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    <title><![CDATA[L'Esotériste aphoristique]]></title>
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    <description><![CDATA[L'Arviblog de Ramiel est un blog social constitué de "Choses vues".]]></description>
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    <dc:creator>Over Blog</dc:creator>
    <dc:creator.e-mail>admin@arviblog.com</dc:creator.e-mail>
    <dc:date>2008-07-04</dc:date>

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    <title><![CDATA[Songe de Platon]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-218132.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p>Il y a quelque temps, j'ai relu des contes de Voltaire : j'en ai parl&eacute;. Parmi eux se trouvait celui appel&eacute; <em>Songe de Platon</em>, et son d&eacute;but a r&eacute;sonn&eacute; &eacute;trangement &agrave; mes oreilles, comme un &eacute;cho. En effet, Voltaire s'y moque de l'id&eacute;e de Platon selon laquelle l'&ecirc;tre humain, &agrave; l'origine, n'e&ucirc;t pas &eacute;t&eacute; diff&eacute;renci&eacute; sur le plan sexuel. Il se f&ucirc;t diff&eacute;renci&eacute; apr&egrave;s une sorte d'&eacute;v&eacute;nement critique. Platon partageait cette id&eacute;e avec Emp&eacute;docle, comme on ne l'ignore pas : le philosophe pr&eacute;socratique, disciple de Pythagore, pensait que la nature au d&eacute;part &eacute;tait une, qu'elle n'&eacute;tait constitu&eacute;e que d'un seul &eacute;l&eacute;ment, et que toutes les choses, y compris les sexes, ne s'&eacute;taient diff&eacute;renci&eacute;es que progressivement, selon des principes peut-&ecirc;tre pr&eacute;existants, mais non encore manifest&eacute;s, alors, au sein de la mati&egrave;re : les hommes et les femmes&nbsp;physiques,&nbsp;en particulier, n'&eacute;taient apparus que post&eacute;rieurement &agrave; l'humanit&eacute; en g&eacute;n&eacute;ral.</p>
<p>De fait, les &ecirc;tres les plus primitifs, tels les mollusques, ne se diff&eacute;rencient pas non plus sur le plan sexuel : ils sont hermaphrodites. Or, au sein de l'Evolution, les &ecirc;tres les plus &eacute;volu&eacute;s, comme les humains, sont bien pass&eacute;s par tous les stades. Leur diff&eacute;rence avec les autres est que ces derniers sont rest&eacute;s fig&eacute;s dans la m&ecirc;me forme : ils ont stagn&eacute;, comme e&ucirc;t dit Teilhard de Chardin.</p>
<p>Voltaire, n&eacute;anmoins, n'avait aucune connaissance (et pour cause) de la th&eacute;orie de l'Evolution. Le transformisme, qui cr&eacute;e des modifications progressives dans les esp&egrave;ces, lui &eacute;chappait en profondeur. Il &eacute;tait fonci&egrave;rement fixiste, de par son &eacute;ducation, d'essence classique.</p>
<p>La Bible contredisait Emp&eacute;docle et Platon : le p&eacute;ch&eacute; originel &eacute;tait post&eacute;rieur &agrave; la distinction claire entre l'homme et la femme, dans les saintes Ecritures ; et la femme &eacute;manait de l'homme. Nul n'ignore, par ailleurs,&nbsp;que le culte de la raison &eacute;tait assum&eacute; par les pr&ecirc;tres chr&eacute;tiens, face aux philosophes pa&iuml;ens : ils estimaient r&eacute;ellement, &agrave; la suite de saint Augustin, que le christianisme &eacute;tait infiniment plus raisonnable que le paganisme ; et de fait, il est plus rationaliste : ses imaginations, ou hypoth&egrave;ses, sont g&eacute;n&eacute;ralement moins teint&eacute;es de merveilleux, ressemblent davantage &agrave; la r&eacute;alit&eacute; ordinaire.</p>
<p>J'ai d&eacute;j&agrave; &eacute;voqu&eacute; la tendance de Voltaire &agrave; s'appuyer sur ce rationalisme de saint Augustin pour condamner bien s&ucirc;r les imaginations pa&iuml;ennes, mais aussi les inventions, ou les fables, le merveilleux propres au christianisme. Voltaire se moquait de toute fa&ccedil;on spontan&eacute;ment des id&eacute;es de Platon et de Pythagore. Son rejet du christianisme n'est pas un retour au paganisme fabuleux de la Gr&egrave;ce antique, mais plut&ocirc;t au r&eacute;alisme des Latins, au pragmatisme de l'ancienne Rome, qu'avait conserv&eacute; aussi, sp&eacute;cifiquement,&nbsp;le catholicisme, au travers de son implantation initiale dans la Ville &eacute;ternelle.</p>
<p>Je crois que la la&iuml;cit&eacute; telle qu'on en est venu &agrave; la concevoir en France lui doit beaucoup. Je me souviens qu'&agrave; une &eacute;poque o&ugrave; j'&eacute;tais le pr&eacute;sident actif d'une association de biodynamistes, j'ai re&ccedil;u un jour la visite de fonctionnaires de la Pr&eacute;fecture qui s'interrogeaient sur nos activit&eacute;s, notamment parce que la biodynamie avait &eacute;t&eacute; invent&eacute;e par Rudolf Steiner, dont la Soci&eacute;t&eacute; anthroposophique avait &eacute;t&eacute; class&eacute;e comme secte par un rapport parlementaire r&eacute;cent. Or, l'un des deux agents de l'Etat en question m'a demand&eacute;, &agrave; un certain moment, ce que je pensais de l'&eacute;trange id&eacute;e de Rudolf Steiner selon laquelle &agrave; l'origine des temps, le sexe de l'&ecirc;tre humain n'&eacute;tait pas diff&eacute;renci&eacute;.</p>
<p>Je ne savais pas que Rudolf Steiner avait &eacute;nonc&eacute; cette opinion, mais cela ne m'&eacute;tonnait pas sp&eacute;cialement, car elle correspondait assez &agrave; sa philosophie g&eacute;n&eacute;rale. Je n'ai donc pas cherch&eacute; &agrave; louvoyer, et j'ai parl&eacute; de l'Evolution et des mollusques, et de la logique transformiste de Steiner &agrave; cet &eacute;gard, puisqu'il pensait que l'&ecirc;tre humain avait physiquement &eacute;volu&eacute; &agrave; travers les formes animales, lui aussi, et qu'il &eacute;tait pass&eacute;, ext&eacute;rieurement, formellement, par les diff&eacute;rents stades dont les animaux &eacute;taient &agrave; ses yeux les souvenirs, les restes. Sa pens&eacute;e, quoiqu'exprim&eacute;e de fa&ccedil;on plus color&eacute;e, &eacute;tait sensiblement la m&ecirc;me que celle de Teilhard de Chardin.</p>
<p>Je dois ajouter, pour &ecirc;tre honn&ecirc;te, que l'autre fonctionnaire a admis aussit&ocirc;t que chacun &eacute;tait libre de ses opinions, lorsqu'il s'agissait de faire pousser des l&eacute;gumes dans un jardin priv&eacute;, ce qui &eacute;tait quand m&ecirc;me &agrave; quoi devait servir la biodynamie, au sein de notre association...</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-02-20T07:58:20+02:00</dc:date>
  </item>

	
  <item rdf:about="http://ramiel.fr.arviblog.com/article-217195.html">
    <title><![CDATA[Alexandre Dumas]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-217195.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p>J'ai publi&eacute; plusieurs articles sur Alexandre Dumas et ses r&eacute;cits sur la conqu&ecirc;te du mont-Blanc, que j'ai lus. Il s'y montre un grand amoureux de la Savoie et des Savoyards.</p>
<p>Un jour, par ailleurs, un inspecteur de Lettres m'a dit qu'aux &eacute;l&egrave;ves de Troisi&egrave;me, il fallait faire lire les volumineux <em>Trois Mousquetaires</em>. Je me suis alors employ&eacute; &agrave; pratiquer cette &oelig;uvre, puisque je ne l'avais jamais fait, et cela, avec d'autant plus d'empressement, que parall&egrave;lement, ce m&ecirc;me inspecteur soutenait mon projet de r&eacute;&eacute;diter les <em>Prisonniers du Caucase</em>, de Xavier de Maistre...</p>
