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Samedi 22 Décembre 2007

L'autre soir, passait, tard, à la télévision, un film de Brian de Palma avec Al Pacino dont j'avais entendu parler, et que je n'avais jamais vu, L'Impasse : je suis resté éveillé pour le regarder, et comme j'avais une sorte de bronchite, que je m'étais tordu le pied en jouant au ballon, et que je dors en réalité assez peu, en général, j'ai regardé le début pour voir, comme on dit, et la fin parce que le début était formidable : c'était un film de gangsters de la veine de ceux de Scorsese, Leone, Coppola, ou digne de Scarface, autre immense film de De Palma.

Celui-ci était plus romantique, tout aussi tragique en apparence, mais plus optimiste en réalité, moins cruel, moins violent. J'ai déjà dit que je n'aimais les films policier que si le mystère sur lequel l'intrigue était fondée débouchait sur une vraie énigme humaine, ou, directement, sur des réalités cachées à la conscience ordinaire. Certes, le film de gangsters fonctionne davantage comme une épopée : le mystère était de savoir si le héros s'en sortirait, comme il essayait de le faire, en se remettant dans le droit chemin. Cela ne se finit pas comme L'Aiguille creuse : ce n'est pas la belle du brigand qui veut se ranger qui est tuée, mais le brigand lui-même - bien sûr.

Cela dit, ce brigand est déjà un héros, une légende vivante, un surhomme, tout comme Arsène Lupin. Bien qu'il ne veuille plus faire usage de la violence, lorsque le destin le contraint à en user quand même, il montre sa surhumanité. Il parvient dès le début à tuer plusieurs gangsters, et à la fin, un autre combat, mais plus grand et plus difficile, achève de montrer sa sublimité : il vainc des adversaires d'un rang encore supérieur. Si les choses avaient dépendu de sa seule volonté, il s'en serait sorti. Mais il a été trahi.

Cependant, sa surhumanité n'est pas seulement dans ses capacités physiques. Il a aussi un sens de la perception quasi surnaturel, que De Palma, avec ses images étranges et reconstruites, parvient à communiquer. Il décèle aisément les micros cachés, par exemple. Mais le spectateur n'en mesure pas l'importance, parce que l'image ne montre pas l'opération intérieure qui lui permet, de cette façon, de tout voir, au-delà des apparences.

Dans la première lutte au pistolet contre des dealers, sa forme de voyance est matérialisée par le reflet remarquablement net et parfait de ce qui se passe derrière lui, dans les lunettes teintées d'un mafrat qui se trouve devant. Les couleurs sont riches, chaudes, tant dans la pièce où l'action se déroule que dans la double fenêtre sur l'arrière que crée le verre des lunettes : De Palma se montre alors un immense artiste. Tel un chevalier Jedi, le héros a quasiment une vision : il voit tout et son envers, a comme des yeux derrière le crâne, un sixième sens - un ange qui regarde dans son dos pour le prévenir. On touche à cela. C'est le Janus actif. (Merlin aussi avait la connaissance du passé par son père le diable et la connaissance de l'avenir par son parrain le Christ !)

L'autre grand moment visionnaire l'est encore davantage. Sur le point de mourir, le héros voit s'animer une image publicitaire vantant les Bahamas : le soleil couchant, la mer, l'air d'or deviennent vrais, et aussi la femme qui joue au ballon face au soleil couchant avec des enfants. Or, il était, quand il s'est fait tirer dessus, sur le point de partir avec sa bien-aimée vers Miami et les îles, et cette bien-aimée était enceinte de lui. Le film s'achève de cette manière, ce qui en fait l'un des plus positifs, sur le plan spirituel, de De Palma. Certes, la vie est tragique, mais la vision intérieure du héros, de l'homme qui va vers le Bien, qui le désire, qui aspire à la paix, à la moralité, à l'amour, à la fidélité, à la loyauté, et qui a des qualités exceptionnelles de courage et de tempérament, cela peut s'animer à partir de ses propres forces, et, pour lui, devenir réalité. Ô film sublime !

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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