ecoute-le rêver
Ce pays d'air qui est le tien
Avec les tumulus et les pierres dressées
Les clochers de granit en dentelles ajourées
Les fontaines sacrées qui ont tant de vertus
Les hommes de la terre collés à la charrue
Les femmes de marins debout sur la jetée
Et le vin et le pain à la fin partagés
Avec le vent du Sud
Ecoute-le prier
Ce lieu de feu qui est le tien
Anne B., avec J. Brel et G. Servat
Avon, 3 novembre 2003 / 9 décembre 2003
La bretagne est une terre de légendes, et entre l'arrivée d'Arthur au 6ème siècle et la visite de Chretien de Troyes au 12ème, il y a eu quelques siècles sans histoire écrite, Rien que des chansons et des légendes et une époque de barbarie et de misère
Et quelques moines venant d'Irlande en passant par la suisse. Mais la bretagne centrale a été évangélisée plus tard,d'où les restes de chamanisme et de panthéisme
Sur cette controverse touchant l'historicité de Brocéliande, je confirme que ce n'est pas une fabrique à touristes. On trouve dans les archives bretonnes selon Monique Mosser des récits de voyageurs venant de fort loin, parfois de Byzance, pour voir les lieux Merlinesques. Ceci pour une période qui ne peut remonter au plus qu' au Douxième siècle.
Je confirme qu'il n' y a aucune tradition quant à un exil d' Arthur, et que les lieux , tels que le Pont du Secret, la Fontaine de Barenton, le Val sans Retour, sont essentiellement ou voués au souvenir de Lancelot - le Pont-, ou à celui de Merlin. La Chapelle de Tréhorenteuc porte bien une représentation de La Table Ronde et des chevaliers, mais il s'agit d'une copie moderne commandée par le Curé local, très arthurien.
Je ne sais si Virgile recueillait des vieux chants, mais la comparaison avec Ramuz me semble plus pertinente. A cela près que La Villemarqué est tourné vers le Passé. Ramuz regarde le modernisme avec méfiance, mais l'intègre dans ses Romans. Voir là dessus, le très bel Amour du Monde. Et puis quasiment tout se déroule dans le monde moderne de so.n temps
Sur les gentillesses de Sainte Beuve, ne pas oublier qu'il est lui-meme poète, et assezmauvais, ce qui l'amène à trouver certains comme lui très bons. Autran, par exemple. Les compliments décernés à Ducis révèlent beaucoup sur le critique: son gout du soleil, perceptibles dans les ratés Rayons Jaunes, et qu'il croit voir ici, dans une pièce, lui qui est incapable d'enécrire une. Quant au succès, je suis allé voir dans D'Alméras et sa Vie de Talma, parce qu'elle comporte sinon une chronologie détaillée, du moins une table des roles. Jouant Pharan dans La Famille Arabe dés le 1é Avril 1795, il change de role pour endosser celui de Quintus Fabius dans la pièce du meme titre de Legouvé le 31 Juillet 1795. Cela ne veut pas dire que la pièce s'est maintenue trois mois. Il faudrait Joannidèset sa table des oeuvres du Théatre Français pour nous départager.J' y penserai une autre fois.
Je ne suis pas sur qu' Hersart ait tout perçu comme mythique, en dehors du Christianisme. Il ne faut pas oublier qu'il fut sacré Druide Gallois, et les pièces consacrées au Druidisme sont parmi les plus originales de l'oeuvre, en meme temps que les moins authentiques. Il faudrait voir aussi pourquoi se développe graduellement une perception négative de la France, au fil des rééditions du Barzaz . Tout cela vient d'un homme qui possède une indéniable mythologie personnelle, et le surnom meme, dont les contestataires le créditent est instructif: il est L' Archi- Druide...
En espérant n'avoir pas été trop long.
Bonne Journée.
M.Court
Mouette Rieuse, je ne connais pas une région qui n'ait pas son folklore, et les pays de montagnes, notamment, ont toujours leurs souvenirs païens, et leurs traditions orales, et ainsi de suite. La Bretagne n'est pas spécifique par son merveilleux, mais par son atmosphère, baignant les souvenirs et les légendes, ou plutôt, présidant à leur apparition.