<p>Cependant, arriv&eacute; presque au milieu du roman de Dumas, je me suis trouv&eacute; compl&egrave;tement bloqu&eacute;, comme dans l'impossibilit&eacute; de continuer. Je venais de finir l'&eacute;pisode du diamant de la reine. Ensuite, l'action &eacute;tait vaguement relanc&eacute;e, mais j'eus soudain le sentiment que cela n'en finirait pas, que l'enjeu dramatique &eacute;tait impr&eacute;cis. Il faut sans doute s'int&eacute;resser &agrave; la politique, et &agrave; Richelieu : car le fond de l'intrigue est cette question. Mais il me semble qu'avec <em>Cinq-Mars</em>, Vigny a justement, sur ce sujet, pu cr&eacute;er une v&eacute;ritable &eacute;pop&eacute;e, dont l'action est unitaire, coh&eacute;rente, et m&ecirc;me si le roman de Dumas est plus enjou&eacute;, plus bondissant, il n'a pas assez de profondeur et de sens du myst&egrave;re pour &ecirc;tre appel&eacute;, lui, une &eacute;pop&eacute;e. Je crois que le plaisir de sa lecture vient aussi de ce qu'il se situe dans les quartiers de Paris, alors que le livre de Vigny se passe souvent en Touraine et au pied des Pyr&eacute;n&eacute;es. On sait bien que les Parisiens dominent le march&eacute; de la litt&eacute;rature classique, pour ainsi dire ;&nbsp;le jugement peut &ecirc;tre partial !</p>
<p>Dumas est certainement un homme sympathique, cela dit : j'aime sa fa&ccedil;on de voir les choses. Vigny est plus aust&egrave;re ; mais c'est quand m&ecirc;me un grand po&egrave;te.</p>
<p>Le pire est que l'inspecteur dont je parlais est entretemps parti &agrave; la retraite, et que les enseignants de l'Acad&eacute;mie n'ont globalement pas du tout voulu entendre parler de mes&nbsp;malheureux <em>Prisonniers du Caucase</em>, compl&egrave;tement abandonn&eacute;s au fond de leurs montagnes par la Civilisation ! </p>
<p>Ensuite, je m'en souviens, dans une liste de discussion &eacute;lectronique des professeurs de Lettres de mon Acad&eacute;mie, j'ai essay&eacute; de relancer le d&eacute;bat, mais on n'y a pas donn&eacute; suite, en d&eacute;clarant que cette liste n'&eacute;tait pas un lieu appropri&eacute; pour la pol&eacute;mique. Finalement, donc, j'ai rendu <em>Les Trois Mousquetaires </em>&agrave; la biblioth&egrave;que de mon Coll&egrave;ge, compl&egrave;tement d&eacute;courag&eacute;.</p>
<p>N&eacute;anmoins, je persiste &agrave; croire que mes motifs sont plus litt&eacute;raires que politiques. Cette intrigue &agrave; rallonge dont on n'a pas le sentiment qu'elle m&egrave;ne quelque part m'a paru faible, face au <em>Cinq-Mars </em>de Vigny, qui se termine tragiquement, et acquiert, ainsi, une dimension symbolique qui en fait un vrai <em>myst&egrave;re</em>, au sens antique du terme. On est soudain proche de<em> La R&eacute;volte des armures d'or </em>: le Cardinal incarne la puissance occulte (dit Vigny lui-m&ecirc;me), c'est &agrave; dire magique, qui broie tout sur son passage, parce que la force qui meut ce monde l'habite. Vigny le rattache effectivement au Mal : celui-ci s'impose, au sein de la destin&eacute;e, d'une fa&ccedil;on absurde et terrible, comme chez les Anciens. Hugo, dans <em>Marion Delorme</em>, dit aussi que Richelieu est habit&eacute; par Satan. Le <em>prince de ce monde </em>&eacute;crase le chevalier de Touraine qui &eacute;tait un ange fait homme, chez Vigny : un descendant des f&eacute;es !</p>
<p>En filigrane, cela existe aussi, chez Dumas : Richelieu y est bien d'une adresse surhumaine, d'Artagnan est bien d'une vertu hors du commun. Mais l'action y est moins centr&eacute;e autour ces th&egrave;mes : elle se dilue dans bien d'autres choses. Et de surcro&icirc;t, les deux principes que ces personnages repr&eacute;sentent paraissent s'&eacute;quilibrer perp&eacute;tuellement : la m&eacute;canique de la succession temporelle pr&eacute;vaut, et non le sens du Destin - du Drame. On est dans l'aventure, et non dans le mythe. Voil&agrave; pourquoi, je crois, je me suis lass&eacute;, m&ecirc;me si l'aventure &eacute;tait joyeuse et avenante, et &eacute;manait d'un auteur sympathique : mais cela ne fait pas tout !</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-02-16T12:42:46+02:00</dc:date>
  </item>

	
  <item rdf:about="http://ramiel.fr.arviblog.com/article-216472.html">
    <title><![CDATA[Gérôme Fitoussi]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-216472.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p>J'ai un vieil ami, acquis quand j'&eacute;tais &agrave; Montpellier, o&ugrave; j'ai fait du Droit et des Lettres : G&eacute;r&ocirc;me Fitoussi, que, sur Internet, on appelle<em> Jessytea</em>.</p>
<p>Il est musicien, mais aussi po&egrave;te, et c'est par la litt&eacute;rature que je l'ai rencontr&eacute;. A l'Universit&eacute; Paul Val&eacute;ry, il avait signal&eacute; l'existence d'un fanzine musical qu'il &eacute;ditait, intitul&eacute; <em>Shub-Niggurath</em>. Or, passionn&eacute; par Lovecraft et sa mythologie, dont ce nom &eacute;tait issu, je lui ai &eacute;crit en lui envoyant un texte sur le g&eacute;nie de Providence, et il l'a publi&eacute; dans un num&eacute;ro suivant, en compagnie de quelques po&egrave;mes, de lui, de moi, et de quelques-uns de ses amis. Les po&egrave;mes de<em> Jessytea </em>&eacute;taient sublimes, pleins de fabuleuses images, puis&eacute;es au tr&eacute;fonds de l'&acirc;me. </p>
<p>Plus tard, quand nous nous sommes &eacute;crit, j'ai pu constater que ses lettres aussi palpitaient de son g&eacute;nie, de son &acirc;me forte et gonfl&eacute;e d'un rayonnement occulte qui semblait venir des profondeurs - ou alors de sph&egrave;res &eacute;loign&eacute;es de la n&ocirc;tre !</p>
<p>Plus tard, il m'envoya son premier disque, et sa musique &eacute;tait encore telle : pleine d'une sorte de bouff&eacute;e venue des lointains cosmiques, de spirales satur&eacute;es d'encens et montant de puits &eacute;normes et sans fond. Il arrangeait volontiers des rythmes amazoniens qui faisaient vraiment partir au bout des mondes, et qui contenaient une m&eacute;lancolie ardente, qui ne pliait pas, une sorte d'&eacute;nergie dans la noirceur, dans la vision &eacute;trange, un peu comme dans le chamanisme de Jan Kounen et de son <em>Exp&eacute;rience interdite</em>.</p>
<p>Un certain morceau de ce disque, accompagn&eacute; de paroles exprim&eacute;es comme une litanie, ainsi qu'un murmure souffrant, &eacute;voquait une femme aper&ccedil;ue au fond d'une grotte des C&eacute;vennes, avec des flammes dans les mains : une f&eacute;e primitive des cavernes ! Or, plus la vision se faisait nette, plus le rythme s'enroulait vite. C'&eacute;tait sublime. </p>
<p>D'autres morceaux &eacute;taient davantage en relation avec les abysses : car Montpellier n'est pas loin d'une mer violette. Oh, j'y ai vu le soleil couchant briller et lancer mille &eacute;meraudes sur les nappes de saphirs, non loin des marais salants, et l'abbaye de Maguelonne, que chanta jadis Marot, se dressait comme une faille sombre au sein du voile de lumi&egrave;re, au bout de sa presqu'&icirc;le ! Les couchers de soleil de Montpellier et de son territoire m'ont inspir&eacute; bien des po&egrave;mes cosmiques ; car ils &eacute;taient d'une beaut&eacute; indicible : les couleurs flamboyaient, prenaient vie, ainsi que des anges !</p>
<p>Ensuite, G&eacute;r&ocirc;me a fait un disque encore tr&egrave;s beau qui contenait plusieurs de mes po&egrave;mes, et les mettait en musique. De nouveau, cela emmenait loin. Et tout r&eacute;cemment, il m'a envoy&eacute; un album qu'il a r&eacute;alis&eacute; avec son groupe, et il n'est pas moins que d'habitude frapp&eacute; au coin de son g&eacute;nie. L'atmosph&egrave;re en est plus l&eacute;g&egrave;re, peut-&ecirc;tre, le brouillard plus rempli de petits diamants en suspension que de gros saphirs. Mais les sons y sont bien comme des cloches dans l'argent volatile, ouvrant les portes aspirantes des plus profonds myst&egrave;res ! Il se nomme <em>A la poursuite de Ren&eacute; Fonck</em>, et l'&eacute;quipe a pris le nom de <em>TdBt and the Garys</em>.</p>
