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Mercredi 06 Février 2008

Je me souviens que quand j'étais au lycée Berthollet d'Annecy, mon professeur de gymnastique, en me voyant courir, me conseilla vivement de faire de la compétition et de m'inscrire dans un club d'athlétisme : il me certifia que j'obtiendrais des résultats, au moins sur le plan régional, puisque beaucoup en obtenaient sans avoir mes moyens, disait-il.

Mais j'avoue que l'athlétisme ne m'a jamais intéressé. J'ai écrit un poème, une fois, sur les jeux olympiques, mais j'ai fait valoir que chez les anciens Grecs, les lauriers de la victoire menaient au pays des dieux, tandis que cet aspect mythologique et au fond initiatique était remplacé, à notre époque, par une conception assez bestiale des choses. De fait, comme le disait Gerdil, les anciens pensaient que les dieux favorisaient ceux qui le méritaient, tandis qu'à présent, on pense seulement que celui qui a la mécanique corporelle la plus affinée doit être porté aux nues.

Oui, les jeux olympiques étaient un mystère au sein duquel la volonté des dieux se manifestait, exactement comme le duel judiciaire des anciens Germains. Il n'était pas réellement question, comme on se l'imagine, de rendre un culte à des talents purement physiques. Comme dans l'Iliade derrière les combattants, des immortels se tenaient derrière les champions, et les portaient sur l'air ! La providence déterminait, au su et au vu de tous, le vainqueur.

L'Occident chrétien a d'abord abandonné ces jeux, parce qu'il estimait, non sans raison, que Dieu n'était pas obligé de se mêler de tout, et que le plan physique, précisément, pouvait aussi bien dépendre du diable, de lois détachées de la volonté divine, et ayant une forme d'autonomie. C'est ce dont Jésus parlait, quand il évoquait le Prince de ce monde. Mais les Grecs ne croyaient pas au diable : toute action dépendait d'une volonté divine. L'éthique a donc changé.

Le matérialisme finalement est l'héritier spontané de la pensée grecque. Mais précisément, cette absence de perspective suprasensible qui caractérise la pensée moderne rend bien inane la compétition sportive. De fait, quand je vois quelqu'un me dire qu'il court très vite, je lui fais toujours remarquer que mon chien court encore plus vite, et que ce n'est pas par là que l'être humain est son maître.

A la rigueur, je dois le dire, quand il existe une possibilité de mêler le conflit psychique à l'action physique, comme dans les jeux de balle, l'enjeu me paraît plus intéressant. Neutraliser l'adversaire en le déroutant, en ping-pong, cela a toujours été ma spécialité. Mais nombre de mes adversaires, voyant que je ne fondais pas vraiment mon jeu sur des qualités athlétiques, m'ont quasiment traité de tricheur : quand on ne joue pas comme un fauve de la savane, n'est-ce pas, on manque de naturel. Et de fait, j'ai fréquemment battu des joueurs plus rapides et plus forts que moi.

En tennis, j'ai pu surprendre par mon acharnement à aller chercher toutes les balles : par ma volonté de ne pas perdre. En tout cas pas sans m'être bien défendu. (En moi sans doute vit l'image de ces guerriers assiégés qui résistent jusqu'au bout, et dont j'ai lu les légendes quand j'étais petit !)

Mais je ne me suis jamais engagé dans la compétition. Or, là où je travaille, on peut justement le faire - dans un cadre officiel -, notamment dans le ski : il existe des structures qui permettent aux plus jeunes de s'y engager. En général, cela ne les rend pas spécialement ardents à se passionner pour la culture dans un sens que j'estime plus élevé. Mais peut-être que cela ne vient pas du sport, peut-être qu'ils auraient agi ainsi de toutes façons. Ce qui est plus ennuyeux, c'est que la glorification des champions, de ceux qui parviennent à effacer les autres grâce à leurs résultats sportifs - qu'un robot pourra probablement avoir aussi bien qu'eux, sous peu -, ne laisse guère de place à l'humilité face aux vraies grandes œuvres de l'humanité. Idolâtrer la mécanique corporelle, n'est-ce pas très vain ?

publié par Ramiel dans: ramiel.fr
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Commentaires

Pas de 4X4, Ramiel, désolé. Une bagnole, oui, mais le plus souvent à pieds...
Commentaire n° 1 posté par: Zorg le 06/02/2008 - 11:48:57

Ah bon, pas en tramway, comme si souvent les Genevois ?


Cela dit, pour le 4x4, n'hésitez pas à devenir paysan en Haute-Savoie, à l'occasion : l'argent de poche y est abondant, dans la profession (ou la communauté, pour mieux dire, car paysan, ce n'est pas à proprement parler un métier, mais un état).

Commentaire n° 2 posté par: Ramiel(site web) le 06/02/2008 - 14:29:31

Z'avez bonne mine, Ramiel, de m'inviter à ne pas polémiquer sur le blog d'Assouline alors que vous passez votre temps à me chercher ici où là.


Cela dit, je répète ce que j'ai toujours dit: je n'ai jamais condamné une population dans son ensemble, j'ai seulement cité des exemples auxquels j'ai été confronté. Je descends de modestes - voir pauvres -agriculteurs tant du côté de mon père (en Italie) que de ma mère (en Haute-Savoie, donc) et croyez bien que j'ai beaucoup d'estime pour nombre d'entre eux. Cela dit, vous ne me lisez pas, vous vous emportez dans des considérations qui ont peu à voir avec mes propos (les frontaliers, Sardou, etc.)  

