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Samedi 10 Novembre 2007

On sait que j'écris de la poésie en vers qui riment. Or, les poètes contemporains rejettent presque tous la rime, ou le vers trop sonore. Nombre d'entre eux me plaisent beaucoup, pourtant : ce n'est pas le problème. Mais en réalité, j'aime aussi beaucoup les poètes anciens, d'une part, et la chanson populaire (qui rime), d'autre part. (J'aime chanter des chansons à la mode à haute voix.) 

Je fais donc un choix propre à mon histoire. Je ne cherche pas à être approuvé des censeurs de la mode littéraire : je fais ce qui me fait plaisir, et si ce plaisir est partagé par d'autres, j'en suis heureux. Je ne crois pas important de recevoir des honneurs : pour moi, ce n'est qu'un moyen d'être lu ; or, de mon point de vue, la vraie gloire est de donner du plaisir à ceux dont on est lu.

Si j'ai eu envie d'écrire des vers, c'est après avoir lu des poètes qui en faisaient d'audibles : Hugo, Leconte de Lisle, Lamartine et Baudelaire, notamment, mais aussi, en anglais : Tolkien, Lovecraft et Howard - trois écrivains qui, quoique récents, furent, sur le plan formel, plutôt conservateurs, cherchant eux aussi davantage le plaisir de la lecture et de l'écriture que la reconnaissance officielle des gens intelligents.

De fait, le mythe tel qu'il pouvait être ou non présent, ou non vivace au sein de leur poésie, les intéressait davantage que les prétendues révolutions formelles qui peuvent aussi bien tout disloquer sans rien apporter. Sans doute, le conservatisme formel tend à aller de pair avec la présence de mythes figés, morts, glacés, comme chez les Parnassiens ; mais je crois possible, si les règles sont suivies non pour elles-mêmes, mais pour la façon dont elles créent un rythme, de redonner souffle à ces mythes, de leur rendre leur esprit vivant et immortel, pour ainsi dire. Evidemment, cela demande à ce que les règles classiques imposées par le despotisme de l'orthographe, et n'ayant en réalité aucune valeur poétique en soi, soient abandonnées et même rejetées : elles ont été l'une des causes qui ont favorisé l'abandon et le rejet du vers ; il est normal qu'elles au moins soient abandonnées et rejetées, même par l'amateur de mesures rythmiques audibles !

Cela dit, chacun a son histoire propre. Et celui qui, après avoir lu essentiellement des poètes contemporains (que je n'ai fait, personnellement, que lire parmi les autres, et sans leur accorder plus d'importance, sous prétexte qu'ils étaient contemporains) veut cultiver un beau style en prose, en vers blancs, en prose rythmée, en vers libres, fait ce qu'il veut, à mes yeux. Mais fonder ontologiquement l'interdiction du vers, en prétendant que cela est issu d'une évolution nécessaire et inéluctable, ressortit pour moi à la même tyrannie que celle qui, par exemple, interdisait les hiatus - comme s'il était réellement impossible, à un récitant normalement constitué, de prononcer deux voyelles de suite !

D'ailleurs, ce caractère inéluctable et nécessaire est démenti par les faits, car la chanson populaire redouble d'efforts pour réhabiliter la rime, au travers du rap et du slam, ce qui montre bien que cela correspond dans le public à un besoin qui persiste. Les enfants sont pareils : spontanément, ils aiment la rime, et ne comprennent pas l'intérêt d'une poésie qui ne rime pas ; cela ne leur donne pas de plaisir. Je l'ai expérimenté.

S'en prendre à la rime, à ce qui résonne physiquement à l'ouïe, est en réalité une façon de se rassurer artificiellement sur la pureté de son expérience mystique restituée : le mot, en tant que signe émané du pur intellect, paraît tellement plus spirituel que le son qui le porte ! Mais la vérité est différente : c'est que le son lui-même peut être intériorisé. Et le jour où on aura assez intériorisé la langue même dans ses aspects les plus matériels, et où on sera parvenu à identifier clairement l'écho psychique du son, on s'apercevra que se défier des vers qui s'entendent clairement, comme on l'a fait durant un XXe siècle qui se voulait spiritualisé, mais qui s'est surtout intellectualisé - ce jour-là, dis-je, on recommencera à faire des vers qui s'entendent, quoique, peut-être, plus beaux encore que ceux des classiques, plus inventifs, plus harmonieux, plus réussis : car on ne les fera plus pour suivre mécaniquement la tradition, mais parce qu'on en aura consciemment saisi la nécessité profonde.

