L'été dernier, je suis allé dîner en haute montagne, dans un chalet inaccessible en hiver : au menu, de délicieux beignets de pomme de terre, une sublime omelette aux chanterelles, et, sur des fraises, une onctueuse crème chantilly, faite avec le lait des environs. Ces derniers étaient sauvages : mais le plateau était ondulé, parsemé de collines et de remparts rocheux. Les montagnes, au loin, élançaient au soleil du soir leurs sommets enneigés, et un collier de nuages séparait leur tête atrophiée - ou brisée - de leurs corps noirs, qui s'étendaient jusque dans les vallées : sur les pentes d'en bas, les hommes habitaient, semblables à des parasites. Les géants ont fourni un sol. L'énergie qui les mut, et que les hommes ont partiellement saisie, se manifesta bientôt, sous la forme de lueurs électriques en grappes. Une fois la nuit tombée, le ciel se piqueta d'étoiles, qui me parurent toutes proches. Je crus que j'allais les toucher, et m'emparer d'ors inouïs ! Mais le feu du ciel devait rester hors de ma portée cette fois encore... Cependant, durant le repas, on me raconta l'histoire d'un couple qui avait dû vendre sa maison, dans la Vallée verte, parce que le mari avait contracté beaucoup de petits emprunts. Or, ils étaient tous fondés sur ce qu'on pourrait nommer le culte de l'image qui s'anime et qui luit de l'intérieur - mais qui a été créée artificiellement par l'homme. De fait, il avait acheté plusieurs postes de télévision, afin que chaque pièce de sa demeure en fût pourvue. Surplombant le tapis de jeu de son nourrisson, un grand écran avait été installé, afin que l'enfant voie en permanence le monde merveilleux de fées peintes puis animées par l'énergie électrique que proposent des artistes idolâtres. Ces machines étaient la fenêtre d'un monde plus beau ! Mais elles avaient fini par coûter très cher, et l'huissier était venu, et avait tout saisi. Ensuite, la femme, au sein du couple, dut demander des paniers de nourriture à son père, tant son dénuement était grand. Ses enfants eux-mêmes n'avaient plus rien à manger. Et finalement, la maison dut être vendue. Ce culte de l'image, alors que tant de splendeurs naturelles ornaient la vue, depuis cette Vallée verte du canton de Boëge, laisse songeur. Même à Paris, c'est absurde, car les trésors d'architecture, ou les statues, la peinture des musées, présents dans cette noble cité, sont de suffisantes portes vers le monde divin, et assurément, ces œuvres d'art innombrables sont le digne équivalent, pour l'âme, des sublimités qu'a créées la nature au sein des Alpes ! Elles ne la nourrissent pas moins. Et les cœurs rayonnants se sont vus soit dans les sites naturels d'une beauté divine, soit chez les gens cultivés qui s'alimentaient d'art et d'une vie mystique élevée. Cependant, les images animées par l'électricité ont l'air de créer un monde nouveau, et cela m'a rappelé le génial Videodrome, de David Cronenberg. L'image y représente la nouvelle chair : les gens qui passent à la télévision pensent qu'ils ont ressuscité sous une forme sublimée - celle des corps glorieux de la Bible. Evidemment, c'est un leurre : l'image fabriquée artificiellement n'a aucune vie qui lui soit propre. Les êtres humains qu'on a fait mourir ne sont plus que des images mécaniques, des robots de chair dont on remodèle à volonté les membres, selon des principes fonctionnels, mais qui ont perdu, au sens littéral, leur âme. C'est assez éblouissant.
Commentaires
qu'est-ce qu'on est bien ici loin de toute frénésie intellichiante ou tout le monde se bouscule pour s'écouter écrire des commentaires !
un exemple type :
chez M . Assouline : toute cette fine équipe de "j'écris tous les jours même si je n'ai rien à dire" ! mais c'est bien là notre monde anecdotique nouveau ; je me demande même parfois s'ils lisent ls "billet" écrit par le maître des lieux !
même plus un Monde Ubuesque , finis les Vian , Queneau et autres génis à nous faire bouillir !
continuez longtemps et restez comme vous êtes :
un homme vrai , libre poète !
( en plus j'ai lu le pognon qu'il ou qu'on se fait avec la pub en blog - intelligente , au fait - à doite : c'est plus que " bien rémunéré " ( j'ai les sommes possibles quotidiennes en fonction des passages - c'est pharaomineux -)et tant mieux pour ceux qui " touchent " puisqu'ils nous touchent souvent : mérité fait faut que ça se sache )
Sissi !
"mérité Mait faut que ça se sache"
:-(
Cactus ;o)
je ne peux pas laisser dire du grand n'importe quoi sur l'univers de la bédé, tout de même. Passou n'a pas une grande culture bédesque, et cela s'en ressent.
pour les chamailleries de cour d'école, ne t'affole pas, c'est un peu le défouloir ... même s'il y a des vrais méchants dans le lot, mais ils sont plutôt rares
sinon, question de pub qui rapporte, plus il y a des commentaires, plus de visiteurs, plus de sous
alors vive les blogs libres ;o)
roooooooo ma Mouette chouette ici ! une vraie poétesse en plus !
Sissi !
( ok je note )
Demain est un autre jour, et après demain aussi,
P.S. : (Disait : "Moonsieur de la Pas-Lisse ou en corps Mon-Third de la Peau-Lisse.)
Peau lisse de la dame pansée ?
Votre article est vrai et j'en suis solidaire !
Lia
Merci.
Non, je n'ai pas vu ce film. Je n'en ai même jamais entendu parler.
attention à ne jamais être trop lisse !
j'insiste !!
Sissi !!!
Trop peau lisse ?
Mais il faut être comme le roseau, et non comme le chêne. Braver le vent en se pensant divin et en se croyant majestueux, cela n'a pas de sens. Ce qui manque à beaucoup de Français, c'est l'humilité.
je vous rejoins là encore ! ( sinon je suis toujours non fumeur :-)
Ce billet me fait penser dans le même genre d'idées aux gens qui partent en voyage, voient des paysages sublimes, rencontrent des gens. Mais ils regardent avec le filtre de l'appareil photo et de la caméra (surtout maintenant avec le numérique). Ils regardent sans vraiment voir. Quand ils reviendront, les gens sont contents, ils ont des souvenirs grâce aux images mais c'est souvent tout. On ne se laisse pas assez aller aux vraies émotiens sensorielles. Sinon je n'ai jamais vu Videodrome, mais je le verrai un jour.