Commentaire n° 3 posté par: Zorg le 06/02/2008 - 15:44:07

Je plaisantais, chez Assouline : une fausse manoeuvre m'a coupé. Mais enfin, le blog de Pierre Assouline est surtout lu par des gens complètement étrangers à la Haute-Savoie. Vous en donnez une image complètement inepte. Bien sûr qu'il y a des paysans pénibles qui n'aiment pas les gens qui viennent de l'extérieur. Mais le cas particulier de la Haute-Savoie ne vient pas d'un problème génétique, mais de ce qu'il y a beaucoup de gens qui s'installent chez eux à cause de la proximité de Genève, où les gens ne peuvent pas habiter, mais peuvent quand même travailler. Or, vous ne connaissez pas réellement toute la Haute-Savoie, mais seulement, justement, ce qui est de l'autre côté de la frontière. Mais vous dites quand même : "Haute-Savoie". Mais la Haute-Savoie, c'est aussi le bassin annécien, par exemple. Cela ne veut rien dire. Parlez de communes précises, au lieu de dire la Haute-Savoie. Moi, je connais bien les syndicalistes agricoles qui représentent l'ensemble du département : eh bien, ils ne s'expriment pas comme vous le prétendez. C'est un fait. Parlez même de gens précis, de quartiers précis. Mais arrêtez avec la Haute-Savoie. Est-ce que le Conseil général de Haute-Savoie interdit aux gens de s'installer dans des villages autrefois entièrement agricoles ? Non. Mais dans le canton de Genève, est-ce que l'Etat de Genève l'interdit ? Mais globalement : oui. Alors, soyez cohérent. Vous ne connaissez pas mieux la Haute-Savoie que le canton de Genève, tout de même ! Les syndicalistes agricoles que je connais bien ne demandent même pas le blocage du foncier, comme à Genève. Les élus locaux demandent plutôt le déblocage du foncier genevois, pour donner de l'air à l'immobilier en Haute-Savoie, et les paysans réclament l'allègement des droits de succession. Cela est constitué de faits objectifs. Ensuite, les racistes, ils sont individuels : tous les paysans de la Haute-Savoie ne le sont pas, beaucoup le sont en Haute-Savoie (ou ailleurs) sans être paysans ou même issus de la paysannerie : en un mot, cela n'a rien à voir. En généralisant comme vous le faites, vous calomniez. Mais enfin, est-ce même une excuse de calomnier au nom de la lutte contre le racisme ? J'ai bien rencontré des électeurs du Front national qui me disaient qu'ils n'étaient pas racistes, mais qu'ils votaient pour Le Pen justement parce que pour eux, les Noirs et les Arabes l'étaient, eux, racistes ! On marche sur la tête. Il n'y a pas de vice génétique, ou collectif : c'est un mythe. Il n'y a pas de culture ancestrale spécifique à la Haute-Savoie. Et politiquement, la Haute-Savoie, au premier tour des élections présidentielles, a voté massivement pour Sarkozy, mais pas autant pour Le Pen non seulement que d'habitude, mais encore, en moyenne, que le reste de la France.


Vous êtes d'autant plus irresponsable qu'en Haute-Savoie, je m'efforce continuellement de montrer que les problèmes doivent être réglés pragmatiquement, sans mythologie sur les populations d'origine étrangère. J'ai publié dans la presse des extraits de Joseph de Maistre qui faisaient l'éloge de l'Islam, pour montrer même aux régionalistes qu'il était inepte de se réclamer de la Savoie pour justifier son racisme. Et maintenant, vous essayez de ramener les gens quinze ans en arrière. Voilà ce que j'en pense. Vous parlez pour parler, ou pour contempler votre intelligence sur l'écran de votre ordinateur, et non pour améliorer les choses. Ou alors, vous détestez la Savoie, et vous voulez l'assimiler au racisme par malveillance. Eh bien, je ne le laisserai pas faire. Je ne laisserai pas le racisme envahir la Savoie, ni ne laisserai médire systématiquement de la Savoie.

Commentaire n° 4 posté par: Ramiel(site web) le 06/02/2008 - 16:06:12

Bon sang de bois, Ramiel: j'ai passé 6 ans de ma vie à la tête de la rubrique France voisine du quotidien pour lequel je bosse. Pendant ces six ans, j'ai parcouru toutes les routes de la Haute-Savoie, rencontré d'innombrables politiques, visité des exploitants agricoles, parlé avec des types de la FNSEA, des chasseurs, des collectionneurs, des commerçants, des chefs d'entreprise, des ouvriers, des adhérents de tel ou tel partis, des écrivains, des Savoisiens, des homosexuels, des sportifs, et j'en passe.


Vous me demandez de citer des exemples précis: mais, cré nom de bique, je ne suis pas une balance. Je ne vais pas donner le nom de M. X, qui roule "effectivement" en 4X4, qui est en outre un ancien camarade de classe, et qui a véritablement déclaré: "Pour moi, les aides de l'Europe, c'est de l'argent de poche".  Je ne vais pas non plus vous donner le nom et l'adresse de cette famille d'éleveurs (bovins) ou à chaque repas j'avais droit à des considérations désobligeantes sur les "bougnouls"? Bien sûr que les racistes ne se trouvent pas exclusivement dans les rangs des paysans, mais j'ai pu constater chez beaucoup d'entre eux une vraie crainte de l'étranger et parfois des propos d'une rare violence. Vous voulez quoi? Que je dises que c'est faux?


L'histoire, je vous l'ai déjà raconté: j'ai vécu ma prime enfance dans la banlieue parisienne, à Puteaux très exactement. Nous vivions avec nombre de nord-africains, et ces gens étaient mes amis, mes proches. Quand nous nous sommes installés en Haute-Savoie, en 1972 (pas loin de la Roche-sur-Foron, si vous voulez des détails) j'ai été confronté à un racisme dont j'ignorais jusqu'à l'existence. C'est de cela dont je vous parle. Après, parfois, vous détourniez tellement le sujet que j'ai cédé à l'envie d'ironiser, également pour désamorcer des polémiques qui n'en finissait plus. Si je vous ai blessé, ce n'est pas ce que je désirais. Vous me parlez de Genève, des frontaliers, des agriculteurs suisses... Putain, Ramiel, ça n'a jamais été mon propos.


Vous désirez aussi que je publie l'état civil de ces gens, une mère et son fils, tout deux agriculteurs, qui ont courtisé un vieux et richissime paysans pour récolter l'héritage, tout en le couvrant d'invectives par derrière.


Bien sûr qu'à côté de ça il y a des gens fantastiques, qui aiment leur terre, leurs bêtes, qui se battent comme des malades pour préserver un peu d'une tradition, d'une culture, et plus simplement pour survivre. A ceux-là, je rends hommage. Mais voilà, malchance ou pas, ce ne sont pas les plus nombreux parmi tous ceux que j'ai croisé en 30 ans de vie en Haute-Savoie. Que puis-je y faire?


Par ailleurs, de tous les articles que j'ai consacré à la Haute-Savoie, aucun jamais ne s'est moqué de la paysannerie et des paysans. Bien au contraire, je me suis intéressé aux anciens métiers, aux métamorphoses du paysage économique, à tout ce qui faisait la richesse de ce département et, plus loin, de la région.