En ce sens, l'expérience du vers libre, ou blanc, à laquelle s'est adonné le XXe siècle, ne saurait être regardée comme autre chose que profondément utile à l'Evolution : elle a permis de perfectionner un aspect de la langue qui était resté mal dégrossi, jusque-là. Cependant, aucune évolution n'est linéaire. L'intellectualisme même n'est pas en soi l'Evolution appliquée à l'Esprit. Ce n'est qu'une évolution de l'esprit parmi d'autres. Et le sentiment de la matière doit lui aussi être spiritualisé : non rejeté, et laissé péremptoirement en arrière. L'intellect ne doit pas supprimer l'émotion, mais l'éclairer - l'irriguer de lumière.

Or, la suppression du vers qui s'entend est ressentie à juste titre comme la suppression d'une partie de l'émotion qu'on pouvait ressentir avec l'ancienne poésie. Pour autant, s'est-on libéré des vieilles contraintes du classicisme, comme on le prétend ? Non, puisqu'au contraire, le despotisme de l'orthographe qui avait instinctivement fait regarder certaines règles comme superfétatoires, est resté. Le culte de l'alphabet n'a pas disparu : il a a retrouvé une nouvelle vigueur. Le vers n'est plus matériel : il est devenu, très souvent, typographique. L'anathème jeté contre le vers vient donc, comme c'est souvent le cas, d'une forme de néoclassicisme plus dur encore que l'ancien. C'est masqué ; mais c'est un peu comme la laïcité, qui est fréquemment devenue une véritable doctrine obligatoire, avec la même puissance et les mêmes soutiens institutionnels qu'autrefois le catholicisme. Les règles de la poésie contemporaine sont pareillement assumées par des professeurs d'Université : il faut l'admettre.

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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Commentaires

Bonjour Ramiel,

Merci pour ce joli texte.
Commentaire n° 1 posté par: idle le 11/11/2007 - 18:39:20
Bonjour Ramiel ! Vous lire me manque, mais surtout trouver à redire sur vos propos ...nah, je blague ...un peu ;-) . Dans 4 jours, j'aurai migré. J'embrasserai la mer du regard pour vous. Vous referai signe dès que ce me sera possible. Ciao, portez-vous bien !
Commentaire n° 2 posté par: marie danielle le 12/11/2007 - 01:16:46

Merci, Idle, d'être passée !


Et à vous aussi, Marie Danielle, merci ! J'ai préparé le paquet que j'ai promis de vous envoyer : j'attends le 15 pour le poster. A bientôt.


(Mais qu'on conteste, c'est bien, mais à mon avis, cela doit se faire en s'appuyant sur le réel, et non sur les idées des gens intelligents, à titre. Ceux-là, au fond, je ne les aime pas spécialement.)

Commentaire n° 3 posté par: Ramiel(site web) le 12/11/2007 - 07:17:04
Dites, Ramiel, comment se fait-il que vous ne nous ayez jamais entretenu de Christian Bobin encore ??

Cela dit sur un ton de taquinerie appuyé. Mais, si - et seulement si - j'étais nombriliste et avais a big ego, je croirais que maintes personnalités, certaines plus connues que d'autres, se sont récemment décarcassent afin de me faire des coucous ou me donner une petite tape amicale dans le dos. But I do know the planet Earth doesn't evolve around me, be assured. And reassured if needed. Autrement, le hasArt fait bien les choses : Bobin ayant évoqué Sei Shonagon il y a 3 semaines dans l'une de ses vignettes poétiques sur RSR ; toute cette semaine, Raphaël Enthoven ayant traité de la solitude, citant Rilke, Rosset, etc.

Toutefois, vous voyez, vous-même, Ramiel, nous êtes relativement connu, mais surtout, on peut s'appuyer sur votre réalité dans notre existence, et cela vaut plus que les idées des gens intelligents et/ou à titre ( :-) ). Mieux encore, nos aimons votre façon de déclarer vos sentiments, par le biais, nous laissant savoir que vous nous aimez spécialement...

(j'espère que vous goûterez au moins un petit brin le caractère espiègle de ce commentaire, sinon vous m'en verriez désolée. - Àmoi, cela fait du bien de constater ce soir qu'il n'était pas à tout jamais disparu... - Sur ce, je devrais être mûre pour aller rêver agréablement.)