<p>On y entend d'abord un <em>D&eacute;collage</em>, et puis on passe par l'arc-en-ciel peint sur la pochette. Alors, les fus&eacute;es s'avancent en rythme, venues de l'horizon comme des fl&egrave;ches de lumi&egrave;re. On vole sans frein. Le paysage se fait ensuite plus doux, et l'on aper&ccedil;oit <em>Des Chinoises dans la jungle</em>, qui dansent, ou marchent &agrave; petits pas ; et on s'en approche en vibrant de tous ses membres ! Alors, l'exp&eacute;rience devient plus &eacute;trange, plus indistincte, et on tombe comme sur des perrons de cristal inclin&eacute;s. Une forme d'inqui&eacute;tude survient. Un nouveau seuil fait entrer dans un feu blanc qu'il faut affronter. La tonalit&eacute; devient plus basse, plus sourde, plus &acirc;pre. Mais bient&ocirc;t, surgit une danse virevoltante et comique, un<em> Happy muff</em>, et la gaiet&eacute; revient. Puis, le jeu &eacute;lectronique de <em>Moo la Vache </em>emm&egrave;ne vers des strates insoup&ccedil;onn&eacute;es, qui arrivent l'une sur l'autre, successivement, et finissent, ainsi, par emplir les cieux ! Le dernier morceau scelle une forme de destin&eacute;e de r&eacute;volte, sous le signe de Jack Kerouac : une ligne est trac&eacute;e sans concession. Ce sont l&agrave; huit mouvements, en v&eacute;rit&eacute;, pour transporter son &acirc;me sur le balais de feu de la musique de mon ami tr&egrave;s cher ! Chacun en jugera par soi-m&ecirc;me - s'il se les procure.</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-02-13T07:23:49+02:00</dc:date>
  </item>

	
  <item rdf:about="http://ramiel.fr.arviblog.com/article-215599.html">
    <title><![CDATA[De la Terre à la Lune]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-215599.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p>J'ai lu le roman de Jules Verne <em>De La Terre &agrave; la Lune </em>; cela entrait dans une s&eacute;quence d'enseignement sur l'explication technique. De fait, il m&ecirc;le l'&eacute;pop&eacute;e &agrave; la science moderne : il raconte comment des &ecirc;tres humains essayent de gagner physiquement la Lune, au moyen d'un canon et d'un obus habit&eacute;, et est entrecoup&eacute; de consid&eacute;rations scientifiques estampill&eacute;es par les autorit&eacute;s du temps, auxquelles Verne les avait donn&eacute;es &agrave; lire, pour v&eacute;rification.</p>
<p>Certes, aujourd'hui, on peut sourire. Les personnages partent sur la Lune sans savoir comment ils en reviendront, et m&ecirc;me sans pr&eacute;voir de sources d'existence au-del&agrave; de deux mois, persuad&eacute;s que la Lune dispose d'eau, d'air et donc, &agrave; terme, de quoi manger !</p>
<p>Le fil narratif est d&eacute;shumanis&eacute;. Les personnages sont soumis &agrave; une typologie plut&ocirc;t rigide, comme chez Zola (quoiqu'elle soit moins complexe que chez celui-ci).</p>
<p>L'originalit&eacute; de Verne, c'est d'avoir d&eacute;crit les machines avec feu. Il fut le po&egrave;te de la m&eacute;canique transcendantale. L'un de ses chapitres se nomme significativement l'<em>Hymne du Boulet </em>: il l'assume.</p>
<p>Il &eacute;voque avec extase les &eacute;normes canons de l'Am&eacute;rique (il rappelle que ce continent a surtout le g&eacute;nie du gigantisme, et donc, de la puissance physique qu'on peut exercer sur le monde), et sa <em>Columbiad</em>, un canon d'une taille inou&iuml;e, propre &agrave; faire vaincre aux projectiles la distance qui s&eacute;pare la Lune de la Terre, a quelque chose de surnaturel : l'&acirc;me des profondeurs l'habite ; on est proche de l'alchimie.</p>
<p>Verne condamne globalement les superstitions traditionnelles, toutefois. Celles sur la Lune sont particuli&egrave;rement &eacute;voqu&eacute;es. Or, la position de Verne atteste d'un mat&eacute;rialisme de principe. Si les superstitions sont elles-m&ecirc;mes certainement vides de rationalit&eacute;, elles peuvent &ecirc;tre l'expression de v&eacute;rit&eacute;s cach&eacute;es et pressenties. L'id&eacute;e, par exemple, qu'il existe sur la Lune des &ecirc;tres avec lesquels les &ecirc;tres humains ont une sorte de lien magn&eacute;tique, vient simplement d'une image, d'essence mystique, de l'ange gardien, r&eacute;put&eacute; vivre sur la sph&egrave;re que dessine la Lune en tournant autour de la Terre.</p>
<p>Cela dit, le h&eacute;ros fran&ccedil;ais Michel Ardan tend &agrave; montrer que Verne reste fascin&eacute; par les faits &eacute;tranges, qu'il &eacute;num&egrave;re avec volupt&eacute;. Ce Michel Ardan va jusqu'&agrave; vouloir mat&eacute;rialiser, artistiquement, les esprits gnomiques qui commandent aux lois physiques, en proposant &agrave; ses compagnons d'orner l'obus habit&eacute; de figures chim&eacute;riques, tir&eacute;es de la mythologie grecque. D'ailleurs, l'esp&egrave;ce de temple du Gun-Club, &agrave; l'int&eacute;rieur duquel les figures symboliques sont cr&eacute;&eacute;es au moyen d'armes &agrave; feu enchev&ecirc;tr&eacute;es, rappelle &eacute;galement tout ce que peut avoir de spiritualiste, en profondeur, l'engouement pour les machines, qui permettent &agrave; la volont&eacute; humaine de devenir ma&icirc;tresse des propri&eacute;t&eacute;s de la mati&egrave;re. Cela a un c&ocirc;t&eacute; r&eacute;ellement magique, somme toute. Les lois physiques ont bien &eacute;t&eacute; appr&eacute;hend&eacute;es par l'esprit humain ; en elles-m&ecirc;mes, elles aussi demeurent cach&eacute;es : la logique propre &agrave; la mati&egrave;re n'appara&icirc;t qu'&agrave; la Raison ; les ph&eacute;nom&egrave;nes, Sartre l'a d&eacute;montr&eacute;, n'apparaissent que comme une succession informe et incoh&eacute;rente, arbitraire, et c'est d'abord l'esprit humain qui surmonte ce n&eacute;ant, et qui cr&eacute;e, par suite, les machines ! Verne en a senti la port&eacute;e, et a voulu en faire le po&egrave;me. C'est ce qui est beau et noble, dans son livre. Il est simplement dommage qu'il ait &eacute;tendu son syst&egrave;me &agrave; des personnages du coup plut&ocirc;t froids et sans vie.</p>
<p>Ses romans sont en fait des pr&eacute;textes non pas tant &agrave; de la vulgarisation scientifique, comme on le dit souvent, mais &agrave; des odes aux machines...</p>
<p>La pr&eacute;sence de l'histoire des Etats-Unis a &eacute;galement son importance secr&egrave;te, dans le livre. Il &eacute;voque, notamment, &agrave; cet &eacute;gard, le Texas et la Floride, dont la T&eacute;l&eacute;vision nous parle si souvent. C'est utile et int&eacute;ressant.</p>
<p>J'ajoute que le symbolisme est clair, au travers du pr&eacute;sident du Gun-Club, nomm&eacute; Barbicane, et qui est donc le fils spirituel, l'incarnation de sainte Barbe, patronne des artilleurs ! Qu'il f&ucirc;t am&eacute;ricain &eacute;tait indispensable, puisque l'&acirc;me am&eacute;ricaine, aux yeux de Verne, est directement en lien avec l'esprit du monde physique, et que les Am&eacute;ricains eux-m&ecirc;mes accomplissent, dans l'ordre mat&eacute;riel des choses, des r&eacute;alisations qui rel&egrave;vent du prodige. Ensuite, il faut bien que tous les m&eacute;tiers aient leur bon ange, leur saint patron, leur inspirateur en soi immat&eacute;riel, n'est-ce pas !</p>