Cela dit, il devient de plus en plus difficile de trouver une bonne table à Yvoire. Et je déteste, en été, la cohorte bruyante des vacanciers en mal de folklore de pacotille (le village, lui, est très beau) 


 

Commentaire n° 5 posté par: Zorg le 06/02/2008 - 16:50:25
(Chez eux : parmi eux, plutôt ; car en France, il n'y a pas de droit communautaire : la propriété se donne à titre individuel. Mais c'est sûr qu'il y a la tendance instinctive à croire que le village créé par des ancêtres paysans, il y a quelques siècles, appartient à la communauté. Maintenant, ce n'est vraiment pas propre à la Haute-Savoie, ni même aux paysans, car les Français disent en général (toutes professions confondues) que les étrangers s'installent "chez eux", alors qu'ils s'installent également "parmi eux", puisque tous les hommes sont égaux et libres, et que la Terre appartient à tout le monde. Et en fait, les Suisses et tous les autres êtres humains ont tendance ainsi à raisonner en fonction du groupe. La Haute-Savoie a bon dos : c'est le bouc émissaire.)
Commentaire n° 6 posté par: Ramiel(site web) le 06/02/2008 - 16:54:58

Zorg, je ne vous ai jamais traité de menteur. Vous dites des choses exactes, lorsque vous évoquez votre expérience. Mais maintenant, il est également exact que vous avez parlé de cela non parce que c'était un sujet de Pierre Assouline, mais parce que, moi, je voulais mettre en avant ce qui était agréable en Haute-Savoie. Or, loin d'avoir simplement modéré mes transports, vous vous êtes réellement exprimé comme si je mentais complètement, et comme si la Haute-Savoie était radicalement minable. Vous avez réellement voulu imposer une image opposée à celle que je donnais, et non simplement corriger celle-ci. Et le fait est que du coup, vous êtes tombé dans la caricature. Et en plus, quand je vous dis que j'essaie de promouvoir le livre que j'ai édité sur la Vallée verte, qui est bien rurale et en Haute-Savoie, alors que le livre ne contient aucune forme de racisme, je ne plaisante quand même pas. Or, au même moment, vous receviez un livre de moi, avec votre accord, qui somme toute présentait aussi une partie de la Haute-Savoie d'une manière plutôt sympathique. Votre attitude était quand même bien malveillante.


Et puis vous m'ennuyez, à me parler des Savoisiens. Cela montre que vous avez des présupposés, sur mon compte. Vous déclarez sur le blog d'Assouline que vous êtes allé à un congrès de Savoisiens et que vous avez discuté avec Guichonnet : mais du coup, tout le monde, chez Assouline, croit que c'était au même endroit. Or, Guichonnet ne risque pas d'aller dans un congrès de Savoisiens. Mais la vérité est que cette histoire de Savoisiens est aussi faite pour plomber simplement les acteurs culturels locaux, comme moi : c'est, plus ou moins consciemment, un coup monté, pour justifier le rejet de la culture qui peut être produite en Haute-Savoie. On assimile ce qui est local au racisme, et de cette façon, les monopoles centraux continuent. C'est assez simple. Or, j'édite Guichonnet et Chatiliez, qui ne sont vraiment pas des indépendantistes, et donc, m'en parler est déjà inepte et méchant. C'est comme si je disais sans arrêt que vous travaillez dans une ville qui a brûlé Michel Servet : c'est grotesque. Moi, je ne rejette pas la littérature genevoise, sous prétexte que le gouvernement genevois n'a pas toujours fait les choix les plus justes. Ce serait absurde.


Bref, Zorg, puisque vous avez donné tant d'exemples de ce qui peut se faire et se dire de mal en Haute-Savoie (et dont je ne nie absolument pas la réalité, contrairement à ce que vous vous imaginez et - qui pis est - à ce que vous dites, parce que votre idée sur moi était déjà faite au départ), pourquoi n'en donnez-vous pas aussi de ce qui peut s'y faire de bien ? Mais même pour cela, vous restez dans les généralités. Les déclarations pieuses. Il n'y a que pour Guichonnet, que vous avez fait des concessions, et la vérité, c'est que la raison en est que Guichonnet a aussi beaucoup fait pour l'histoire de Genève, et donc, que vous saviez qu'on ne pouvait quand même pas légèrement s'en prendre à lui. Maintenant, je ne m'en plains pas : je vous l'ai envoyé parce qu'il a été professeur à Genève, n'est-ce pas ? Evidemment, je me doutais bien qu'une histoire de Bonneville n'allait pas vous convaincre.


Ce n'est pas grave. Je l'ai fait pour vérifier. Mais ne me dites plus que vous n'aimez pas le parisianisme : je ne suis pas contre que les Parisiens aiment leur ville ! Et le fait est que sans système centralisé, les Français se seraient souvent déchirés. En revanche, qu'on trouve intelligent et fin de médire des Savoyards, je trouve cela inepte. Car ce n'est pas en communatarisant ainsi dans le mal des groupes de gens, sous prétexte qu'ils se communautarisent eux-mêmes dans le bien, que l'on peut lutter, et contre le communautarisme, et contre le centralisme qui en est la réaction politiquement ou administrativement nécessaire.

Commentaire n° 7 posté par: Ramiel(site web) le 06/02/2008 - 17:18:37
Erratum : communaUtarisant.
Commentaire n° 8 posté par: Ramiel(site web) le 06/02/2008 - 17:21:23

Ramiel, je vous assure que j'étais totalement sincère quand j'ai indiqué avoir croisé Guichonnet à un Congrès des Savoisiens (à Cluses, je crois). Maintenant, il est possible que je me sois trompé.


Sinon, concernant son livre, c'est un ouvrage très intéressant et fort bien documenté. Seulement, il est difficile d'en parler dans le journal, car il s'agit d'une réédition. Je ne suis pas seul pour établir la sélection des livres que nous chroniquons. Déjà que nous avons peu de place pour parler des nouveautés, qui se déversent par palettes entières sur nos bureaux. Quant à votre livre, j'attendais de consacrer une page à la poésie pour en parler. Seulement voilà, il faut du temps, il y a des urgences (nous avons une série sur les éditeurs réclamée à corps et à cris par le rédac'chef), bref, ce n'est pas toujours simple.


Pour en revenir aux Savoisiens, je ne partage pas leurs idées, mais j'avais une bonne relation avec leur président (même si, là, son nom m'échappe). Donc, ma volonté n'était pas critique.


 


Pour le début de notre "dispute", je crois qu'il s'agit d'un malentendu. Sans doute, dans votre lyrisme, m'avez-vous agacé. Si j'ai répondu d'une manière qui vous semblait narquoise, je le regrette. Le problème de ces messages, souvent brefs et écrits dans l'urgence, c'est qu'ils ne sont associés à aucune tonalité. D'où, parfois, de mauvaises interprétations (je le sais d'autant mieux que je me suis fâchée avec une amie mienne à cause de ça).

Commentaire n° 9 posté par: Zorg le 06/02/2008 - 17:51:29
Si je puis me permettre, le fait est que, effectivement, la rédaction et la lecture de tels billets entraîne souvent des malentendus à partir du moment où leur interprétation se met en porte-à-faux de la personnalité propre du rédacteur : j'ai eu plus que ma part de conflits stupides nés sur unforum ou un autre blog, uniquement à cause de phrases acerbes où l'ironie ressemblait furieusement à une charge. Je suis heureux de lire que, visiblement, à force de tenter la conciliation sans jamais pour autant renier ses propres arguments, vous êtes parvenus à vous (ré-) entendre.