((Enfin, géographiquement, je serai bientôt [tellement] plus proche de vos Alpes que je ne le suis actuellement, et pourtant la crainte de le sentir tout autrement me taraude un peu, et de savoir que je recevrai cet envoi de vous apaise un peu mon inquiétude et me fait me dire que je n'y serai pas coupée de tout/tous. Étrangement, j'anticipe par ailleurs que je pourrais, là-bas, me sentir plus proche de la vie que dans la métropole... À après le 15, cette fois !))
Commentaire n° 4 posté par: marie danielle le 12/11/2007 - 08:25:02

Je ne sais pas qui est Christian Bobin. Ni même Raphaël Enthoven. Ni RSR. Vous parlez par énigmes. Mais sur moi-même, il ne faut pas s'appuyer. Si on cite quelqu'un, c'est parce qu'on trouve qu'il a bien formulé ce qu'on pense. Ensuite, je pourrais me tromper, comme n'importe qui. Attendez quelques siècles, avant de faire de moi une autorité. Et même. Le plus important, chez un écrivain, c'est la façon dont il a formulé une idée. Les écrivains pensent ce qu'ils veulent. Cela ne prouve rien. Tout doit reposer sur l'esprit de celui qui s'exprime. Transmettre des idées telles quelles en leur donnant une autorité particulière, vous savez, c'est le début de la création d'un monde artificiel et en soi non vivant, d'une bulle intellectuelle qui finit par engloutir le vivant. L'Occident est malade de ce tissu fantasmagorique qui pèse sur lui, et la France l'est particulièrement. Il faut regarder le réel. Les idées toutes faites, même intelligemment conçues, c'est comme l'engrais chimique dans les champs : en apparence, cela fait grossir l'intellect, mais dans la réalité, cela épuise le sol de vie sur lequel l'intellect est posé. Les grands philosophes eux-mêmes doivent être lus dans leur cheminement de pensée : leurs conclusions délivrées dans des manuels, en fait, ne valent quasiment rien. On s'aperçoit, souvent, qu'on pourrait dire le contraire de ce qu'ils ont dit, que cela serait tout aussi juste. Du coup, on pense que les grands philosophes ne valaient rien. Mais c'est qu'on n'a pas compris où était leur vraie valeur.

Commentaire n° 5 posté par: Ramiel(site web) le 12/11/2007 - 09:09:56
(Je me suis renseigné : désolé de ne pas connaître des écrivains aussi en vue. Mais par réel, quand j'en parle, n'entendez pas le réel tel que le définissent les savants, ou les philosophes matérialistes, mais l'expérience individuelle qu'on peut faire, tant de la matière que de l'âme et de l'esprit. Cela dit, les écrivains en vue n'ont pas d'autorité sur moi, tant que je ne les ai pas lus, et que je ne les ai pas aimés. Je ne m'intéresse ni à leur argent, ni à leurs amours, ni à leurs titres.)
Commentaire n° 6 posté par: Ramiel(site web) le 12/11/2007 - 10:25:03
Gare, Ramiel, votre ramage en accord avec votre plum(age) semble vous exposer à quelques flatteries ! :-)

Et qui résisterait à des compliments admiratifs et qui plus est, sincères !...
Commentaire n° 7 posté par: Thaïs le 12/11/2007 - 21:07:24
Je ne suis pas versificateur, écrire de la poésie me demande un effort constant pour éviter de produire quelque chose de pauvre et fade, mais je sais qu'écrire est un processus qui est en grande partie sonore, devrais-je dire "musical" : je ne conçois pas la phrase autrement que comme une mesure où les mots s'inscrivent en formant une harmonie heureuse. Je le disais à Satine, une poétesse que j'ai découverte sur le net : si j'aime autant (comme Scutenaire apparemment, et ce brave Pierre Stolze) les adjectifs, c'est aussi parce qu'ils sont les briques essentielles qui remplissent les vides de chaque phrase.

Tu évoquais Lovecraft et son goût pour une certaine forme de préciosité qui transparaît terriblement dans sa prose, mais ce que beaucoup nomment lourdeur, j'appelle cela richesse. Je n'ai jamais été autant fasciné en littérature que par la copie d'une page manuscrite de Flaubert pour Salammbo, avec ces phrases interminables, ses propositions imbriquées et cette recherche constante du mot juste ; c'était surchargé de ratures, d'annotations et je m'étais dit alors : "Voilà ce qu'est la Littérature !"