La Franche-Comté, par exemple, est chargée de merveilleux, bien autant que la Bretagne ; mais l'atmosphère n'est pas du tout la même. L'existence du mythe n'a rien à voir avec la nationalité, il n'est que l'expression artistique du déroulement de la vie. C'est ce que j'ai écrit dans mon article, j'en suis convaincu, et je ne crois pas que la Bretagne soit un pays spécialement sacré - ou spécialement superstitieux, c'est selon.
M. Court, vous faites la longueur que vous voulez. Moi, je ne dis à personne : fais plus court, fais plus long, ne cite pas Blavatsky, n'écris pas de poème du genre "pompier". Pour moi, chacun fait ce qu'il veut, et il est inepte de vouloir diriger les autres.
Virgile s'inspirait de traditions spécifiquement romaines, dont on a retrouvé des fragments.
Ramuz ne s'inscrivait pas dans un monde moderne, car contrairement à ce qu'on pourrait croire, les paysans de son temps avaient déjà des machines, mais il n'en parle pas : il préfère donner l'image de la paysannerie éternelle, fondée sur le passé, la tradition. Image sans doute un peu artificielle, fondée sur l'élagage, l'épure, comme on dit. Dans mon dernier livre, à paraître officiellement le 3 décembre, Portes de la Savoie occulte, j'évoque la façon dont le paysan savoyard peut regarder la machine. C'est fascinant, car il la voit fréquemment comme un objet magique. Cela aurait pu être présent chez Ramuz, s'il l'avait voulu. Mais il a en partie rêvé le réel.
Sinon, Hersart évoque des légendes chrétiennes remplies de fabuleux, comme celle de saint Efflamm. Mais dans son épilogue, il écrit : "L'enseignement que le prêtre païen donne à son élève est (...), avant tout, religieux. (...) La même voie (...) le mène au merveilleux ; son instituteur donne un aliment à ce penchant naturel à l'homme en l'entretenant d'un monde mitoyen, peuplé d'esprits mystérieux". Ensuite, Hersart explique que le christianisme a surtout nourri les aspirations morales des Bretons. Donc, le merveilleux est naturel à l'être humain (je partage cette pensée), mais il a été nourri par les druides, lesquels ont donné, par conséquent, aux Bretons l'habitude du merveilleux. C'est ce qu'il dit. Et de fait, on ne peut sans doute pas prétendre que les Romains et les chrétiens aient spécialement nourri le, merveilleux, car même le christianisme a tendu à l'épurer, à n'en conserver que les traits fondamentaux. En tout cas, le christianisme romain, qui a combattu la gnose, forme de tentative de conserver, ou de renouveler le merveilleux au sein du christianisme.
J'ai très peu lu Sainte-Beuve. Il a généralement été un bon critique littéraire. La critique est un art. Il avait ses préjugés en défaveur des sujets macabres, de tout ce qui choque la bienséance ; mais il est rare qu'il ait dit du bien de choses qui ne valaient rien. C'est lui qui a fait connaître d'une façon durable Xavier de Maistre au public français.
Merci, Idle. J'essaye tant bien que mal de donner une autre image de la culture française, qui ne soit pas forcément conforme à l'image qu'on veut en donner à partir d'une doctrine prédéfinie. La réalité de ce qui s'est produit, sur le plan littéraire, en français est inifiniment plus variée, diverse. La culture émane des individus qui composent la nation, et non de l'élite qui se tient au sommet de l'Etat. L'influence de cette dernière existe, mais d'une façon relative, et non absolue : les individus, même assujettis à une structure sociale donnée, restent des êtres humains libres.
On ne vous dirige pas, Ramiel, mais tout lecteur a droit de juger les textes mis en ligne. Et il eut mieux valu, à mon avis, que votre poème ne le fut pas . Au fait, je n'ai pas dit: ne cite pas Blavatsky, j'ai émis simplement des doutes justifiés sur la cohérence et la construction de sa pensée. De ce point de vue, je persiste et je signe.