Un petit mot pour confirmer à Ramiel que le joueur aguerri de ping-pong (c'est valable pour d'autres sports comme le tennis) n'apprécie que fort peu ceux qui préfèrent un jeu fondé sur les effets et la finesse plutôt que sur la force et la rapidité : en plus, ça énerve.
Commentaire n° 10 posté par: Vance(site web) le 06/02/2008 - 18:38:01

Oui, cela énerve, Vance, mais ainsi, on peut gagner des points, et un jour, j'ai gagné un match contre le champion officiel de Haute-Savoie (qui a refusé de me prendre au sérieux) ; il était 2e ou 3e de Rhône-Alpes.


Enfin, Zorg, je ne vois pas pourquoi vous tenez absolument à tirer des conclusions hâtives et globalisantes, non fondées, sur tout un groupe de gens, si ce n'est pour me blesser. Moi, je n'ai jamais dit que les paysans de la Haute-Savoie étaient des anges. Je crois aussi qu'il va tellement de soi que les Savoyards sont un peu stupides que dès qu'on refuse de les présenter comme tels, on s'attire facilement les quolibets des gens qui pensent comme il faut.


Le président, c'était Patrice Abeille, que j'ai rencontré deux ou trois fois, et qui pensait que dans sa Savoie indépendante, l'enseignement des lettres serait exactement le même qu'actuellement : il y aurait un programme officiel, et il suivrait ceux de Paris, parce que la littérature savoyarde ne vaut rien, selon lui. Vous pensez : il est sorti de la rue d'Ulm ; lui aussi est tellement distingué ! De loin, les gens n'y croient pas. Mais c'est réellement ainsi. Face à cela, j'ai rencontré un inspecteur de Lettres qui trouvait très bien de promouvoir Xavier de Maistre. Ensuite, évidemment, quand on ne réfléchit pas en profondeur, et qu'on politise tout, on peut croire tout autre chose.


Pour Guichonnet, je n'arrive pas à y croire, car il est notoire que le fondateur de la Ligue savoisienne, qui n'est pas P. Abeille, a commencé à se faire connaître, il y a environ quinze ans, en s'en prenant publiquement à P. Guichonnet, et en le traitant de menteur. Guichonnet en parle encore, et il ne l'a toujours pas digéré.


Ce qu'il y a, c'est qu'on a pu croire que nos éditions avaient réédité un historien indépendantiste, dans votre intervention. Or, cela m'agace, parce que c'est bien ainsi qu'on essaye de plomber la diffusion de nos éditions. Votre intervention était donc maladroite, car Guichonnet a toujours été hostile aux Savoisiens. Vous confondez peut-être avec un autre.

Commentaire n° 11 posté par: Ramiel(site web) le 06/02/2008 - 20:54:46
Alors, moi qui avais un petit creux me suis servie du bon pain frais et chaud avant de venir m'installer pour lire cet article dont la lecture se goûte comme un bon vin, Ramiel, et donc, je dégustais doucement... jusqu'aux commentaires. Virile empoignade, hein, voilà que de l'entretien sur l'athlétisme je me sens téléportée devant une empoignade digne des matchs de notre sport national, ici, i.e. le hockey. Bon, aucun coup traître n'aurait été porté cette fois, pas trop de mal occasionné, plutôt des coups de gueule et, si je compte les dents, elles semblent toutes y être encore, B.R.A.V.O. à tous les deux ! (là, je sais plus trop si je fais office de cheerleader ou de claque au théâtre...?!?)

Dommage que je sois si loin, j'vous inviterais à petit-déjeuner, Zorg et vous, pour rompre... le pain de l'amitié. Ah, tout ça me fiche un coup de blues...
Commentaire n° 12 posté par: marie danielle(site web) le 07/02/2008 - 06:35:14

Ah, oui, Marie-Danielle, je crois que Saint-Gervais (près de Chamonix) a souvent été champion de France de hockey sur glace : cela doit être à cause de cela. La Haute-Savoie possède les meilleurs hockeyeurs français ! (Pour la Savoie, c'est plutôt le hand-ball, à Chambéry.)


Merci pour l'appréciation sur mon petit article, que n'a probablement pas lu le bon Zorg. Pas de coup en traître, mais enfin, j'agaçais Zorg sans que je m'en fusse pris à lui, et il trouve normal ensuite de me couvrir de quolibets, comme si j'étais

Commentaire n° 13 posté par: Ramiel(site web) le 07/02/2008 - 11:05:37

réellement [fausse manoeuvre : je continue] le responsable de son agacement, alors que je dis bien ce que je veux sur la Savoie, hein ! La parole est libre. Et cela veut dire qu'on a le droit de dire ce qu'on veut sans se faire insulter par ceux que cela agace, parce qu'ils n'ont pas les mêmes sentiments que soi, ou les mêmes opinions. Mais non : Zorg est tellement persuadé d'avoir la bonne morale, les bonnes idées, les sentiments purs, que s'il s'énerve en me lisant, c'est forcément de ma faute, et je dois ainsi accepter de me faire brocarder sans rien dire.


Bref, je crois que Zorg a trop cru qu'un Savoyard par essence devait forcément accepter d'être raillé par des gens qui avaient vécu dans leur enfance à Puteaux et avaient trouvé dans leur âge mûr un travail à Genève. En tout cas, c'est ainsi que je le vois.

Commentaire n° 14 posté par: Ramiel(site web) le 07/02/2008 - 11:09:53
(Sinon, pour le pain de l'amitié, venez chez nous ! Pour marcher sur les traces de Shelley, et humer ce qu'il reste de lui, pour traverser, de votre esprit, son ombre, qui rayonne encore dans le secret des rues de Genève et sur la glace du mont-Blanc, et même le long de l'Arve, où elle se reflète étrangement, sertie de petits astres : http://remimogenet.blog.tdg.ch .)
Commentaire n° 15 posté par: Ramiel(site web) le 07/02/2008 - 11:12:37
Z'êtes un fieffé coquin, Ramibaba.

Tenez, j'vous écrirais bien une chanson, ça s'intitulerait "Le plus fort, c'est Ramiel", mais je risquerais d'être poursuivie pour plagiat....