Je n'en ai jamais douté depuis, quand bien même les nouveaux genres et styles littéraires aient fait leur chemin.
Commentaire n° 8 posté par: Vance(site web) le 12/11/2007 - 21:45:00
Bon jour Ramiel,

La poésie ou encore Po(peau) et ZZZZZZZZZZÏ...disait le vers de terre, pendant que le vers luisant s'ègarait encore et encore.
cigné : pipiKKPOPO.
Commentaire n° 9 posté par: idle le 13/11/2007 - 07:05:58

Oui, Vance, la prose de Flaubert et de Lovecraft est épique, en réalité, et donc, profondément rythmée. Le mot juste même n'est pas forcément celui qu'on met pour le sens, mais celui qu'on met pour ce qu'il dégage comme impression, comme coloris, sonorité. J'ai fait une étude sur la prose de Lovecraft, dans mon mémoire de Maîtrise, et j'ai montré qu'elle était rythmée, et qu'elle suivait somme toute les principes des vers de Shakespeare, jusqu'à un certain point : elle créait un rythme par l'alternance constante des syllabes toniques et des syllabes toniques, pour faire naître au sein de la langue une respiration profonde. Mais des critiques comme Edmund Wilson, qui s'attendait davantage à la modernité et à la précision purement scientifique de la langue, ont détesté Lovecraft. Pour moi, quoi qu'il en soit, la langue peut avoir une précision "poétique" ; mais cela n'a rien à voir avec la précision "scientifique", ou "technique".


Sinon, pour les compliments, cela fait plaisir, mais cela fait des jaloux, aussi. Et puis des insultes et des reproches, j'en reçois bien, sinon. C'est bien : cela rend modeste.

Commentaire n° 10 posté par: Ramiel(site web) le 13/11/2007 - 07:41:33
Erratum : "syllabes toniques et des syllabes toniques" ; lire : syllabes atones et des syllabes toniques.
Commentaire n° 11 posté par: Ramiel(site web) le 13/11/2007 - 07:43:31

moi aussi, j'écris des vers ;o)


parce que ça m'amuse.



il y a Réda, aussi,


et Boris Vian, que je cite :



Si j'étais pohéteû
Je serais ivrogneû
J'aurais un nez rougeû
Une grande boîteû
Où j'empilerais
Plus de cent sonnais
Où j'empilerais
Mon noeuvreû complait.

 




Tout a été dit cent fois
Et beaucoup mieux que par moi
Aussi quand j'écris des vers
C'est que ça m'amuse
C'est que ça m'amuse
C'est que ça m'amuse et je vous chie au nez.

 


Commentaire n° 12 posté par: mouette rieuse le 14/11/2007 - 16:45:15

Oui, Boris Vian avait beaucoup d'humour. Il a d'ailleurs écrits des vers à la fois hilarants et fantastiques. Néanmoins, je ne pense pas que les prophètes étaient spécialement plus des ivrognes que les autres. En fait, je pense même que chez eux, la proportion était plus petite. Parmi les grands poètes français, les plus ivrognes ne passent pas pour être les plus prophètes. Un des plus ivrognes, de fait, c'est Musset. Sinon, il y a eu Poe, ailleurs. Et Lowry, bien sûr. Je ne parle même pas de Bukowski.


Jacques Réda est effectivement le seul poète actuellement respecté qui utilise la rime. Il y avait aussi Guy Chambellant, un bon poète. Mais la rime n'est pas une fin en soi, bien sûr. Elle doit donner, à mes yeux, au langage une caractéristique musicale, lyrique. Pour moi, ce n'est pas un jeu avec les mots, mais une manière de rendre au langage son souffle, sa respiration. Cela donne forcément une forme de pompe, aux mots. Ceux qui parlent spontanément en vers, ce sont ceux qui au sein de la nature sont mêlés aux rythmes qui existent. Or, ils n'existent que dans les astres. On peut donc dire que ne parlent normalement en vers que ceux qui vivent dans les astres : les extraterrestres, ou les âmes défuntes, les anges, je ne sais pas. On faisait parler en vers les héros : en quelque sorte, ils descendaient du Ciel livrer leur expérience ! Leurs souvenirs de la vie terrestre.


Bref, j'aime la mythologie, et pour moi, le vers qui s'entend permet bien de matérialiser une image de type fantasmatique, ou mythologique. Or, je crois que l'art, c'est cela : fixer quelque chose qui sinon reste fugitif, parce que trop peu en rapport avec les perceptions matérielles de l'être humain.