<p>Verne a voulu justifier un culte qu'on vouait aux machines, et apr&egrave;s tout, c'&eacute;tait son droit le plus absolu.</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-02-09T12:57:15+02:00</dc:date>
  </item>

	
  <item rdf:about="http://ramiel.fr.arviblog.com/article-214805.html">
    <title><![CDATA[Athlétisme]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-214805.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p>Je me souviens que quand j'&eacute;tais au lyc&eacute;e Berthollet d'Annecy, mon professeur de gymnastique, en me voyant courir, me conseilla vivement de faire de la comp&eacute;tition et de m'inscrire dans un club d'athl&eacute;tisme : il me certifia que j'obtiendrais des r&eacute;sultats, au moins sur le plan r&eacute;gional, puisque beaucoup en obtenaient sans avoir mes moyens, disait-il.</p>
<p>Mais j'avoue que l'athl&eacute;tisme ne m'a jamais int&eacute;ress&eacute;. J'ai &eacute;crit un po&egrave;me, une fois, sur les jeux olympiques, mais j'ai fait valoir que chez les anciens Grecs, les lauriers de la victoire menaient au pays des dieux, tandis que cet aspect mythologique et au fond initiatique &eacute;tait remplac&eacute;, &agrave; notre &eacute;poque, par une conception assez bestiale des choses. De fait, comme le disait Gerdil, les anciens pensaient que les dieux favorisaient ceux qui le m&eacute;ritaient, tandis qu'&agrave; pr&eacute;sent, on pense seulement que celui qui a la m&eacute;canique corporelle la plus affin&eacute;e doit &ecirc;tre port&eacute; aux nues.</p>
<p>Oui, les jeux olympiques &eacute;taient un myst&egrave;re au sein duquel la volont&eacute; des dieux se manifestait, exactement comme le duel judiciaire des anciens Germains. Il n'&eacute;tait pas r&eacute;ellement question, comme on se l'imagine, de rendre un culte &agrave; des talents purement physiques. Comme dans l'<em>Iliade</em> derri&egrave;re les combattants, des immortels se tenaient derri&egrave;re les champions, et les portaient sur l'air ! La providence d&eacute;terminait, au su et au vu de tous, le vainqueur.</p>
<p>L'Occident chr&eacute;tien a d'abord abandonn&eacute; ces jeux, parce qu'il estimait, non sans raison, que Dieu n'&eacute;tait pas oblig&eacute; de se m&ecirc;ler de tout, et que le plan physique, pr&eacute;cis&eacute;ment, pouvait aussi bien d&eacute;pendre du diable, de lois d&eacute;tach&eacute;es de la volont&eacute; divine, et ayant une forme d'autonomie. C'est ce dont J&eacute;sus parlait, quand il &eacute;voquait le <em>Prince de ce monde</em>. Mais les Grecs ne croyaient pas au diable : toute action d&eacute;pendait d'une volont&eacute; divine. L'&eacute;thique a donc chang&eacute;.</p>
<p>Le mat&eacute;rialisme finalement est l'h&eacute;ritier spontan&eacute; de la pens&eacute;e grecque. Mais pr&eacute;cis&eacute;ment, cette absence de perspective suprasensible qui caract&eacute;rise la pens&eacute;e moderne rend bien inane la comp&eacute;tition sportive. De fait, quand je vois quelqu'un me dire qu'il court tr&egrave;s vite, je lui fais toujours remarquer que mon chien court encore plus vite, et que ce n'est pas par l&agrave; que l'&ecirc;tre humain est son ma&icirc;tre.</p>
<p>A la rigueur, je dois le dire, quand il existe une possibilit&eacute; de m&ecirc;ler le conflit psychique &agrave; l'action physique, comme dans les jeux de balle, l'enjeu me para&icirc;t plus int&eacute;ressant. Neutraliser l'adversaire en le d&eacute;routant, en ping-pong, cela a toujours &eacute;t&eacute; ma sp&eacute;cialit&eacute;. Mais nombre de mes adversaires, voyant que je ne fondais pas vraiment mon jeu sur des qualit&eacute;s athl&eacute;tiques, m'ont quasiment trait&eacute; de tricheur : quand on ne joue pas comme un fauve de la savane, n'est-ce pas, on manque de naturel. Et de fait, j'ai fr&eacute;quemment battu des joueurs plus rapides et plus forts que moi.</p>
<p>En tennis, j'ai pu surprendre par mon acharnement &agrave; aller chercher toutes les balles : par ma volont&eacute; de ne pas perdre. En tout cas pas sans m'&ecirc;tre bien d&eacute;fendu. (En moi sans doute vit l'image de ces guerriers assi&eacute;g&eacute;s qui r&eacute;sistent jusqu'au bout, et dont j'ai lu les l&eacute;gendes quand j'&eacute;tais petit !)</p>
<p align="justify">Mais je ne me suis jamais engag&eacute; dans la comp&eacute;tition. Or, l&agrave; o&ugrave; je travaille, on peut justement le faire - dans un cadre officiel -, notamment dans le ski : il existe des structures qui permettent aux plus jeunes de s'y engager. En g&eacute;n&eacute;ral, cela ne les rend pas sp&eacute;cialement ardents &agrave; se passionner pour la culture dans un sens que j'estime plus &eacute;lev&eacute;. Mais peut-&ecirc;tre que cela ne vient pas du sport, peut-&ecirc;tre qu'ils auraient agi ainsi de toutes fa&ccedil;ons. Ce qui est plus ennuyeux, c'est que la glorification des champions, de ceux qui parviennent &agrave; effacer les autres gr&acirc;ce &agrave; leurs r&eacute;sultats sportifs - qu'un robot pourra probablement avoir aussi bien qu'eux, sous peu -, ne laisse gu&egrave;re de place &agrave; l'humilit&eacute; face aux vraies grandes &oelig;uvres de l'humanit&eacute;. Idol&acirc;trer la m&eacute;canique corporelle, n'est-ce pas tr&egrave;s vain ?</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-02-06T08:02:47+02:00</dc:date>
  </item>

	
  <item rdf:about="http://ramiel.fr.arviblog.com/article-213859.html">
    <title><![CDATA[La révolte des armures d'or]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-213859.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p><em>La R&eacute;volte des armures d'or </em>est le beau titre chinois d'un film de Zhang Yimou que les Fran&ccedil;ais ont rebaptis&eacute; <em>La Cit&eacute; interdite</em>, transformant ainsi une &oelig;uvre &eacute;pique en documentaire implicite - en histoire illustr&eacute;e et &agrave; th&egrave;se sur un trait de civilisation. La cit&eacute; imp&eacute;riale est close sur elle-m&ecirc;me, et l'Empereur y r&egrave;gne sans partage : la r&eacute;volte est mat&eacute;e dans le sang, et la cruaut&eacute; du ma&icirc;tre n'a d'&eacute;gale que sa toute-puissance. On e&ucirc;t dit, dans la France de Louis XIV, qu'il est &agrave; l'image de Dieu.</p>
<p>Evidemment, la cit&eacute; interdite est &eacute;galement belle par son d&eacute;cor incroyable, sa fabuleuse richesse. Les ors mat&eacute;rialisent la divinit&eacute; que repr&eacute;sentent l'Empereur et sa famille. Mais le titre chinois rappelait aussi que cette divinit&eacute; est ici, d'une fa&ccedil;on incompr&eacute;hensible et pa&iuml;enne, du c&ocirc;t&eacute; du mal : les armures d'or sont solaires, et expriment la vertu, l'honn&ecirc;tet&eacute;, l'amour filial, la puret&eacute; ; la victoire revient cependant &agrave; l'argent, qui est l'expression, peut-&ecirc;tre, de la force en tant qu'elle forme le monde terrestre.</p>
<p>Cette dichotomie est r&eacute;ellement chinoise. Elle renvoie &agrave; ce que Platon disait des po&egrave;tes tragiques, qui &eacute;taient bien oblig&eacute;s de rendre les dieux m&eacute;chants, puisqu'ils conduisaient l'&ecirc;tre humain &agrave; sa perte, alors qu'il ne m&eacute;ritait pas de mourir. L'univers allait vers le mal. Zhang Yimou a fait une &oelig;uvre qui exprime, dans le m&ecirc;me temps, la croyance en la possibilit&eacute; d'un pouvoir terrestre absolu, et la pens&eacute;e que le r&eacute;gime chinois actuel exerce pr&eacute;cis&eacute;ment ce pouvoir dans le sens du bien. C'est un film tr&egrave;s officiel, pour ainsi dire.</p>