SInon, je vois que vous tirez encore la couverture vers votre Savoie et vous, eh bien si vous ne voulez pas venir ici, envoyez-moi un billet ouvert pour la Savoie, peut-être envisagerai-je Shelley. J'en profiterais ensuite pour aller faire un tour en Normandie, et s'il me restait un peu de temps, je vous visiterais.
Commentaire n° 16 posté par: marie danielle le 07/02/2008 - 16:12:21
Mais non, Marie-Danielle : j'adore le Québec. Mais pour nous trouver ensemble, Zorg et moi, mieux vaut que vous veniez : car j'habite tout près de Genève, et La Roche-sur-Foron, où habitent ses parents, est également tout près de chez moi. Il n'y a quasiment qu'une route droite pour y arriver (en un quart d'heure). Et Zorg et moi ne sommes peut-être pas encore assez amis pour faire ensemble un voyage au Canada ! Mais cela viendra peut-être. Qui sait ?
Commentaire n° 17 posté par: Ramiel(site web) le 07/02/2008 - 16:23:05
Oui mais je ne vois pas pourquoi vous vous préoccupez de Zorg puisqu'il ne manifeste aucun empressement de la sorte ?
Commentaire n° 18 posté par: marie danielle le 07/02/2008 - 18:03:51

Le Québec? Bonne idée, j'adore le sirop d'érable...


D'ailleurs, j'étais hier soir avec un metteur en scène qui travaille régulièrement là-bas (Kristian Frédric) et avec son équipe, tous de la Belle Province, nous avons quelque peu abusé du blanc genevois (il ne faut jamais abusé du blanc genevois)


PS: eh, oh, Ramiel: je ne vous ai jamais insulté, je désteste les injures et autres excès de langage. J'ai tout au plus ironisé, moins sur vos propos d'ailleurs, que sur votre obstination parfois aveugle. Et puis apprenez que je ne m'énerve jamais mais qu'il m'arrive de m'irriter face aux excès de la mauvaise foi. Je devine que vous pensez la même chose de moi, Ramiel, mais combien de fois faudra-t-il vous répéter que je n'ai jamais mis tous les Hauts-Savoyards dans le même sac? J'en connais un fort aimable... Bon, ok, je sors...

Commentaire n° 19 posté par: Zorg le 07/02/2008 - 18:15:49

C'est très joli, Puteaux, Ramiel. Dirigé par une incroyable mafia, mais certaines rues ont conservé un peu de charme. Un tout petit peu.


Bref, tout ça pour dire que je ne tire aucun orgueil a être né dans la banlieue populaire, d'ailleurs je me suis toujours senti métèque, de nulle part, et c'est d'ailleurs ce qui m'évite d'être saisi par de brusques accès de régionalisme, de nationalisme ou de tout autre isme qui vous figent dans une posture, aggressive ou défensive. Quand je vois comme les Hauts-Savoyards et les Genevois arrivent parfois à se détester, ça me laisse d'ailleurs songeur.


Marie Danielle, pas de manque d'empressement, mais parfois du manque de temps, parce qu'il faut bosser aussi, et aller chercher la progéniture à la crèche, et puis courir au théâtre, et encore lire jusqu'à pas d'heure. Et voilà, alors qu'on ferait mieux de se balader dans la montagne, en écoutant les oiseaux et en croquant des tartines au sirop d'érable.

Commentaire n° 20 posté par: Zorg le 07/02/2008 - 18:28:24
Dernière chose: si, si, j'avais lu votre billet, Ramiel. Et j'avais même sourit lorsque vous exprimez votre "volonté de ne pas perdre". C'est là, sans doute, que réside notre plus grande différence. Je n'ai jamais eu d'attrait pour les victoires, qui me semblaient toujours relever de l'orgueil et d'un suspect désir de prouver. Quoi? Et à qui? Existe-t-il une échelle des êtres humains que l'on tirerait à soi pour mieux se mesurer aux autres? Je ne conteste pas la gratification qu'il y a à vaincre, mais elle reste pour moi entaché de sa part vaine. Cela dit, c'est une position toute personnelle, qui vaut aussi bien l'attitude contraire. 
Commentaire n° 21 posté par: Zorg le 07/02/2008 - 18:40:18

Zorg, vous pensez vous défier du régionalisme, mais peut-être que vous vous défiez simplement d'une culture régionale. Or, cela ne veut rien dire : vous utilisez bien le français, qui est la langue d'une nation. Mais là, vous ne vous pensez pas nationaliste. Vous suivez la ligne officielle, et vous pensez que tout va bien. Mais la ligne officielle n'est pas tant favorable à la culture en général : elle est surtout favorable au maintien au sommet des gens qui s'y trouvent déjà.


Le patois, par exemple, ne s'en prend pas au français. C'est bien l'Etat qui s'en est pris au patois, au nom de l'unité nationale. Mais là, ce n'est pas du nationalisme. Vous ne vous rendez pas compte que la république bourgeoise promeut forcément la culture d'une classe, et même d'une région, plus que d'une autre : car le français vient bien de l'aristocratie de l'Île de France.


Est-ce que je m'en plains ? Non. Mais prétendre que je veux me fermer aux autres simplement parce que je propose de s'intéresser, par exemple, au patois, en plus du français, c'est se moquer du monde. C'est bien celui qui dit cela qui rejette le patois, non ? On peut bien sûr inventer que le patois est par essence xénophobe : quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage. Mais c'est comme ceux qui votent pour Le Pen en prétendant que c'est parce que ce sont les Arabes, qui sont racistes ; ou parce que les Musulmans ne respecteraient pas assez le saint principe français de la laïcité. Moi, je dis que c'est le monde à l'envers. Ceux qui rejettent la tradition savoyarde le font bien au nom des traditions nationales, non ? Vous êtes donc bien nationaliste.


Ensuite, je regrette, mais vous êtes journaliste à Genève. On s'attendait donc à ce que vous parliez des propriétaires de terrains agricoles genevois qui sont parvenus à faire en sorte que l'Etat de Genève interdise de construire sur ces terrains agricoles. En parlant de la Haute-Savoie, vous parlez bien des autres : non de vos lecteurs, non de la sphère à laquelle vous appartenez. Vous pouvez nier cela en fantasmant que vous n'appartenez à rien, que vous êtes, tel un dieu, au-dessus de tout cela, mais vous parlez bien le français de Louis XIV, qui régnait en Île de France, et vous travaillez bien pour des Genevois, qui sont libres de vous garder ou non. Cela n'a pas de sens. Nier les choses, cela ne les empêche pas d'exister.


Bref, en disant du mal de la Haute-Savoie, ou de ses habitants, alors que vous êtes salarié à Genève, vous nourrissez bien, même inconsciemment, le discours xénophobe, hostile aux Savoyards, qui peut exister à Genève. Si ce n'était pas le cas, vous critiqueriez d'abord vos employeurs, et non des gens avec lesquels vous n'avez aucune affaire, et dont les défauts par conséquent ne vous regardent en rien.