Commentaire n° 13 posté par: Ramiel(site web) le 14/11/2007 - 17:00:24
J'ai eu l'impression de voir véritablement comment naît une mythologie cet automne en visitant deux expositions , l'une au Musée d'Art Américain de Giverny, qui a exposé des clichés magnifiques de photographes qui ont accompagné l'exploration de l'Ouest américain au XIX° siècle, et l'autre au Musée des Beaux Arts de Rouen, où les mêmes grands espaces sont représentés dans leur aspect grandiose et sublime par les peintres d'alors, soient déserts, soient habités par des scènes épiques;il y a aussi une galerie de portraits de chefs indiens commandés par Louis Philippe à un peintre américain, tout à fait saisissants. Cela se poursuit par la création publicitaire et cinématographique.

Cette remontée aux sources de tout un imaginaire est saisissante, particulièrement poétique
Commentaire n° 14 posté par: Thaïs le 14/11/2007 - 18:03:42

le rythme et les vers, oui, les poètes versificateurs sont souvent de grands marcheurs,  Wordworth, Hugo, Lamartine , les péripatéticiens du verbe


il y a un lien direct entre le rythme de la marche et le rythme de la poésie versifiée


de même que les grands marcheurs déclament des poésies pour mieux marcher


en revanche, pas besoin de venir des étoiles pour être au plus prêt des rythmes de la nature


quatre saisons, lla lune et les marées, la nuit le jour, la pluie le beau temps, le froid le chaud, le yin et le yang, le mâle et le femelle, la dualité du monde suffit déjà à nous combler


objets inanimés avez vous donc une âme qui s'attache à notre âme et nous force d'aimer

Commentaire n° 15 posté par: mouette rieuse le 14/11/2007 - 18:11:31

Les cycles naturels sont les effets des mouvements des astres : je ne vois pas comment on peut dire que les astres sont inutiles lorsqu'on regarde les saisons, le jour et la nuit, les marées, puisque tout cela est l'effet des mouvements de la Terre seule, de la Terre relativement au Soleil, de la Lune. C'est un peu absurde, non, Mouette Rieuse ? Si les astres ne bougeaient pas en rythme, il n'y aurait pas de vie.


Mais je ne voulais pas dire que la poésie avait forcément pour sujet les rythmes naturels. La poésie peut prendre tous les sujets. J'ai voulu dire que le rythme de la poésie imitait celui des astres, bien qu'il fût dû aussi à celui de la respiration. Cependant, mon opinion est que les rythmes qui existent chez les êtres vivants sont aussi une forme de particularisation des rythmes généraux, de particularisation qui au départ était une simple réponse mécanique. Bref, comme le dit Valère Novarina, le langage imite la nature y compris dans ses rythmes, et plus on regarde globalement les choses, plus on s'aperçoit de la régularité de ces rythmes, régularité brouillée par l'écart qui existe entre la vie humaine et les rythmes naturels. La poésie, avec sa mesure audible, remet donc le langage en phase avec les rythmes naturels, mais formellement, et non dans son contenu de sens. Dans la mesure où l'histoire humaine est regardée depuis une telle hauteur, les choses se présentent différemment que si elles sont regardées simplement à partir d'éléments purements matériels, de détails statiques, ou qui suivent un rythme apparemment irrégulier, parce qu'ils sont regardés dans des phases restreintes, des segments limités de leur existence.


Le rythme de la marche ordonne surtout les pensées. Une bonne pensée est pour moi une pensée rythmée. Une pensée détachée des rythmes corporels à mes yeux ne vaut quasiment rien : ce sont comme des échafaudages de matière morte. Cela peut être utile d'un point de vue technique, ou scientifique, mais cela n'a aucune valeur poétique.


Thaïs, vous avez raison : la peinture, les récits ont créé une mythologie de l'Ouest. Mythologie intimement liée, comme son nom l'indique, à un axe cardinal qui n'a de valeur que par rapport au mouvement apparent du Soleil dans le Ciel : cela reste dans l'implicite, mais si cela n'existait pas, cela n'aurait plus de sens. Une conquête dans une direction qui n'est aucun des quatre axes cardinaux est un simple mouvement mécanique : le mythe ne pourra pas être dans ce mouvement même. Le mythe étant lié au temps, il est forcément lié aux astres, qui ordonnent le temps. La poésie recrée dans le langage ce temps.

Commentaire n° 16 posté par: Ramiel le 15/11/2007 - 10:45:02
Erratum : dans une direction qui n'est celle d'aucun des quatre axes, etc.
Commentaire n° 17 posté par: Ramiel(site web) le 15/11/2007 - 15:09:09
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