J'ai évoqué, il y a déjà quelque temps, l'image forte que constituait un bateau illuminé par son propre éclairage, perdu au milieu de l'océan de ténèbres que représente l'eau de la mer, la nuit, sous les innombrables étoiles de la voûte céleste. J'ai dit que cette image était très présente dans la culture américaine parce que les Anglais, en s'installant sur le continent américain, s'étaient peu mélangés aux autres nations. Mais on peut se demander pourquoi il en est ainsi. Car il est clair que c'est aussi parce que l'image dite du splendide isolement était déjà présente dans l'âme des Anglais, qu'ils ne se sont pas mélangés au reste de l'humanité sur le nouveau continent. Et de fait, que l'Angleterre soit d'abord une île, au sein de laquelle il a été possible d'édifier un système social relativement juste et stable, protégé du continent européen, et en particulier de la France, montre de quelle façon a pu s'élaborer l'état d'esprit propre à ce pays. Regardons mieux. Scrutons les symboles comparés de l'Angleterre et de la France, placés sous la lumière de l'histoire. On sait qu'en Angleterre, le saint patron majeur est Georges, le tueur de Dragon : j'y ai fait allusion. Le monstre peut symboliser l'ensemble des forces hostiles qui menacent, ou menacèrent, la Civilisation en Angleterre. C'est en repoussant les troupes normandes et donc françaises que la nation anglaise s'est bâtie. Les ennemis venus de la mer, mais aussi des grandes étendues terrestres, des plaines majestueuses de la France, représentent, traditionnellement, la lame qui coupe l'essor national anglais. La France est différente : elle pense pouvoir tout absorber, et assimiler les forces venues de l'extérieur, les réorienter à son profit, et bâtir de cette manière un empire. Ainsi, son symbole mystique fut longtemps la sainte Vierge : elle accueille en son sein grandiose et lumineux toutes les actions humaines, et les fait rayonner à partir d'elle-même, ou de sa volonté - que représente l'Enfant divin, et qui par conséquent est sacrée. Cela veut dire qu'aux yeux des Français, la nation s'assimile particulièrement à Dieu. Avant la monarchie de droit divin - l'Absolutisme -, la France, en tant qu'Etat, n'était qu'en gestation. Et alors, le saint patron était moins élevé, dans l'ordre angélique, plus ordinaire : c'était principalement saint Martin ; sainte Geneviève était patronne de Paris. Cependant, la légende de saint Martin rappelle l'idée de partage, si chère à la France : le partage est le moyen de la communion. C'est donc un trait qui est propre à cette nation, et qui précède jusqu'à son désir d'apparaître comme la reine des peuples - comme la Vierge passe pour être celle des anges. Notons, aussi, que saint Martin, soldat romain, fut, comme saint Georges, un patron des guerriers en général : toute nation héritière de l'Empire romain, dans ses conceptions fondamentales, peut-elle se concevoir autrement que conquérante, et militaire ? C'est le propre de l'Occident. La différence, entre l'Angleterre et la France, est dans le mode de conquête, la manière dont on la conçoit - ou la justifie. Cela dit, ce sont deux grandes nations. (Et pour renforcer la démonstration concernant l'aspect militaire des peuples d'Occident, j'aimerais rappeler que le saint patron du royaume de Bourgogne, dont est issue la Savoie, fut aussi un patron spirituel de soldats, de guerriers : c'est Maurice, le centurion de la Légion thébaine d'Egypte, immolé à Agaune sous l'empereur Dioclétien, selon la légende ; la Maison de Savoie, qui assuma la royauté de l'Italie moderne, l'eut personnellement pour guide aux cieux, si je puis dire : comme bonne étoile, au sein de la nuit ! C'était son ange. - Et la Suisse, qui a adopté, pour drapeau, sa croix, à la suite de la Savoie elle-même, en a fait ainsi son propre patron implicite, également ! Or, saint Maurice est connu pour être représenté en beau guerrier d'or, mais il n'a jamais combattu : son combat fut intérieur ; il a vaincu son propre attachement à la Vie terrestre, lui préférant la Justice - et la Vie céleste. Ce fut également un beau symbole, d'abnégation, de sens du sacrifice - et d'intériorisation de la guerre : le combat se fait en soi ; il s'agit de se relier par sa propre âme aux cieux, et non par des conquêtes tout extérieures. Sur le plan physique, saint Maurice est un homme de paix. Cela renvoie à la mystique de François de Sales, qui prônait non la polémique contre les adeptes de Calvin, mais les retrouvailles avec son propre cœur.)