<p>Plastiquement, il est magnifique, incomparable, &eacute;blouissant. La trag&eacute;die, rendue de mani&egrave;re magistrale, est bien digne des anciens Grecs, dans l'&eacute;pouvante m&ecirc;me qu'elle inspire : la mort se dresse, majestueuse, au bout du chemin ; l'Empereur est le seuil ultime du monde. Rien ne peut surmonter sa volont&eacute;. Il est l'universel <em>broyeur</em>.</p>
<p>N&eacute;anmoins, le symbolisme des armures n'appara&icirc;t clairement que quand on &eacute;coute l'interview de Zhang Yimou, que les &eacute;diteurs du disque du film ont ajout&eacute;e.</p>
<p>L'Empereur arbore le Dragon : c'est l'expression de la force terrestre, de celle qui forme les choses telles qu'elles se manifestent. On ne peut la vaincre. Elle est absolue. Le Dragon est sacr&eacute;. </p>
<p>En Occident, on le sait, cette expression de la force divine du monde d'en bas a &eacute;t&eacute; assimil&eacute;e au diable ; car contrairement &agrave; ce qu'on croit, si les valeurs morales diff&egrave;rent d'un pays &agrave; l'autre, et donc donnent aux symboles des colorations diverses, ceux-ci, en profondeur, renvoient g&eacute;n&eacute;ralement aux m&ecirc;mes principes - en tant qu'on les consid&egrave;re comme <em>contenus dans le monde</em>. On ne s'en aper&ccedil;oit pas, quand on croit que ces figures se r&eacute;sument &agrave; des tendances morales, &agrave; ce qui est bien ou mal, au clair ou &agrave; l'obscur ; mais la r&eacute;alit&eacute; est diff&eacute;rente. Le symbolisme ne se r&eacute;duit pas &agrave; cela. Il passe toujours par l'&eacute;ventail des couleurs de l'arc-en-ciel. L'obscur se r&eacute;sout ais&eacute;ment au bleu lunaire, le lumineux au jaune ou au rouge solaire, et ainsi, le mal est ramen&eacute; vers le bien, le bien vers le mal : dans le monde, les principes se m&ecirc;lent, se confondent, et cr&eacute;ent, justement, le r&eacute;el !</p>
<p>L'imp&eacute;ratrice est assimil&eacute;e au Ph&eacute;nix : &agrave; cette vivante langue de feu c&eacute;leste, donc, qui revient inlassablement se briser sur le Dragon et ses &eacute;cailles, son corps de diamant - ou de charbon -, mais qui se renouvelle aussi inlassablement, au sein d'une grande clart&eacute;, afin de tenter d'amener toujours plus de beaut&eacute;, de bont&eacute; et de justice, au sein du monde. </p>
<p>Peut-&ecirc;tre que cet effort finit par cr&eacute;er la Chine communiste. Le sacrifice perp&eacute;tuel du Ph&eacute;nix sous les dents, entre les griffes du Dragon recr&eacute;e le monde, de fa&ccedil;on cach&eacute;e, et le rend plus beau sans qu'on s'en aper&ccedil;oive - de fa&ccedil;on magique. Rien ne le laisse supposer, dans le film. Il faut avoir une r&eacute;flexion pr&eacute;par&eacute;e par l'amour qu'on voue au r&eacute;gime de la Chine actuelle, pour y songer. L'Occidental est donc simplement conduit &agrave; penser qu'il n'y a pas de magie, pas d'am&eacute;lioration subreptice, que le pr&eacute;sent poursuit m&eacute;caniquement le pass&eacute; !</p>
<p>On peut s'imaginer, quand Zhang Yimou nie que cette interpr&eacute;tation soit bonne, qu'il n'ose pas s'exprimer ouvertement. Mais on peut aussi, pourquoi pas ? partir du principe qu'il est sinc&egrave;re, et qu'il voit les choses en Chinois, en plus de les voir en artiste et en philosophe.</p>
<p>Le film ressemble &agrave; <em>Marie-Antoinette</em>, de Sofia Coppola, qui porte bien en lui la condamnation d'un r&eacute;gime &eacute;go&iuml;ste : pour un Fran&ccedil;ais ordinaire, cela ne fait gu&egrave;re de doute. Or, pris dans l'absolu, le temps de Louis XVI peut quand m&ecirc;me &ecirc;tre regard&eacute; comme poursuivi par la V<sup>e</sup> R&eacute;publique : j'en ai d&eacute;j&agrave; parl&eacute;. C'est assez ambigu. Les fastes de la R&eacute;publique existent.</p>
<p>Zhang Yimou, quoi qu'il en soit, a r&eacute;alis&eacute; une &oelig;uvre sublime, qui r&eacute;ellement mat&eacute;rialise du mythe : qui donne une sorte de vraisemblance aux ordres de guerriers secrets qui volent dans les airs, selon les traditions anciennes, et qui place la cit&eacute; interdite aux franges du paradis terrestre. </p>
<p>Visuellement, c'est inou&iuml;. L'expression du g&eacute;nie chinois y est tout enti&egrave;re.</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-02-02T12:46:07+02:00</dc:date>
  </item>

	
  <item rdf:about="http://ramiel.fr.arviblog.com/article-212939.html">
    <title><![CDATA[La cité de l'image]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-212939.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p>J'ai longtemps v&eacute;cu &agrave; Annecy, le chef-lieu du d&eacute;partement de Haute-Savoie. Autrefois capitale du duch&eacute; de Genevois et du dioc&egrave;se de Gen&egrave;ve, cit&eacute; ducale et&nbsp;&eacute;piscopale qui vit entre ses murs rayonner les glorieux Jacques de Savoie, duc de Nemours, et saint Fran&ccedil;ois de Sales ; o&ugrave; naquit, &eacute;galement, l'Acad&eacute;mie florimontane, &agrave; laquelle participa Vaugelas avant d'aider &agrave; fonder l'Acad&eacute;mie fran&ccedil;aise. Annecy, depuis l'Annexion, a b&eacute;n&eacute;fici&eacute; du tourisme, lanc&eacute; par Eug&egrave;ne Su&euml; et l'imp&eacute;ratrice Eug&eacute;nie, et elle est rest&eacute;e une ville culturellement anim&eacute;e, mais moins litt&eacute;raire qu'autrefois.</p>
<p>On s'y veut &agrave; pr&eacute;sent <em>l&eacute;ger</em>. La pens&eacute;e &agrave; Annecy ayant globalement &eacute;t&eacute; orient&eacute;e vers la religion catholique, on pr&eacute;f&egrave;re maintenant y avoir des r&eacute;flexions superficielles, qui font simplement &eacute;cho &agrave; celles qu'on peut avoir ailleurs.</p>
<p>Cela dit, l'Ecole des Beaux-Arts et le Conservatoire y entretiennent encore une fibre artistique. L'&eacute;v&eacute;nement culturel majeur, dans la ville, est constitu&eacute; par les Journ&eacute;es du Cin&eacute;ma d'Animation.</p>
<p>Annecy ne manque pas de bons artistes, en particulier des peintres et des musiciens, et j'y ai moi-m&ecirc;me fait du chant, du th&eacute;&acirc;tre, du dessin, de la peinture et du cin&eacute;ma d'animation, quand j'&eacute;tais jeune. J'y ai aussi publi&eacute; un livre, mais je crois que son &eacute;diteur s'int&eacute;resse beaucoup plus aux <em>nouvelles technologies</em>, fond&eacute;es sur l'image, qu'&agrave; la chose imprim&eacute;e, comme qui dirait. C'est sympt&ocirc;matique : &agrave; la base, il est publiciste, et est install&eacute; &agrave; Cran, dans l'agglom&eacute;ration ann&eacute;cienne. Or, autrefois, Cran &eacute;tait connu pour ses papeteries, et ses ouvriers ; &agrave; pr&eacute;sent, les papeteries, datant du temps de Charles-Albert, ont ferm&eacute;, et la cit&eacute; se remplit de gens plus chics, qui pr&eacute;f&egrave;rent l'informatique, et orientent leurs activit&eacute;s culturelles vers un commerce plus moderne que celui du papier !</p>
<p>Observant cette &eacute;volution, le D&eacute;partement a voulu cr&eacute;er &agrave; Annecy une Cit&eacute; de l'Image dont les uns disent qu'elle est un gouffre financier, et les autres, qu'elle repr&eacute;sente l'avenir. Les premiers peuvent &ecirc;tre de vieux grincheux aigris ; mais il me semble, aussi, que les seconds sont fascin&eacute;s tr&egrave;s na&iuml;vement par les images. Ils croient vraiment que les machines qui en fabriquent sont comme la clef du paradis. </p>