Concernant Virgile, pouvez-vous etre moins brumeux? J'ai eu beau chercher, je ne vois guère que la Quatrième Eglogue sur l' Enfant Messie à naitre, elle meme écho de traditions méditérranéennes. Mais pour L' Enéide, je ne vois rien. Il est vrai que je n'ai pas ici le commentaire de Servius.
Beaucoup plus intéressante, cette remarque sur Ramuz et la machine.Mais Une Province qui n'en est pas une comprend, sur la couverture, une superbe Charrue ultra-moderne pour l'époque - 1939-dessinée par Gea Augsbourg .Plus sérieusement, un avion apparait dans "Présence de la Mort" quand on a besoin de lui. Et l'on sait que Ramuz aimait la vitesse, la Voiture jouant son role dans "La Montée au Grand Saint Bernard." Il n'est pas davantage fermé à l'évolution politique de la Russie - Besoin de Grandeur en témoigne,. alors j'ai tendance à penser que s'il les supprime des romans paysans, c'est non parce qu'il reve, mais parce qu'elles ne peuvent que faire écran à sa poésie ou son propos souvent parabolique . En fait, la machine n'est intégrée que si elle joue un role dans le déroulement du Roman. L' Amour du Monde, auquel je reviens, est symptomatique de cette manière de conter. Le Cinéma y joue un role-clé, alors on insère le batiment et l'image des films...Peut etre est ce de l'épure, comme vous le dites, peut etre un refus du réalisme. Mais ce n'est pas un reve., c'est un choix esthétique et narratif, qui fait, entre autres, que Ramuz est le grand Ramuz.
Au surplus, ce refus d' un certain machinisme n'est pas si rare.. Reproche-t-on à Balzac de n'avoir pas décrit le train , ou à Hugo de n'avoir pas fait la meme chose? Alors pourquoi vouloir implicitement que Ramuz s'aligne quelque part entre le Vigny de la consternante strophe ferroviaire de la Maison du Berger, et quelque chose comme le roman rural de l' Entre deux Guerres?
La manière dont vous résumez La Villemarqué -désolé, je n'ai pas mon Barzaz ici- me parait cohérente. En revanche, quant à l'épuration du Merveilleux par la Lutte contre le courant gnostique, deux remarques:
La Gnose, c'est tout de meme le IIIème siècle, et il y a fort peu de chance que cette polémique, née de l'hellénisation du courant Chrétien, soit parvenue jusqu' en Bretagne.
Le courant de christianisation a plus substitué aux divinités paiennes des Saints locaux doués des memes pouvoirs, et parfois historiquement attesté, qu'il n'a cherché à émonder le merveilleux préexistant. Je vous renvoie aux innombrables pardons curatifs de Bretagne, et vous rappelle qu 'une pratique paienne comme le Voeu homicide à Saint Yves de Vérité a subsisté jusqu'à la fin du Dix Neuvième Siècle. Charles le Goffic a consacré un livre à cette affaire, Le Crucifié de Keralia. Le Clergé Breton a profité du merveilleux, ce qui fait que ces Saints ne sont pas toujours reconnus par Rome, loin s'en faut §
A bientot. Je note la parution de votre troisième opus.
Saluons Idle au passage.
M. Court, moi, je crois que c'est vous qui devriez vous abstenir de commenter mes écrits, tant ceux de mon blog que ceux que je laisse chez Pierre Assouline, et non chez vous, et à propos desquels Pierre Assouline m'a simplement dit, pour le moment, qu'ils étaient excellents. Je trouve, personnellement, mon poème infiniment plus agréable à la lecture et même à la relecture que vos développements, et cela prouve que nous n'avons pas les mêmes goûts. Or, je n'ai aucunement envie d'adopter les vôtres, qui me semblent beaucoup trop convenus pour m'inspirer de l'enthousiasme.