Commentaires
Pardon de quoi ?
Qu'est-il arrivé ce week-end ?
Quel Klein êtes-vous ?
Rez Lyre le Preux mi et poste ( in “Avis à l’éditeur “ ) signé “idole-o! “ et les suivants ...je m’amusais et vous avez cru que j’étais idle. Je demande pardon de vous l’avoir laissé croire.
Je ne suis aucun Klein, c’est encore un jeu. Il me semble qu’il n’est pas malvenu d’aérer un peu le blog. D’ailleurs, fort courtoisement, Passouline me laisse faire !
Bonne journée !
J'oubliais : le week-end dernier, de nombreuses adresses sont apparues en clair, ce qui a provoqué d'ailleurs de nombreuses protestations.
Bàv , comme disent les suisses.
que certains ne vous découvrent que ce jour m'émeut !
meuhhhhhhhhhhh si !
même si mon moi et son égo il y a peu seulement , vous !
l'essence,ciel étant de se rencontrer de notre vivant virtuel , naît-il pas ?
amitiés 
j'oubliais :
ce " clin d'oeil " là me plait à vous le ravir :
Sissi !
Qu'étudiez-vous ? Moi, ce n'est vraiment pas un endroit où j'ai envie de retourner. Ou alors, ce serait pour donner des cours dont le contenu serait complètement laissé à ma discrétion. Mais même l'ancien doyen de la Faculté des Lettres de Chambéry, un bon spécialiste de la littérature savoyarde, me critique parce qu'il trouve que je ne reste pas assez dans les lignes tracées par mes aînés. Il trouve aussi que je m'intéresse trop à des écrivains qui ont parlé de la Savoie sans être savoyards (du type de Michel Butor). Il est très conservateur. Un peu du genre de Marc Court.
Néanmoins, avec l'ancien doyen de la Faculté des Sciences économiques & sociales de Genève, qui est un historien, je m'entends mieux. Et de toutes façons, je ne suis pas Agrégé, et n'ai pas spécialement envie de l'être.
Bàv- Bien à vous -, à ma connaissance, ne se dit pas mais s’écrit. Une sorte d’équivalent du “sincerely your’s” anglais?
Cactus, certains sur le blog, qui ne manquent parfois ni de connaissance ni de verve d’ailleurs ( Des noms, des noms! Non, je tiens encore à ma peau de déblogueur/euse ???) militent au Parti du Sérieux Puritain, les cacochymes, et nous décrètent philistins aussitôt qu’un peu de poil à gratter leur chatouille le pontifiant entre deux posts! C’est pas graaaaave ...
N’empêche, today, toutes ces larmes sorties congelées du réfrige à frime ! Il était décent, je crois, plutôt de ne rien écrire propre à forcer l'intimité défunte d'une "inconnue ", non?
Bonne soirée à tous les deux.
Je rentre juste de la représentation de la Chute en monologue, un texte fort de Camus mais qui date un peu.
Je suis un Master en arts du spectacle avec option en littérature francophone, au centre d'études théâtrales à Louvain-la-Neuve, ce n'est pas tout à fait académique et c'est joint à la Maison Jean Vilar, c'est un bon endroit pour faire des contacts et rencontrer des metteurs en scènes.
Il y a moyen de passer l'agreg mais cela ne m'intéresse pas fort.
