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Mercredi 07 Novembre 2007

J'ai évoqué, il y a déjà quelque temps, l'image forte que constituait un bateau illuminé par son propre éclairage, perdu au milieu de l'océan de ténèbres que représente l'eau de la mer, la nuit, sous les innombrables étoiles de la voûte céleste. J'ai dit que cette image était très présente dans la culture américaine parce que les Anglais, en s'installant sur le continent américain, s'étaient peu mélangés aux autres nations. Mais on peut se demander pourquoi il en est ainsi. Car il est clair que c'est aussi parce que l'image dite du splendide isolement était déjà présente dans l'âme des Anglais, qu'ils ne se sont pas mélangés au reste de l'humanité sur le nouveau continent.

Et de fait, que l'Angleterre soit d'abord une île, au sein de laquelle il a été possible d'édifier un système social relativement juste et stable, protégé du continent européen, et en particulier de la France, montre de quelle façon a pu s'élaborer l'état d'esprit propre à ce pays.

Regardons mieux. Scrutons les symboles comparés de l'Angleterre et de la France, placés sous la lumière de l'histoire. On sait qu'en Angleterre, le saint patron majeur est Georges, le tueur de Dragon : j'y ai fait allusion. Le monstre peut symboliser l'ensemble des forces hostiles qui menacent, ou menacèrent, la Civilisation en Angleterre. C'est en repoussant les troupes normandes et donc françaises que la nation anglaise s'est bâtie. Les ennemis venus de la mer, mais aussi des grandes étendues terrestres, des plaines majestueuses de la France, représentent, traditionnellement, la lame qui coupe l'essor national anglais.

La France est différente : elle pense pouvoir tout absorber, et assimiler les forces venues de l'extérieur, les réorienter à son profit, et bâtir de cette manière un empire. Ainsi, son symbole mystique fut longtemps la sainte Vierge : elle accueille en son sein grandiose et lumineux toutes les actions humaines, et les fait rayonner à partir d'elle-même, ou de sa volonté - que représente l'Enfant divin, et qui par conséquent est sacrée. Cela veut dire qu'aux yeux des Français, la nation s'assimile particulièrement à Dieu. Avant la monarchie de droit divin - l'Absolutisme -, la France, en tant qu'Etat, n'était qu'en gestation. Et alors, le saint patron était moins élevé, dans l'ordre angélique, plus ordinaire : c'était principalement saint Martin ; sainte Geneviève était patronne de Paris. Cependant, la légende de saint Martin rappelle l'idée de partage, si chère à la France : le partage est le moyen de la communion. C'est donc un trait qui est propre à cette nation, et qui précède jusqu'à son désir d'apparaître comme la reine des peuples - comme la Vierge passe pour être celle des anges.

Notons, aussi, que saint Martin, soldat romain, fut, comme saint Georges, un patron des guerriers en général : toute nation héritière de l'Empire romain, dans ses conceptions fondamentales, peut-elle se concevoir autrement que conquérante, et militaire ? C'est le propre de l'Occident. La différence, entre l'Angleterre et la France, est dans le mode de conquête, la manière dont on la conçoit - ou la justifie.

Cela dit, ce sont deux grandes nations.

(Et pour renforcer la démonstration concernant l'aspect militaire des peuples d'Occident, j'aimerais rappeler que le saint patron du royaume de Bourgogne, dont est issue la Savoie, fut aussi un patron spirituel de soldats, de guerriers : c'est Maurice, le centurion de la Légion thébaine d'Egypte, immolé à Agaune sous l'empereur Dioclétien, selon la légende ; la Maison de Savoie, qui assuma la royauté de l'Italie moderne, l'eut personnellement pour guide aux cieux, si je puis dire : comme bonne étoile, au sein de la nuit ! C'était son ange. - Et la Suisse, qui a adopté, pour drapeau, sa croix, à la suite de la Savoie elle-même, en a fait ainsi son propre patron implicite, également !

Or, saint Maurice est connu pour être représenté en beau guerrier d'or, mais il n'a jamais combattu : son combat fut intérieur ; il a vaincu son propre attachement à la Vie terrestre, lui préférant la Justice - et la Vie céleste. Ce fut également un beau symbole, d'abnégation, de sens du sacrifice - et d'intériorisation de la guerre : le combat se fait en soi ; il s'agit de se relier par sa propre âme aux cieux, et non par des conquêtes tout extérieures. Sur le plan physique, saint Maurice est un homme de paix. Cela renvoie à la mystique de François de Sales, qui prônait non la polémique contre les adeptes de Calvin, mais les retrouvailles avec son propre cœur.)

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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