<p>Elle ouvre la porte du pays des gnomes, que les anciens appelaient les Champs-Elys&eacute;es, et o&ugrave; ils mettaient leurs h&eacute;ros ! (Lovecraft en e&ucirc;t probablement fait une tromperie des Grands Anciens destin&eacute;e &agrave; mieux vampiriser les hommes, n'est-ce pas.)</p>
<p>A vrai dire, un artiste peut tr&egrave;s bien cr&eacute;er des images d'une grande beaut&eacute; et d'une grande profondeur &agrave; partir des techniques nouvelles. Les couleurs m&ecirc;mes de la peinture ont &eacute;t&eacute; obtenues, au cours des si&egrave;cles, par des moyens diff&eacute;rents. Du point de vue de l'histoire de l'art, l'irruption de l'&eacute;lectricit&eacute; et des machines n'est qu'un &eacute;v&eacute;nement parmi mille autres, contrairement &agrave; ce que croient les na&iuml;fs.</p>
<p>En soi, la complexification des instruments ne cr&eacute;e aucune forme de vie. Si miracle il y a, il est dans la flamme de l'artiste, dans son g&eacute;nie qui fait s'entrouvrir les cieux, et place dans la mati&egrave;re une forme d'&acirc;me qui un jour sublimera toute chose, en l'&eacute;veillant &agrave; une vie r&eacute;ellement nouvelle. Mais cela passe par l'&acirc;me, pr&eacute;cis&eacute;ment, par le sentiment, et non par des lois physiques, ou des principes math&eacute;matiques. La m&eacute;canique quantique elle-m&ecirc;me est impuissante, &agrave; cet &eacute;gard !</p>
<p>Et si l'&acirc;me humaine n'ouvre rien au sein du ciel - si elle ne soul&egrave;ve aucune trappe dans la vo&ucirc;te &eacute;toil&eacute;e -, alors, c'est que tout est vain : cela ne fait pas de la <em>technologie</em> un miracle.</p>
<p>Les moyens de communication nouveaux ne permettent en soi aucun progr&egrave;s. Ils changent les formes ext&eacute;rieures de la communication, mais c'est dans le contenu communiqu&eacute; que peut &ecirc;tre le ressort de l'Evolution, et non dans le contenant, f&ucirc;t-il complexifi&eacute; &agrave; l'extr&ecirc;me.</p>
<p>D'ailleurs, il n'est pas vrai que la vie, en soi, aille forc&eacute;ment vers la complexit&eacute;. Elle pousse la mati&egrave;re vers la complexit&eacute;, c'est vrai, et c'est ce qui donne l'illusion qu'elle na&icirc;t de la complexification de la mati&egrave;re ; mais arriv&eacute;e &agrave; un certain seuil, cette complexification s'arr&ecirc;te, et on assiste &agrave; une transformation : une forme plus simple, mais diff&eacute;rente, appara&icirc;t, qu'on peut dire sup&eacute;rieure &agrave; la pr&eacute;c&eacute;dente, parce qu'elle offre la possibilit&eacute; d'un nouveau seuil de complexification. L'Evolution se fait aussi par sauts. Teilhard de Chardin pr&eacute;senta avec raison les choses de cette mani&egrave;re.</p>
<p>L'art, justement, cr&eacute;e ces formes nouvelles, simples au d&eacute;part, mais en r&eacute;alit&eacute; plus fines, par nature, que les formes m&ecirc;me complexes qui les ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute;es ! C'est l&agrave; son myst&egrave;re, qui n'est g&eacute;n&eacute;ralement pas saisi. On pr&eacute;f&egrave;re penser les choses de fa&ccedil;on lin&eacute;aire, &agrave; partir de la mati&egrave;re seule. Le mat&eacute;rialisme a une vision simpliste de l'Evolution, et donc, n'en voit qu'une partie : il n'en saisit pas les fondements.</p>
<p>La Cit&eacute; de l'Image, c'est un palais sans prince : la cage sans ph&eacute;nix dont parlait d&eacute;j&agrave; Joseph de Maistre, stigmatisant &agrave; juste titre l'action des politiques, &agrave; cet &eacute;gard. Ils vivent dans l'illusionnisme : ils pensent que les f&eacute;es anim&eacute;es par des moyens m&eacute;caniques vulgaires, comme &agrave;<em> Disneyland</em>, ont une forme de dignit&eacute; ontologique ! Mais il n'y a pas, l&agrave;, de cr&eacute;ativit&eacute; r&eacute;elle.</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-01-30T07:52:23+02:00</dc:date>
  </item>

	
  <item rdf:about="http://ramiel.fr.arviblog.com/article-212059.html">
    <title><![CDATA[Poésie & traductions]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-212059.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p>En France, je crois, on lit trop de traductions. Cela permet l'ouverture sur le monde &agrave; bon compte. Cela me rappelle ce que me disait mon p&egrave;re des restaurants chinois d'Occident : les recettes sont &eacute;dulcor&eacute;es pour que le go&ucirc;t ne soit pas heurt&eacute;.</p>
<p>Une langue, n'est-ce pas, ce n'est pas seulement du sens. Je suis persuad&eacute;, en ce qui me concerne, que des sons, mais aussi de leurs agencements, naissent des &eacute;motions particuli&egrave;res, des sentiments, et qu'une id&eacute;e m&ecirc;me ne reste vivante que dans cette atmosph&egrave;re propre &agrave; une langue. C'est pourquoi, apr&egrave;s avoir lu, comme tout le monde, beaucoup de traductions, j'ai t&acirc;ch&eacute; d'apprendre &agrave; lire les langues &eacute;trang&egrave;res, notamment l'anglais. Et alors, j'ai compris &agrave; quel point cette langue d&eacute;gageait une tout autre impression que le fran&ccedil;ais. Essentiellement fond&eacute;e sur les voyelles, elle est susceptible de cr&eacute;er des rythmes bien plus vigoureux qu'en fran&ccedil;ais, puisque l'accent tonique s'entend mieux, et elle est propre &agrave; l'invention d'images - &agrave; la vivacit&eacute; dans les couleurs, aussi. En revanche, les encha&icirc;nements d'id&eacute;es sont moins nettement &eacute;tablis qu'en fran&ccedil;ais, lequel est r&eacute;gulier jusque dans sa r&eacute;partition des consonnes et des voyelles, ce qui en fait en r&eacute;alit&eacute; une langue moins fond&eacute;e sur le sentiment et davantage sur la sensation des formes : cela en fait une langue plus formelle, pour ainsi dire.</p>
<p>Evidemment, en philosophie, une traduction perd moins qu'en po&eacute;sie - et cela, d'autant plus que l'anglais des intellectuels contient, comme son &eacute;quivalent fran&ccedil;ais, nombre de latinismes et d'hell&eacute;nismes faciles &agrave; traduire d'une langue &agrave; l'autre, et comme interchangeables.</p>
<p>En po&eacute;sie, l'attachement croissant du public pour les traductions a &eacute;t&eacute; une v&eacute;ritable catastrophe. Pour moi, c'est une des raisons pour lesquelles le public s'est d&eacute;tach&eacute; de la po&eacute;sie, qui en traduction perd beaucoup. Car bien s&ucirc;r, la po&eacute;sie, ce sont des associations d'id&eacute;es, des images, mais c'est aussi du son, de la musique, des agencements sonores qui cr&eacute;ent, myst&eacute;rieusement, des &eacute;motions sp&eacute;cifiques, difficiles &agrave; d&eacute;finir et donc &agrave; restituer fid&egrave;lement - ou simplement &agrave; v&eacute;rifier qu'elles sont bien pr&eacute;sentes -, en traduction, mais qui sont bien r&eacute;elles, quoique les critiques en n&eacute;gligent g&eacute;n&eacute;ralement la port&eacute;e - et, &agrave; vrai dire, nombre de po&egrave;tes, aussi. Or, je crois que plus les po&egrave;tes de r&eacute;f&eacute;rence (tel H&ouml;lderlin) ont &eacute;t&eacute; lus en traduction, plus les po&egrave;tes ont n&eacute;glig&eacute; cet aspect. La po&eacute;sie est du coup devenue inaudible.</p>
<p>On dit que la po&eacute;sie libre est n&eacute;e lorsque Mallarm&eacute; a traduit Poe, et Guillaume Apollinaire, lui-m&ecirc;me, a imit&eacute; constamment des traductions en vers libres de la po&eacute;sie slave ou allemande. Le sens a pr&eacute;valu sur la musique des mots avec l'&egrave;re des traductions.</p>