Au reste, je me suis pris d'affection pour mon diptyque sur Tarzan et Jane, et j'en ai fait un poème unique, que voici :
Ô Tarzan, puissant prince, Achille de l’Afrique,
De grands singes parlants t’ont jadis élevé,
Et tu connais la langue étrange et fantastique
Des bêtes de la jungle, ainsi que l’ont rêvé
Tant de savants, perclus, dans des laboratoires
- Et n’écoutant que leurs beaux moulins à histoires.
* * *
Jane aima le seigneur des singes dès qu’il fut
Face à ses propres yeux : son torse large et mâle
Brillait sous son regard émerveillé et pâle ;
Jusqu’au fond de son cœur, l’œil de l’autre l’émut.
Bientôt prise d’effroi son pas l’emmena loin :
Mais par les séquoias il la suivit sans peine ;
Et soudain devant elle il plaça son haleine
Et tous deux s’embrassant, ils churent dans le foin.
Il fera certainement partie de mon prochain recueil. De fait, quoique vous pensiez des lois qui existent (car je vous sens bien plus conservateur qu'elles ne le sont, et plus dans la lignée de Barbey d'Aurevilly que de Victor Hugo, dont, moi, je me réclame - et qui, soit dit en passant, dans Plein Ciel, a bien évoqué les possibilités offertes aux hommes par le progrès des sciences), en France, on publie ce qu'on veut, même si les fonctionnaires censeurs ne trouvent pas que tout soit digne d'être publié. C'est leur avis : mais ils ne commandent pas ; ce qui commande, c'est la loi, et les juges sont indépendants des intellectuels d'Etat, en fait.
En outre, Portes de la Savoie occulte (que vous pouvez commander, si vous le voulez, aux éditions Agoralp, 13, avenue des Harmonies, 74960 Cran-Gevrier ; voyez : http://www.agoralp.com/ ) est mon quatrième livre, et non le troisième : vous faites erreur.
Pour ce qui est de Ramuz, je maintiens qu'il n'a pas pris la mesure du rôle de la machine dans l'humanité en général, et qu'il a créé un monde utopique qu'il a cru mythologique, alors que le mythe n'est pas forcément la production de populations enfermées dans les montagnes. De fait, à cet égard, je rejette le conservatisme de Giono ou de Gracq, et défends l'idée de Gérard Klein selon laquelle la science-fiction est la vraie poésie des temps modernes.
Pour ce qui est du paganisme ou du christianisme en Bretagne, la vérité, de mon point de vue, est que le merveilleux tend, s'il est excessif, à détourner l'esprit de la divinité, dont le merveilleux est la représentation au sein de la poésie. Cela ressortit à l'idolâtrie. Mais plus encore, l'Etat français a favorisé la rationalisation des esprits parce que les comportements des gens qui voient du merveilleux partout sont eux-mêmes irrationnels. Comme en Afrique, à cet égard, l'Eglise et l'Etat ont agi dans le même sens. Evidemment, le but de l'Etat est profane : il s'agit de garantir la sécurité des biens et des personnes, comme on dit.
Pour Virgile, à qui sans doute on doit plus comparer Hugo que Hersart de La Villemarqué, il s'agit de textes religieux romains édités aux Belles-Lettres : j'ai oublié le titre. Mais vous obtiendrez facilement un catalogue commenté.
Monologuez en paix, Ramiel,puisque vous n'admettez ni la contradiction, ni l'argumentation précise . Mais ne prétendez pas faire autre chose, dans le cas présent, que de singer Lecomte de Lisle, car vous n'avez ni les moyens, ni les poumons du vieil Hugo. J'admets l'argument pour Plein Ciel, auquel je ne songeais pas, mais qui se rapporte, par une certaine ironie, à un projet grandiose qui ne vit jamais le jour. Cependant, c'est sur le spirituel, avec "La Trompette du Jugement," puis tardivement "Abime", que se fermera le recueil.
Quant à etre un conservateur, De Gaulle, Richelieu, Louis Xiv, Charles V, et quelques autres me suffisaient sans qu'on vint ajouter Barbey, auteur que j'estime, mais Maitre à ne pas imiter. Au fond, et c'est assez piquant, vous reprochez à Ramuz de n'etre pas un auteur de Science Fiction, de n'avoir pas cédé à la poésie des machines , si en vogue en musique dans les années 1920- 1930. Je maintiens que c'est ce qui fait sa grandeur.