Allez sur mon blog genevois : vous y verrez le préjugé, courant à Genève, que les élus savoyards sont nuls, et qu'ils font n'importe quoi de l'argent des contribuables. Or, cela renvoie à la réputation de stupidité des Savoyards eux-mêmes. Vous avez bien répété ces préjugés, en réalité : vous les avez repris. Et vous ne les avez pas repris comme si vous-même vous étiez de la Haute-Savoie, mais comme si vous n'en faisiez absolument pas partie. C'est donc bien vous qui rejetez la Haute-Savoie, et non ceux qui aiment la Haute-Savoie qui rejettent qui que ce soit. Vous faites simplement semblant de le croire, en le présupposant, pour justifier votre propre rejet.


Car enfin, Zorg, l'être humain est bien dans un corps qui est bien dans un lieu précis. On peut être de la Haute-Savoie tout en se sentant aussi appartenir à d'autres lieux : et c'est mon cas. Mais vous, vous refusez d'appartenir à ce lieu en inventant que vous êtes de partout ; or, c'est nulle part : et pourtant, votre corps est bien quelque part, et tout le monde le sait. On sait seulement que votre âme est avec votre corps, du moment qu'il n'est pas en Haute-Savoie !


 


Marie-Danielle, vous vouliez déjeuner avec nous deux : d'où ma réponse.

Commentaire n° 22 posté par: Ramiel(site web) le 07/02/2008 - 18:50:42

Vous aussi, vous vous calez sur des a priori, Ramiel: j'adore le patois, mon grand-père le pratiquais et je regrette de ne pas l'avoir assimilé.


Pour ce qui est des exploitants agricoles suisses, pourquoi donc en parlerais-je? Je ne les connais pas, n'ai jamais eu à écrire sur eux, et j'avoue consacrer plus volontier mes temps de loisir à profiter de mes ami(e)s qu'à me plonger dans d'épais ouvrages sur l'histoire de la paysannerie helvétique.


Pour le reste, qui vous dit que je ne critique jamais mes employeurs? C'est bien mal me connaître, et ne pas avoir lu nombre de mes perspectives. Je suis également très critique envers certains aspects de la Suisse, mais l'élégance m'impose de ne pas me répendre sur le sujet sur un blog français. Je suis bien content, malgré tout, d'avoir été accueilli ici et d'y gagner ma vie.


J'ai passé l'essentiel de ma vie en Haute-Savoie (je ne réside à Genève que depuis 4 ans) alors, Ramiel, permettez moi d'avoir une opinion sur certains aspects de ce département. Votre connaissance de la Savoie, qui relève d'une érudition certaine et probablement d'une véritable passion, ne vous fait qualifie pas mieux en ce qui concerne le constat des comportements et la relation humaine.


Enfin, Ramiel, même si je respecte totalement vos points de vue, je reste toujours surpris par les digressions de votre esprit rhizomique. Vous appelez sans cesse à la rescousse des aspects du débat qui n'ont jamais été abordés. Surtout - "je veux toujours gagner" - , jamais le doute, l'interrogation, la remise en question ne transparaisse dans vos propos. Vous êtes un homme de certitudes, et certains sur le blog d'Assouline l'ont déjà observé, vous qualifiant même de "têtu". Cette obstination, qui sans cesse veut démontrer, confine même à la froideur (laquelle, d'ailleurs, est également perceptible dans votre poésie: on a le sentiment que vous ne vous lâchez jamais, toujours en appui sur ce que je qualifierai de "technique")


Mais cessons là la psychanalyse à trois balles. Je trouve juste que vous devriez parfois respirer, grimper aux Glières, gambader, observer les animaux, machouiller un brin d'herme.


BàV

Commentaire n° 23 posté par: Zorg le 08/02/2008 - 10:22:49

Oui, je n'aime pas beaucoup le sentimentalisme, également à trois balles. C'est vrai que j'ai préféré Mallarmé à Verlaine ou Rimbaud, par exemple. C'est une question de tempérament, peut-être. Ou alors, de susceptibilité. Car les critiques perétuelles qu'on estime injustes, comme on dit, elles refroidissent. Le fait est que mes goûts sont souvent en porte à faux par rapport à ce qu'on promeut le plus souvent. Comment dès lors se laisser aller sans être broyé ? C'est tout le problème.


Mais enfin, sur un blog dominé, en réalité, par des Parisiens, était-il judicieux de parler de la Haute-Savoie ? C'est justement ce que je vous reproche, en fait. Vous ménagez bien les Genevois, chez les Français, mais pas les Savoyards, chez les Parisiens. Il existe des blogs ou des forums spécifiquement savoyards, vous savez : celui-ci, où vous écrivez, en est bien un, puisque le service le dit : c'est "arviblog". C'est justement avec les Savoyards qu'il fallait discuter de leurs paysans. Or, vous refusez au fond de vous impliquer dans le débat local : vous préférez regarder l'ensemble des Savoyards de l'extérieur, c'est à dire, tout d'une pièce. L'exemple d'Yvoire est manifeste : comme je présentais l'action du maire d'Yvoire, vous en tiriez qu'un Savoyard allait forcément l'approuver ; mais "La Voix des Allobroges" a présenté l'opinion d'André Palluel-Guillard (qui a écrit tout un gros livre sur les relations entre Genève et la Savoie à l'époque de Napoléon, soit dit en passant), qui justement critiquait (avec raison) la tendance à faire du patrimoine un argument touristique, au lieu de le défendre et de le promouvoir pour le développement gratuit de la connaissance. Et ensuite, moi-même, j'ai critiqué des professeurs de l'Education nationale locaux qui préféraient emmener leurs élèves à Yvoire plutôt qu'aux châteaux de Ripaille ou d'Annecy. Vous voyez : le débat existe, en Savoie. Rien ne vous empêche d'y participer. Car la Savoie n'a rien de monolithique.


Dans un blog réputé national comme celui d'Assouline, on peut parler des paysans en général, ou des patois en général ; mais parler spécifiquement de la Haute-Savoie, autrement que pour la présenter objectivement aux autres Français, est-ce judicieux ? Moi, je dis que vous saviez que le blog d'Assouline était surtout lu par des Parisiens, ou des gens sous l'influence culturelle d'une France centralisée autour de Paris, et donc, que vous vouliez réellement nuire. Ce que vous n'osez pas faire pour Genève, vous osez bien le faire pour la Haute-Savoie : c'est bien ce que je vous dis.


Ensuite, tout de même, le sentiment ne doit pas étouffer la raison, même en poésie. J'aime les rythmes à la Berlioz, et donc, que je développe des vers tendus par la métrique correspond bien à mes sentiments.


En fait, je veu bien fraterniser, mais avec le monde en général : or, se laisser envahir par un sentiment, c'est se fermer aux autres sentiments, et donc, c'est être happé par ceci, pour être amené à trouver normal de rejeter cela. J'ai écrit : Le jésuitisme, c'est l'amour de son prochain, au travers de la haine de son lointain (dans mon recueil d'aphorismes).