Ici l'ambiance entre brontausores de la littérature est tendue et déprimante mes camarades de cours sont plus amusants.
Bonne soirée aux vôtres.
Louvain, c'est là qu'est le centre d'étude de la littérature française de Belgique, non ? Evidemment, de mon point de vue, c'est ce qui me fascine le plus. Car j'adore certains écrivains belges que les Français dédaignent et n'étudient pas, comme Charles De Coster, Charles Deulin, Jean Ray. Dimanche dernier, j'ai parlé avec un écrivain belge installé en Haute-Savoie, et il me disait que les Français ne comprenaient simplement pas que Magritte utilisait l'humour bruxellois. Les Français sont instinctivement réfractaires au fantastique, à l'imaginaire, au monde que peut tracer l'esprit indépendamment des lois du monde physique. Il a aussi parlé de Delvaux, du coup. Et bien sûr, de Jean Ray. Je lui ai dit que Deulin et De Coster étaient restés dans la bibliothèque de ma grand-mère flamande : pour lui, avec raison, c'était les fondateurs légendaires de l'épopée flamande en langue française. Bref, je vais peut-être bien venir en Belgique, si tous les Belges pensent comme celui-là !
Pour le théâtre, je suis allé voir une pièce d'un écrivain qui est à ola fois de Genève et de Thonon : L'Acte inconnu, de Valère Novarina ; cela m'a beaucoup plu. J'en ferai un article, quelque jour prochain. Pour La Chute, pour moi, ce n'est qu'un succédané édulcoré du Sous-sol, de Dostoïevski. Camus reste une référence, et donc, parler comme je le fais, c'est blasphématoire, mais c'est quand même ce que je pense, comme dirait Galilée.
Clin-d'oeil, les larmes congelées, c'est vrai, c'est pathétique.
Oui vous avez raison, c'est d'ailleurs ce que j'ai pris en option, littérature francophone de Belgique.
Pour Jean Ray le grand spécialiste c'est incontestablement Jean-Baptiste Baronian que je connais assez bien, il a écrit une bio de Baudelaire en folio chez Gallimard, autre chose que le pipi d'oiseau de Jean-Louis Murat sur les fleurs du mal, je m'étonne franchement que PA joue les disquaires et ne parle pas de cet ouvrage, complément indispensable et pas cher du tout, en plus ils sont confrères au Magazine littéraire.
Baronian vient de sortir une histoire de la littérature fantastique , je vous trouve les réf si çà vous dit.
Il y a chaque année un festival Total Polar qui se déroule à la Maison du livre à Bruxelles, cette année c'était Pascale Fonteneau et Baronian qui animaient, vous devriez contacter Gytla et lui proposer de participer en tant qu'auteur de SF.
Pour les carnets du sous-sol, je l'ai chiné réçemment, mais pas encore lu, merci du tuyau.
Voilu,
http://www.arllfb.be/composition/membres/baronian.html
Gytla Schyfler c'est la grande responsable en chef qui coordonne tout, elle invite des petits éditeurs, des auteurs, et décide des ateliers et des stages de l'année.
Je n'ai malheureusement écrit aucun ouvrage consacré entièrement à la science-fiction ou au fantastique, mais seulement des articles dans des revues, et des poèmes dans des recueils. Pas de roman ni de nouvelle ! Cela fait un peu maigre. En tant qu'éditeur, c'est du reste pareil. Je reste à la périphérie. Les écrivains et éditeurs de science-fiction que je connais m'ont en général exclu de leurs équipes, parce que je ne respectais pas assez les présupposés théoriques de la science actuelle. Mais qui sait ? J'écrirai peut-être une nouvelle fantastique, sous peu, et peut-être que je trouverai un éditeur. Au vu des idées implicitement contenues dans les débuts de récits que j'ai faits, j'en doute un peu, néanmoins.