Votre position sur lle Merveilleux Breton est à peu près celle des grands Jésuites évangélisateurs de la Cornouaille, Dom Michel Le Nobletz, et surtout Julien Maunoir. Lisez donc son Journal, Miracles et Sabbats en Bretagne, dans le texte procuré par Eric Lebec. Pour le reste, ce n'est pas nouveau. Voyez le mot de Gambetta à La Vigerie à propos des Colonies; "Monsieur le Cardinal, l'anticléricalisme français n'est pas un article d'exportation!
Puisque vous me renvoyez au Soleil qu'est Pierre Assouline, je vous rappellerai pour conclure les mots très justes de Britannicus:, qui n'est pas seul à le penser :Vous méprisez les Universitaires, mais vous feriez bien parfois de les écouter ou de s' inspirer de leurs méthodes", parce que de méthode, il n'y en a pas toujours, et l'effusif ne suffit pas, non plus que les brouillards artificiels. J'ai tenté parfois, modestement, de suppléer à cette défaillance, mais vous avez raison, nous n'avons ni les memes gouts, que, par parenthèse, je ne vous ai jamais forcé d'adopter,ni surtout les memes valeurs. Croyez que je le regrette.
Je vous laisse dans la contemplation de votre médaille, en compagnie de Gérard Klein et Du très gazeux Teilhard de Chardin, ,et me retire en compagnie de M;M Giono, Ramuz, et Gracq, que vous rejettez tout aussi violemment. On peut etre plus mal accompagné...Je commanderai le recueil incriminé, et m'engage à faire profiter le plus de personnes possibles de votre Diptyque involontairement joyeux.
Adieu, Ramiel, quoique "Dieu écrive droit avec des lignes courbes...vous resterez quand meme celui qui m'a éclairé sur le statut de Petit- Gervais.
M.Court
Adieu, M. Court.
Leconte de Lisle est le premier poète que j'aie lu. Celui qui n'aime pas son style, c'est un peu comme celui qui n'aime pas mon patronyme : je n'y peux rien.
Quant au souffle, on a celui de ses poumons.
Quant aux universitaires, leurs méthodes permettent de présenter clairement des théories, mais pas d'être assurés qu'elles sont exactes. De surcroît, elles tendent à priver leurs discours d'intérêt artistique : leur froid intellect ôte l'envie de s'intéresser à leur science.
L'utopie champêtre, contrairement à ce qu'on a pu croire en voyant que je me réclamais de la Savoie, n'est pas mon genre préféré. Mon dernier livre, Portes de la Savoie occulte, s'achève sur une évocation de machines.
Teilhard de Chardin était un très grand homme.
Ramiel, je ne viens pas vous chipoter sur la Savoie, alors concédez moi quelques connaissances sur la Bretagne.
Quelques lectures :
Extraits du Barzaz breizh dans la Bédé "le sortilège du bois des brumes, 3 volumes, de François Bourgeon (et ne me dites pas, sans le lire, que la bédé est une sous-littérature...)
Le livre de l'émeraude en Bretagne, d'André Suarès
Journal d'Aran et autres lieux, de Nicolas Bouvier
Merci, pour ces lectures, Mouette Rieuse. Je ne hiérarchise pas la culture : cela ne m'intéresse pas. Chacun agit, de façon artistique, dans ce qu'il peut. Personnellement, j'ai bien lu - et aimé - les bandes dessinées francophones les plus célèbres, mais sinon, j'étais un amateur de bandes dessinées américaines, en particulier des super-héros de la maison Marvel. Je crois que les bandes dessinées françaises au dessin réaliste m'ont en général paru trop sérieuses et trop peu imaginatives. L'emploi de la couleur ne m'a pas plu non plus, car j'aime les couleurs vives, et les Français qui pratiquent le réalisme aiment souvent les couleurs fades. Du coup, j'aimais encore mieux les bandes dessinées pour les jeunes, comme on dit : Astérix, les Tuniques bleues, etc.