<p>Cela dit, celle-ci renvoie &agrave; une universalisation de la culture, et on ne peut pas, en soi, se plaindre d'&ecirc;tre sorti des r&eacute;f&eacute;rences exclusivement fran&ccedil;aises. La po&eacute;sie allemande &eacute;tait r&eacute;ellement indispensable &agrave; conna&icirc;tre, et l'allemand n'&eacute;tait pas une langue tr&egrave;s connue. Tout est une question de mesure. L'universalisation de la culture est bonne en soi, mais on peut en dire autant de la mondialisation, sur le plan &eacute;conomique. Ensuite, il faut quand m&ecirc;me mesurer les effets catastrophiques que peut avoir la globalisation culturelle, afin de les limiter, ou d'entrevoir une autre fa&ccedil;on de s'universaliser. Une forme d'altermondialisme appliqu&eacute; &agrave; la litt&eacute;rature est, selon moi, d'apprendre &agrave; lire les autres langues, et d'accepter d'aborder moins le sens qui circule dans le cr&acirc;ne des &eacute;trangers, et davantage leurs sentiments, qui se transmettent dans leurs langues. Le vrai scandale est l'argent qu'on d&eacute;pense pour enseigner &agrave; tous les enfants de France l'anglais plus une autre langue &eacute;trang&egrave;re, et que le r&eacute;sultat soit l'incapacit&eacute; totale &agrave; lire de l'anglais dans le texte, et l'accroissement du march&eacute; des traductions. Car le pire est bien que c'est surtout de l'anglais qu'on traduit, alors que tous les Fran&ccedil;ais sont cens&eacute;s savoir parler anglais. Cela montre une vraie incapacit&eacute; &agrave; entrer dans le syst&egrave;me &eacute;motionnel, dans le psychisme propre aux autres, et une volont&eacute; de le remplacer par une appr&eacute;h&eacute;nsion superficielle des concepts que ce psychisme contient. On se donne &agrave; bon compte un universalisme de fa&ccedil;ade, qui demeure dans la sph&egrave;re facile des informations convenues, toutes faites, aseptis&eacute;es, pass&eacute;es aux moules de la traductologie moderrne, davantage fond&eacute;e sur une &eacute;quivalence de sens dans l'abstrait, que sur une &eacute;motion s'enracinant en profondeur dans les individus. Au lieu d'universalisation, ce qu'il faudrait avoir, la manie des traductions tend &agrave; la massification, &agrave; l'uniformit&eacute; statique des r&eacute;f&eacute;rences culturelles. Si, en science, le dommage est limit&eacute;, en art, dans la partie proprement artistique de la litt&eacute;rature, il est consid&eacute;rable, et constamment sous-estim&eacute;. En tout cas, c'est mon avis.</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-01-26T11:46:30+02:00</dc:date>
  </item>

	
  <item rdf:about="http://ramiel.fr.arviblog.com/article-211192.html">
    <title><![CDATA[La visite de Bonneville]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-211192.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p>J'ai re&ccedil;u la visite, il y a d&eacute;j&agrave; quelque temps, d'un descendant helv&eacute;tique de<em> Gonzague de Reynold</em>, &agrave; Bonneville. Il voulait &eacute;voquer l'ancien royaume de Bourgogne (que l'ami de Gonzague de Reynold <em>Charles-Albert Cingria </em>incarna dans la personne de la reine Berthe, la reine fileuse, la <em>f&eacute;e</em> - un ange fait femme). On sait qu'elle r&eacute;gna &agrave; la fois sur la Suisse, la Savoie, et d'autres terres anciennement bourguignonnes. Car la Bourgogne a &eacute;t&eacute; un royaume, avant de devenir un duch&eacute; du royaume de France.</p>
<p>Or, Bonneville est une cit&eacute; int&eacute;ressante, parce qu'elle fut la capitale du Faucigny, et que son ch&acirc;teau fut b&acirc;ti par le comte Pierre II, surnomm&eacute; le Petit Charlemagne : il &eacute;tait l'&eacute;poux de la Dame du Faucigny, seigneurie qui pouvait se transmettre aux femmes et n'avait pas encore, &agrave; ce moment, &eacute;t&eacute; int&eacute;gr&eacute; &agrave; la Savoie, et elle lui en avait laiss&eacute; la direction. Comme Pierre II est &eacute;galement appel&eacute; le fondateur de la patrie vaudoise, et que mon h&ocirc;te venait directement de Lausanne, je me suis fait un plaisir de lui montrer ce qui reste du ch&acirc;teau &eacute;difi&eacute; par ce grand homme.</p>
<p>Voyant les maisons de la place centrale de la cit&eacute;, mon camarade d&eacute;clara que le style en &eacute;tait bien plus proche qu'on ne le savait de celui du Pays vaudois : qu'il y retrouvait les m&ecirc;mes traits, malgr&eacute; cinq si&egrave;cles de s&eacute;paration, et le r&egrave;gne, ici, des J&eacute;suites et des Barnabites, l&agrave;, des Luth&eacute;riens et des Calvinistes, d'une part ; et la diff&eacute;rence de revenus des habitants, d'autre part.</p>
<p>Je l'ai emmen&eacute; ensuite voir le clou de Bonneville, ce qui fait son originalit&eacute; et sa gloire : la Colonne Charles-F&eacute;lix, &eacute;rig&eacute;e sur le mod&egrave;le de la colonne trajane en l'honneur du roi de Sardaigne qui a financ&eacute; l'endiguement de l'Arve. Le prince y est debout, au sommet, face &agrave; la Pointe d'Andey, le mont sacr&eacute; qui domine la ville, et qui est, en m&ecirc;me temps, la demeure de son dieu tut&eacute;laire. De cet &ecirc;tre magique qui tr&ocirc;ne dans sa montagne, Charles-F&eacute;lix parut en son temps l'envoy&eacute;, ou l'incarnation !</p>
<p>Sans doute, parfois, l'esprit de ce dieu doit &ecirc;tre vu, &eacute;clatant, des initi&eacute;s et des po&egrave;tes, et aussi des peintres, car William Turner et Ferdinand Hodler ont tous les deux cette Pointe d'Andey qui domine</p>
<p>Bonneville et son pont c&eacute;l&egrave;bre. Je suis s&ucirc;r qu'un jour, ils y per&ccedil;urent comme un vague cr&eacute;pitement dans l'air qui tourne autour d'elle, qui s'enroule sur son piton. Une sorte d'&eacute;tincellement obscur, de rayonnement p&acirc;le se montra &agrave; leurs yeux. La pointe m&ecirc;me devint, &agrave; leur regard &eacute;clair&eacute;, comme une &eacute;p&eacute;e incrust&eacute;e d'&eacute;toiles. A son sommet, un astre particulier luisait.</p>
<p>Ils n'ont rien peint de tout cela, mais ils ont essay&eacute; d'en rendre l'&eacute;clat sourd, au travers de leur art. De v&eacute;ritables voyants eussent pu, dans la lumi&egrave;re de l'astre du sommet, voir se d&eacute;ployer les ailes d'un ange : j'en suis &eacute;galement persuad&eacute;.</p>
<p>Celui qui regarde attentivement cet endroit, ce point, pressent la pr&eacute;sence d'un tr&ocirc;ne, et d'un ange &eacute;norme assis dessus ; il laisse choir ses jambes pareilles &agrave; deux tubes d'or, que sertissent des pierres pr&eacute;cieuses de diff&eacute;rentes teintes. </p>
<p>Depuis son si&egrave;ge auguste, cet &ecirc;tre au front luisant veille sur la Cit&eacute;, qu'il regarde, toutefois en n'omettant pas de jeter un coup d'&oelig;il, r&eacute;guli&egrave;rement, vers l'immense Ouest, pour ne pas perdre de vue les hauts dieux ses ma&icirc;tres, et saisir leur volont&eacute;, telle qu'ils l'expriment depuis les hauteurs de leur palais du Bout du Monde !</p>
<p>Mais cette vision s'efface. Et si on fixe, revenu aux choses d'ici-bas, son &oelig;il sur le bloc inf&eacute;rieur qui soutient la Colonne Charles-F&eacute;lix, on peut distinguer, sculpt&eacute;e en bas-relief, la Nymphe de l'Arve : la d&eacute;esse de la rivi&egrave;re. Bonneville, en repr&eacute;sentant cette immortelle, montre &agrave; quel point elle est la capitale de la vall&eacute;e que la rivi&egrave;re parcourt. Elle tr&ocirc;ne &agrave; mi-chemin entre le mont-Blanc, dont Andey est un petit fr&egrave;re, et Gen&egrave;ve, o&ugrave; l'Arve se jette dans le Rh&ocirc;ne, y tressant ses cheveux d'or dans ses flots bleus, a dit Victor Hugo.</p>