Le jour où je n'aurai pas l'impression que quand je présente des travaux culturels liés à la Savoie aux Français en général, on ne me plantera pas un couteau dans le dos en allant raconter à Paris (ou dans des blogs édités à Paris) que les Savoyards sont spécialement nuls, vous verrez que je serai plus détendu et aussi bien plus amical.

Commentaire n° 24 posté par: Ramiel(site web) le 08/02/2008 - 10:51:46
Erratum : je veuX.
Commentaire n° 25 posté par: Ramiel(site web) le 08/02/2008 - 10:54:42
Erratum (bis) : perPétuelles.
Commentaire n° 26 posté par: Ramiel(site web) le 08/02/2008 - 10:57:52

OK, Ramiel. Excluons la Haute-Savoie du blog d'Assouline, du moins les critiques à son égard (ne conservons que les louanges). Excluons également toute référence à, je sais pas, l'Afrique, par exemple. Ne parlons pas non plus des libraires, qui sont gens très susceptibles. Ecartons d'entrée les écrivains, dont l'ego ne prédispose pas à l'autocritique. Bref, stoppons le débat, arrêtons de "dialoguer", vantons les mérites de telle ou telle région à l'instar des sites des offices du tourisme.


La raison, la raison, vous n'avez que ce mot à la bouche. Je vous conseille de lire "Les bâtards de Voltaire", de John Saul, pour voir la perversion qui se dissimule derrière ce discours de la raison à tout prix. La vie ne prend pas cette mesure là, Ramiel, il lui faut d'autres champs pour s'ébattre, des lieux d'impossibles ruptures, des trucs qui vous étreignent, des larmes, du sperme, de la rage. La raison, c'est le carburant des technocrates, pas des poètes. Le sentiment n'est pas une matière que l'on malaxe pour lui donner telle ou telle forme, où c'est alors qu'il n'y a pas de sentiment réel.


Bon. Pour le reste, montrez moi où j'ai dit que "tous les hauts-Savoyards sont nuls". Vous affirmez. Je veux la preuve.

Commentaire n° 27 posté par: Zorg le 08/02/2008 - 11:17:32

Vous avez dit que les paysans de Haute-Savoie étaient d'un "racisme incroyable". Or, cela vient bien de ce qu'ils sont en Haute-Savoie, non ? Donc, la Haute-Savoie est forcément vicieuse par essence.


Ensuite, je ne vante pas de la Haute-Savoie ce qui n'est pas digne de l'être. Donc, si vous vouliez proposer de l'objectivité, sur ce sujet, chez Assouline, rien ne vous empêchait de modérer mes transports. Mais en réalité, vous avez bien dit que je donnais des Savoyards une image fausse parce que trop idyllique, et que vous seul en donniez une image vraie, et que c'était leur rendre service, par conséquent, ou c'était les aimer (du moins) que de dire que leurs paysans étaient "d'un racisme incroyable". C'est bien ce qui s'est passé. Eh bien, moi, je vous dis que vous avez juste cherché à nuire, et non à rétablir la vérité, comme vous le prétendez.


Ensuite, vos idées sur les poètes sont des lieux communs, des idées toutes faites, qui correspondent à Rimbaud, par exemple, mais pas à d'autres, comme Goethe. Car la réalité est que sacraliser le sentiment, jusqu'à prétendre que la raison ne peut pas le toucher, ou y entrer, c'est bien entrer dans le sentimentalisme, le mysticisme creux qui sévit actuellement dans la poésie, qui en réalité a pour sujet non plus ce qui émeut, mais le sentiment lui-même : or, rien n'est plus inepte, et ce n'est pas être rationaliste, que de s'en rendre compte, mais avoir du bon sens.


Bon, mais vous voyez : on change de sujet. Car moi, je pense, aussi, que vous vous êtes mis à ironiser sur les Savoyards parce que vous espériez vous esquiver, et justifier que vous aviez accepté de recevoir mes livres, mais que vous n'aviez pas du tout envie d'en parler. Vous espériez le justifier en couvrant de quolibets les Savoyards en général, ce qui vous permettait de justifier le mépris que vos décisions comporteraient forcément, à mon égard.


Et de fait, vos beaux sentiments, un peu comme ceux que vous réclamez en poésie, me paraissent plutôt fabriqués et téléphonés. Vous ne les avez pas pour tout le monde. Il y a des gens que d'instinct vous n'aimez pas, et vous ne voulez simplement pas le reconnaître : vous inventez de bonnes raisons après-coup.


Mais de fait, que vous n'admettiez pas qu'il eût été bien plus judicieux de débattre avec les Savoyards eux-mêmes de la mentalité de leurs paysans, montre bien que vous méprisez ce qui peut se publier en Savoie en général et en Haute-Savoie en particulier. Vous préférez charger les Savoyards depuis Paris que d'essayer d'améliorer leur état d'esprit depuis chez eux. Voilà ce que j'en pense. Et je crois que vos beaux sentiments, que du moins vous énoncez, n'empêche pas que cela soit, concrètement, de la malveillance.


Une différence entre vous et vous, c'est que vous faites la morale, et non de la psychanalyse : moi, je me contente de qualifier moralement vos actions, c'est à dire les paroles que vous avez écrites dans un contexte précis. Eh bien, en faisant cela, voyez-vous, on montre bien plus d'humanité qu'en faisant ce que vous faites vous.

Commentaire n° 28 posté par: Ramiel(site web) le 08/02/2008 - 11:34:21
Erratum : vous et moi.
Commentaire n° 29 posté par: Ramiel(site web) le 08/02/2008 - 11:36:52

Rimbaud n'est pas dans le sentiment, Ramiel. Surement pas.


En fait, votre réaction est lié au fait que, de tout cela, vous faites une affaire personnelle. Le problème c'est que, la première fois que j'ai évoqué les Hauts-Savoyards, je n'avais pas reçu votre livre (je peux me tromper, mais je crois que c'est le cas). Quoi qu'il en est, il n'y a aucun rapport de cause à effet. Je me garderais bien de considérer vos écrits au regard de vos origines, de vos combats, de vos admirations, ou tout autre chose. Pour le reste, je vous ai déjà expliqué pour quelle raison d'aspect pratique il n'y a pas eu d'article.


Contrairement à ce que vous affirmez, je ne pense pas avoir toujours raison. Je cherche, oui, parfois, et c'est cette constante incertitude qui me semble le moteur le plus efficace. Par exemple, je veux bien admettre que le post qui vous a heurté était trop lapidaire, trop direct, forcément réducteur. Il en est d'autre dans nos débats sur La république des Livres. Je n'ai par ailleurs aucune morale à faire ni à donner: comme disait Ferré, "le problème, avec la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres".


Tout simplement, je pense que nous ne partageons pas la même sensibilité. Cela dit, à nouveau, il n'y a pas une "bonne" sensibilité et une autre qui serait déficiente. 