Mon plus beau titre de gloire, dans le monde de la science-fiction, est ma participation à un ouvrage collectif consacré à Lovecraft paru aux éditions Naturellement en 1999. C'est quand même maigre.
Oui, indéniablement. La constance face à son exécution de saint Maurice rappelle l'abnégation des Templiers dans la guerre.
Saint Clément, pourfendeur de dragons ! Le serpent de la Seille ! De quoi faire un poème. J'ai publié récemment, dans un journal savoyard, un poème sur le Bienheureux Ponce de Faucigny, ami des anges. Sainte Geneviève a aussi vaincu les esprits maléfiques de la Seine, les gargouilles. L'étole a un pouvoir magique (ou avait) : saint Bernard de Menthon a enchaîné par elle, sur le Grand Saint-Bernard, des démons d'un temple païen, qu'on représente aussi avec des attributs de serpents, souvent.
La Lorraine avait sûrement un saint patron, aussi. Est-ce que tu sais qui ?
Sinon, j'ai publié deux poèmes et des articles dans la revue Phénix : est-ce que tu la connais ? Je devrais dire à Chantal qu'elle était belge (la revue). Un article dans la revue de Toulon (défunte) Planète à vendre ! Et plusieurs dans Sf-Mag. Mais les éditeurs et les écrivains sont toujours d'un tel dogmatisme ! Ils aiment bien regarder aux implicationsn idéologiques de ce qu'ils publient. Je trouve que c'est plutôt absurde.
la fac !!!!!!!!!
plus une excuse là car plus de cours bientôt :
profitez-en pour venir osculter ce blog magique même si monsieur Ramiel va très bien
!
Bravo Ramiel pour votre billet toujours aussi érudit. Il est un peu long à lire mais j'y suis arrivée. Je ne sais pas si j'ai tout compris ce que voulez dire mais cela fait du bien de lire des textes bien écrits. Merci.
Il était trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs,
cela vient de la Lorraine ? Les contraintes, je n'aime pas beaucoup cela, si elles sont autre que purement techniques (notamment, la longueur, car je la varie quasiment à volonté, même si j'aime en vérité faire assez long). Phénix était tellement littéraire (elle accueillait même des professeurs d'Université) qu'après avoir essayé d simplifier l'information, elle a dû arrêter de publier. Les Belges ont eu la bonne idée de parler de la science-fiction avec sérieux et compétence, mais les Français ne risquaient pas de les soutenir, sur ce point. Ils préfèrent finalement qu'un genre qu'ils n'aiment pas soit abordé d'une façon purement ludique. Ils ne veulent pas qu'on puisse prendre au sérieux les imaginations que crée l'âme. Ils ont une forme d'obsession du réalisme, finalement depuis les débuts de l'Académie. Même Corneille a dû continuellement se défendre : il aimait la fable, la mythologie, le fabuleux (y compris chrétien), l'invraisemblable, même, et l'Académie le lui reprochait. (Pour le vérifier, lire son discours sur la poésie dramatique, son poème sur la fable, et son commentaire sur Polyeucte.) Hugo, quand il a fait paraoitre de la poésie ésotérique, a été traité de tous les noms. Gaudon a bien remarqué que La Fin de Satan était sortie de façon posthume à cause de cela, et non parce que le poème était inachevé, comme on l'avait cru. Bref. C'est une forme de dogmatisme. Seules les idées approuvées par l'autorité ont droit de cité. L'imagination individuelle est toujours blâmée.
Cher Ramiel,
Je ne suis ni idle, ni Phil! ! je viens de découvrir que vous êtes en termes cordiaux avec Le premier et, du coup, je ne veux pas vous tromper plus longtemps. Et vous êtes un personnage molto simpàtico du blog!
Sans rancune?
PS : Comment signer? J’aime changer de pseudo en fonction de chaque intervention.
PS:Je ne donne plus mon adresse réelle. Avez-vous remarqué ce qui est arrivé ce week-end ? Pardon encore.