<p>Sur le bas-relief de pierre, la Nymphe est repr&eacute;sent&eacute;e domin&eacute;e par la Pointe d'Andey, ce qui confirme le r&ocirc;le tut&eacute;laire de cette noble montagne ; et son pied est encha&icirc;n&eacute; par une cha&icirc;ne d'or. C'est le roi Charles-F&eacute;lix qui l'y a mise : il est un mage qui peut encha&icirc;ner les esprits et les divinit&eacute;s terrestres, les d&eacute;mons, comme on disait autrefois : il est semblable &agrave; Salomon, en cela !</p>
<p>Bref, Bonneville est une cit&eacute; bien plus passionnante qu'on ne le croit et qu'elle en a l'air, mais c'est &eacute;videmment &agrave; condition de la remettre dans son contexte historique, et m&ecirc;me, cosmique : cela va de soi.</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-01-23T07:35:15+02:00</dc:date>
  </item>

	
  <item rdf:about="http://ramiel.fr.arviblog.com/article-210298.html">
    <title><![CDATA[Contes philosophiques]]></title>
    <link>http://ramiel.fr.arviblog.com/article-210298.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<font size="2">
<p>Aux &eacute;l&egrave;ves, on recommande fr&eacute;quemment la lecture, &agrave; l'aube de l'adolescence, des contes de Voltaire. J'en ai donc moi-m&ecirc;me lu un petit recueil.</p>
<p>J'en admire le style, gracieux et fin, et le <em>Philosophe de Ferney</em>, en r&eacute;alit&eacute;, s'est montr&eacute; un digne h&eacute;ritier de Charles Perrault : car ses contes ne sont pas moins charg&eacute;s de mythologie, de fabuleux, et ont pareillement une vocation morale. Sans doute, Perrault s'inspirait du folklore, notamment allemand ; mais Voltaire agissait de m&ecirc;me avec les contes arabes.</p>
<p>Il sut conserver &agrave; ses narrations un &eacute;quilibre parfait, une forme nette et noble, h&eacute;rit&eacute;e d'Hom&egrave;re. Erudit et &eacute;lev&eacute; dans le culte des Anciens, il sut manier le merveilleux avec &eacute;clat, comprenant id&eacute;alement, en r&eacute;alit&eacute;, la logique propre aux fables antiques. Il savait ce qu'il fallait entendre par le mot de <em>G&eacute;nies</em>, les liens qu'ils entretenaient avec les anges, ayant lu Apul&eacute;e et Platon. Il vivait encore &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; on &eacute;tudiait cela avec s&eacute;rieux. Il ne s'imaginait donc pas niaisement que la mythologie n'&eacute;tait qu'un fatras incoh&eacute;rent, comme on le fait souvent. Il demeurait, au fond, dans ce que Rudolf Steiner appela la conscience spirituelle instinctive, celle des temps anciens, de la tradition.</p>
<p>Rien n'est plus charmant et po&eacute;tique, de fait, que ses contes, et j'aime particuli&egrave;rement celui du <em>Crocheteur borgne</em>, qui m&ecirc;le si &eacute;l&eacute;gamment, et si gracieusement, &eacute;rotisme et merveilleux, en donnant &agrave; un pauvre prol&eacute;taire l'anneau de Salomon qui commande aux G&eacute;nies, et le pouvoir d'en user &agrave; sa guise avec le corps blanc d'une princesse qu'il adore, et qui bien &agrave; propos tr&eacute;buche devant lui. Cela annonce les romans f&eacute;eriques, mais &eacute;galement pornographiques, de Cr&eacute;billon fils, tel <em>Tanza&iuml; et N&eacute;adarn&eacute;</em>, qui a plus de grandeur &eacute;pique - mais moins de gr&acirc;ce.</p>
<p>J'ai d&eacute;j&agrave; signal&eacute; ce que ce genre devait au La Fontaine de <em>Psych&eacute; et Cupidon </em>: car lui aussi adorait le merveilleux, en m&ecirc;me temps qu'il &eacute;tait un fripon. A l'&eacute;poque classique, on reliait toujours le merveilleux &agrave; l'&eacute;rotisme. L'amour corporel cr&eacute;ait une forme de paradis terrestre, imaginatif et color&eacute; : c'&eacute;tait le lieu au sein duquel la chair s'impr&eacute;gnait de force c&eacute;leste... Voltaire a repris cette tradition, mais il y ajoute deux aspects. Premi&egrave;rement, la satire. Il est net que les croyances orientales dont il se moque sont des paravents pour condamner les pr&eacute;jug&eacute;s sociaux ou les superstitions religieuses qui avaient cours en France, et qu'il &eacute;tait interdit de critiquer : il &eacute;crivait des contes &agrave; clef, si on peut dire. De ce point de vue, Voltaire fut souvent assez dr&ocirc;le, car il put se moquer de traits r&eacute;ellement ridicules. On se souvient, dans le conte m&ecirc;me de<em> Jeannot et Colin</em>, de ce pr&eacute;cepteur qui conseille de n'apprendre aucune langue &eacute;trang&egrave;re, puisqu'on ne manie bien sa langue que si on ne conna&icirc;t qu'elle. Les pourfendeurs du patois ont &eacute;t&eacute; inspir&eacute;s, visiblement, par cette id&eacute;e, m&ecirc;me si chez Voltaire, c'&eacute;tait ironique !</p>
<p>Le second aspect est au fond la m&eacute;thode assez cassante de Voltaire, lorsqu'il s'agit de rejeter en bloc non le merveilleux en litt&eacute;rature, mais la croyance en un monde spirituel, et m&ecirc;me &agrave; Dieu. Certes, ici, il donnera l'impression de respecter un &Ecirc;tre supr&ecirc;me qui r&eacute;compense les vertus sans s'occuper des rites ; mais, l&agrave;, il se moquera m&eacute;chamment des croyances de Pythagore (en la m&eacute;tempsychose, notamment) et des visions de Platon (constitu&eacute;es en particulier d'un dieu cr&eacute;ateur et d'anges - de g&eacute;nies - qui prolong&egrave;rent son &oelig;uvre au travers de l'univers). D&egrave;s que la mythologie menace de repr&eacute;senter symboliquement le monde, il s'en prend violemment &agrave; elle, la ramenant &agrave; une simple fantaisie cr&eacute;&eacute;e par l'&eacute;lan &eacute;rotique. </p>
<p>C'est comme l'extrapolation des serpents que le malheureux Oreste voyait sur la t&ecirc;te d'une femme contemptrice de sa passion pour elle : la Gorgone &eacute;tait chez Racine le fantasme d'un esprit d&eacute;r&eacute;gl&eacute;. La doctrine chr&eacute;tienne d'un saint Augustin, de fait, affirmait qu'on avait invent&eacute; les fables de la mythologie pour justifier des passions viles : on avait invent&eacute; V&eacute;nus et Jupiter pour s'autoriser leurs amours. Voltaire ne fit qu'&eacute;tendre cette id&eacute;e aux visions m&ecirc;mes du christianisme !</p>
<p>Dans cette op&eacute;ration, il &eacute;tait, certes, parfaitement logique, mais &eacute;galement haineux - extr&eacute;miste. Se moquer des exc&egrave;s des doctrines religieuses, c'est r&eacute;ellement amusant ; mais rejeter ontologiquement toute forme de croyance religieuse, cela cr&eacute;e comme un coup de froid. </p>
<p>L'effet en fut fatalement de favoriser, en litt&eacute;rature, le r&eacute;alisme. La v&eacute;rit&eacute; est toujours plus int&eacute;ressante qu'un simple r&ecirc;ve ; et l'all&eacute;gorie est un genre compliqu&eacute; et aristocratique, qui ne peut int&eacute;resser qu'une minorit&eacute;, tr&egrave;s intellectualis&eacute;e, de lecteurs. Voltaire ne pla&icirc;t donc pas toujours autant aux jeunes qu'on pourrait se l'imaginer, &agrave; premi&egrave;re vue. Ils sont d&eacute;&ccedil;us par son ironie mordante. </p>
<p>D'un autre c&ocirc;t&eacute;, il faut bien reconna&icirc;tre qu'elle leur apprend volontiers &agrave; ricaner.</p>
</font>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[Ramiel]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2008-01-19T13:06:58+02:00</dc:date>
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