Enfin, je déteste comme vous le sentimentalisme gnangnan qui déferle, de fait, dans la poésie. Vous, vous voulez plaquer des mots sur toute chose en oubliant que la magie, parfois, s'opère aux lisières. Ce qui est étrange, c'est que lorsque j'ai fait lire vos poèmes à quelques amis, ils m'ont parlé d'une versification "fabriquée", terme que vous brandissez à mon égard. Pour ma part, je trouve qu'il y a une belle maîtrise dans ce que vous faites, mais jamais je ne suis saisi par une authenticité, jamais je ne me sens touché. En fait, j'ai le sentiment que cette maîtrise, justement, ne se dissimule jamais, qu'elle se montre, et cela s'interpose entre le texte et moi. C'est, bien sûr et à nouveau, une affaire de sensibilité.  

Commentaire n° 30 posté par: Zorg le 08/02/2008 - 12:13:40

Oui, j'ai bien pour ambition que tout, même le plus caché, vienne jusqu'à la pleine conscience, mais je ne prétends absolument pas que c'est pratiquement possible. Il s'agit juste d'un horizon, d'une direction, d'un point Oméga, pour citer Teilhard de Chardin. Ensuite, pour moi, le bon vers, en imposant un rythme différent de celui de la grammaire, crée justement du mystère, par delà le sens apparent, qui reste celui de la grammaire : soudain, derrière l'organisation de la grammaire, apparaît quelque chose d'autre, qui justement est indicible, et qui est précisément tellement indicible que cela gêne ceux qui veulent tout réduire à ce qu'ils connaissent déjà. Cet indicible, pour moi, créé par le rythme qui ne suit pas forcément le sens, est comme la faille dont vient un rayonnement parfaitement invisible, mais dont s'animent intérieurement les images créées par les mots.


Ensuite, la maîtrise de ces rythmes suffit précisément, pour moi, à renvoyer à la vie propre de ces images, c'est à dire ce que j'estime être réellement l'originalité d'une image en poésie.


Pour ce qui est de l'authenticité, je trouve que c'est illusoire, en général, car cela fait de la langue commune qu'on utilise en poésie l'essence même de l'âme : or, je ressens mon âme, c'est vrai, comme toujours en retrait de la langue que j'utilise (en l'occurrence, le français), et non confondue avec elle. Pour moi, l'authenticité est un leurre, car elle fait se fondre l'âme individuelle dans l'âme propre à une langue, qui est celle d'une collectivité : donc, ce qui passe pour authentique, c'est justement ce qui n'est pas soi, mais juste la langue qu'on utilise.


C'est précisément en rapport avec le vers. Celui-ci peut être ressenti comme fabriqué parce que je reprends des règles de métrique très connues, appréhendées à l'école. Mais j'ai parfois repris des règles du vieil anglais : eh bien, on croyait que j'avais écrit en vers libres, et cela paraissait beaucoup plus authentique !


Il faut savoir oublier aussi la culture, la tradition, quand on appréhende même un livre qui a l'air de la suivre.


L'authenticité d'un vers classique ne vient pas de ce qu'on se déverse personnellement dans les sons d'une langue commune, et qu'on se fond en elle d'une manière échevelée et déraisonnable, qu'on se dilue dans le collectif, tel un Xavier Grall moyen. Il vient de ce que ses sons, les sons de la langue, sont profondément ressentis, et qu'ils sont agencés en fonction de cela. Or, cela se traduit justement par le sentiment d'une "maîtrise technique", c'est à dire par la maîtrise des rythmes et des enchaînements sonores.


La vie d'un poème ne vient pas, Zorg, de ce que le poète hurle à la face du monde, dans une langue d'Etat (ou compréhensible par d'autres, tout au moins) : "Je suis bien vivant" ; il vient de ce que ce sont les rythmes qui créent, dans la nature, la vie : les jours, les saisons, les années - qui se reflètent, au niveau animal, par le souffle et le coeur.


Cela dit, je vous ai envoyé ce recueil au cas où, et vous êtes libre d'en parler ou non. Pour le Guichonnet, franchement, votre excuse ne me paraît pas très bonne, car cette réédition a réellement été augmentée, et je suis persuadé que la plupart de vos lecteurs ont oublié les précédentes. De surcroît, Guichonnet est maintenant âgé : il ne publie plus rien. Il a réédité ce livre aussi parce que c'était l'un des premiers qu'il avait écrits, et qu'il portait sur la cité de son enfance, qui l'a vu grandir : il y a finalement des relents épiques, dans cette histoire extérieurement très sérieuse. Certes, c'est bien un livre faisant la promotion de Bonneville, mais c'est aussi un hommage indirect rendu à son auteur. Or, ce même auteur a beaucoup fait pour l'histoire genevoise. Je pensais que la presse genevoise pouvait lui marquer de la reconnaissance en s'intéressant, ne serait-ce que minimalement, à son livre le plus personnel, celui qui portait sur la ville dont il était originaire. Ne serait-ce que minimalement, c'est à dire, par un encart, je ne sais pas, par l'évocation brève de sa sortie, avec les références de nos éditions.


Ensuite, puisque vous aimez le patois, eh bien, dans quelque temps, nos éditions devraient sortir l'édition bilingue des poèmes en patois d'un arrière-grand-oncle de Samoëns, un écrivain qui a aussi voyagé au Congo et en a rapporté un petit livre. Un écrivain issu toutefois de la classe des paysans de Haute-Savoie, des paysans de Samoëns, assez traditionalistes, en général, catholiques et même royalistes, car les Mogenet de Samoëns sont réputés pour avoir été fidèles au comte de Sales représentant le duc de Savoie, à la Révolution, et pour avoir compté parmi eux un procureur du roi de Sardaigne à Chambéry, au XIXe siècle. Mais j'espère que cela ne vous gênera pas trop ! Il est encore à noter que cet arrière-grand-oncle a commencé à écrire ses poèmes en patois alors qu'il aidait sa cousine germaine Marie-Louise Jaÿ a diriger la Samaritaine : à Paris, donc. Il faut parfois être loin, pour prendre conscience que le pays natal nous manque !


Je vous recontacterai, quoi qu'il en soit.

Commentaire n° 31 posté par: Ramiel(site web) le 08/02/2008 - 13:15:40

Bon, je regarde pour une prochaine page livre avec le Guichonnet.


Pour le reste, je ne me permettrai pas de juger les choix de nos aïeux, qui avaient sans doute de bonnes raisons d'être ce qu'ils étaient. Moi même, quand j'observe la déliquescence politique actuelle, je me sens parfois royaliste...

Commentaire n° 32 posté par: Zorg le 08/02/2008 - 15:16:26
Commentaire n° 33 posté par: ozfzycoz le 03/03/2008 - 12:19:27
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