Dans les lectures, j'ai oublié :
Les Celtiques, de Hugo Pratt (bédé, faut-il le préciser ;) ?
Puck of puck's hill, de R. Kipling (pour l'histoire de l'Angleterre, aussi)
Oui, je croyais que Puck était pris de Shakespeare. En tout cas, je ne me souviens pas qu'il était présent chez Hersart de La Villemarqué.
Il faut remarquer que toute féerie n'est pas originaire de Bretagne, et qu'Aubéron, par exemple, est d'origine germanique : il s'enracine dans le cycle des Nibelungen. A cet égard, il ne faut pas se laisser bercer d'illusions : les Grecs et les Germains baignaient autant dans le merveilleux que les Celtes. Et Shakespeare, même s'il avait beaucoup lu d'auteurs gallois ou écossais, lisait aussi les auteurs germaniques comme le Danois Saxo. Bref, si les Bretons primitifs baignaient effectivement dans le merveilleux, le merveilleux n'est pas nécessairement originaire de Bretagne. Du reste, la pièce la plus chargée en merveilleux de Shakespeare reprend la mythologie grecque et Aubéron, qui donc est germanique. Il ne se souciait pas du tout, lui, des Bretons, mais seulement des histoires qu'il estimait intéressantes pour son public.
Les Celtiques, je l'ai lu. Hugo Pratt, visiblement, ne savait pas qu'à écouter la plupart des folklores européens, tout comme Gargantua, le roi Arthur était passé un peu partout. C'est un symbole. Merlin l'Enchanteur est aussi censé être venu en Savoie, amené par un dragon volant.
je suis en train de découvrir "Le pas de Merlin" et "Brocéliande" de Jean Louis Fetjaine, écrivain, historian et journaliste.
Dans sa préface il présente l'histoire de la Bretagne, petite et grande, autour des années 500, avec énormément de références, et une bonne biblio en final. Pour lui, Arthur serait un mythe créé à partir de plusieurs chefs de guerre...
Non, je n'ai rien lu de Markale. Il m'a paru beaucoup fantasmer sur les Celtes en général. J'ai quand même parcouru quelques lignes qu'il avait écrites sur Tolkien, à l'époque où je faisais sur lui un mémoire de D.E.A. C'était fat, car il partait du principe que Tolkien avait simplement réchauffé de la mythologie celtique congelée, or, Tolkien s'en est toujours défendu, d'abord en disant qu'il ne se sentait pas spécialement en phase avec les Celtes, ensuite en rappelant que sa mythologie était née de sa propre individualité libre (comme dirait Sailor).
Je n'ai pas compris : c'était l'association, ou les textes médiévaux, que Markale n'aimait pas ? Sinon, La mort le roi Artu ne s'inspire pas directement des textes de Chrétien de Troyes. Chrétien de Troyes n'a pas en particulier raconté cette histoire. Le roi Arthur, dans ses poèmes narratifs, n'est présent qu'en toile de fond. L'auteur du roman en prose dit, je crois me souvenir, s'inspirer d'un certain Gautier Map, qui est peut-être le même Gautier Map qui polémiqua avec l'hérétique Pierre Vaux (le fondateur de la communauté religieuse - secte, dit-on aussi - des Vaudois, qui habitent aujourd'hui dans le Piémont et dont j'ai parlé, du coup, dans un article - de mon blog - sur l'histoire de la Savoie vue par Charles Buet), et qui était un ecclésiastique talentueux (pour ce qui est de l'art de la rhétorique). Ce Gautier Map a pu traduire en latin des histoires bretonnes, de fait.
très sérieusement , depuis que je vous osculte , votre blog et vous , moi qui n'étais que vieux prof plutôt Médoc , voici que je m'éduque ; rééducation du dos ré mi d'un coté et découverte de votre univers surtout pas à taire et jamais terre à terre : chez vous je retrouve mes jambes de 20 ans !
Sissi !